Foi et Contemplation

La Miséricorde Divine

La Miséricorde Divine

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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu

Notice sur
M. Languet, Archevêque de Sens

Dieu qui a permis que son Église fût souvent déchirée par le schisme et l'hérésie, et attaquée avec violence par l'erreur, ne l'a jamais abandonnée : il lui a ménagé sans cesse de nouvelles occasions de triomphe, en suscitant des hommes capables de la défendre par leurs talents, et de l'édifier par leurs vertus. Sans avoir le génie de ces sublimes apologistes dont s'honore le christianisme, l'archevêque de Sens, à qui nous consacrons cette courte notice, se montra dans le dernier siècle, le noble défenseur de la religion, et s'engagea dans de longs combats pour assurer son triomphe :

Jean-Joseph Languet de Gergy naquit en 1677 à Dijon, où son père était procureur général au parlement. Il était frère du vertueux Languet, curé de la paroisse de Saint-Sulpice, où son zèle pour la maison de Dieu et sa charité pour les pauvres ont laissé de précieux souvenirs. Compatriote de Bossuet, Languet qui avait embrassé l'état ecclésiastique, eut le bonheur d'obtenir son estime et sa bienveillance. C'est à sa sollicitation qu'il entra dans la maison de Navarre, où l'évêque de Meaux avait étudié dans sa jeunesse, et où, dès cet âge tendre, il avait laissé entrevoir ce qu'il serait un jour. C'est là que l'abbé Languet reçut le bonnet de Docteur ; il fut par la suite nommé supérieur de cette maison. Ce fut encore Bossuet qui l'introduisit à la cour. La place d'aumônier de madame la duchesse de Bourgogne était vacante, on la demandait avec instance : Bossuet de son côté fit connaître à Louis XIV l'abbé Languet comme digne de la remplir ; la place lui fut accordée ; et quand celui-ci vint faire au roi ses remerciements, le monarque lui déclara qu'il ne l'avait nommé que sur la demande et sur les bons témoignages de M. de Meaux. L'abbé Languet était alors grand vicaire d'Autun. Mais Louis XIV qui savait si bien apprécier le mérite des hommes dont il était entouré, ne tarda pas à l'appeler à l'évêché de Soissons. Ce fut une de ses dernières nominations.

L'Église de France était alors agitée par les attaques du jansénisme. Le père Quesnel, prêtre de l'Oratoire, ami du célèbre Arnaud, avait composé un livre intitulé, Réflexions morales sur le nouveau Testament ; mais cet ouvrage était malheureusement infecté du venin de l'hérésie : il fut examiné à Rome ; et Clément XI, qui occupait alors le trône pontifical, condamna par une bulle cent une propositions qui en furent extraites : cette bulle est la fameuse constitution Unigenitus. Louis XIV la fit adresser à tous les évêques de France : cent dix l'acceptèrent purement et simplement ; douze ou treize refusèrent de la recevoir ou ne la reçurent qu'avec des restrictions. L'évêque de Soissons, s'éleva avec force contre ceux qui appelaient de cette décision du Saint Siège. Depuis 1718, chaque année de son pontificat fut signalée par ses mandements et d'autres écrits contre les appelants de la bulle du pape, et contre les livres que l'on produisait en faveur du parti. Entre les prélats appelants, Jean de Soanen, évêque de Sénez, se montrait un des plus ardents fauteurs du jansénisme. Il composa une instruction pastorale injurieuse à la constitution Unigenitus, et dans laquelle il recommandait la lecture Des réflexions morales du père Quesnel, défendue par cette bulle. Cité devant un concile de treize évêques, il fut suspendu de ses fonctions et exilé dans une abbaye. Ce jugement excita des mécontentements ; cinquante avocats du parlement de Paris s'élevèrent en faveur du prélat condamné. Dans cette nouvelle attaque l'évêque de Soissons ne garda pas le silence : toujours ardent défenseur de la constitution, il écrivit en faveur du concile, et contre la consultation des cinquante avocats, qui fut supprimée par un arrêt du Conseil. Ses ouvrages de controverse, dont il augmentait le nombre tous les jours, lui avaient acquis, dans l'Église de France et dans l'Etat, une grande considération. Il reçut même de Rome des témoignages d'estime. Le souverain pontife répondit par un bref très honorable à l'envoi qu'il lui avait fait de ses ouvrages polémiques.

La célébrité que Languet s'était acquise dans le cours de ses controverses, lui avait ouvert les portes de l'académie. Il y avait été reçu en 1721 : le régent l'avait aussi appelé au conseil de conscience, et nommé à trois abbayes. En 1730, il prit possession d'un siège plus important que celui de Soissons ; il fut transféré à l'archevêché de Sens. Ce nouveau degré d'élévation le mit, pour ainsi dire, aux prises de plus près avec les ennemis de la constitution Unigenitus. Deux de ses suffragants, l'évêque d'Auxerre et l'évêque de Troyes, fortement prononcés contre cette bulle, trouvèrent dans l'archevêque de Sens, une opposition ferme à leurs opinions, et de longs démêlés s'élevèrent entre les trois prélats. M. L'évêque de Troyes avait introduit dans le Missel des changements étranges, qu'il fut obligé de rétracter en 1738.

Le zèle de M. Languet ne lui permit pas de voir avec indifférence les farces scandaleuses, exécutées au tombeau du diacre Pâris, dont les jansénistes voulaient accréditer la sainteté, par de prétendus miracles. Tandis que l'ingénieuse adresse du curé de Saint-Sulpice savait par la seule crainte du ridicule, purger sa paroisse des convulsionnaires, son frère, l'archevêque de Sens, employant l'arme puissante de la raison, démontrait l'imposture de ces miracles et l'absurdité des convulsions.

Mais tous ces travaux auxquels il se livrait pour la défense de la religion, ne lui faisait pas oublier le soin particulier du diocèse qu'il gouvernait. Il composait, pour l'usage des livres d'offices, et des catéchismes appropriés aux différents âges ; il établissait des petits séminaires pour l'éducation des jeunes gens destinés au service des autels ; et plein de goût et de zèle pour la décoration de la maison du Seigneur, il enrichissait de beaux ornements les églises de Sens. Sa sollicitude ne se bornait pas à sa ville épiscopale ; il parcourait tout le diocèse, visitait chaque paroisse, et ne manquait jamais d'y rompre le pain de la parole divine.

La carrière de ce prélat se prolongea jusqu'à soixante-seize ans. Plusieurs années avant sa mort, le roi l'avait appelé au Conseil-d'État. Il mourut à Sens le 11 mai 1753.

Sa vie fut un état de guerre perpétuelle. Constant adversaire des jansénistes, il en fut harcelé sans relâche. On essaya de rebuter son zèle par des libelles lancés dans le public. Ses talents même ne furent pas à l'abri de l'injustice de ses adversaires. Plusieurs fois le parlement attaqua ses écrits ; en supprima quelques-uns, et le condamna même à vingt mille livres d'amende pour une lettre qu'il avait avouée. Mais le régent défendit qu'on lui signifiât cet arrêt.

M. Languet a composé un assez grand nombre d'ouvrages, et plusieurs morceaux de ses productions font honneur à son savoir et à son esprit. Parmi plusieurs livres de piété remplis d'onction qu'on a de lui, on remarque son Traité de la confiance en la miséricorde de Dieu, bien propre, a dit un illustre écrivain, à la faire naître dans les cœurs des fidèles : il a écrit aussi un traité de l'esprit de l'Église dans les cérémonies, contre dom de Vert ; La vie de la sœur Marguerite du Saint-Sacrement, ouvrage plus connu sous le titre de Vie de la mère Marie Alacoque ; l'Office de la semaine sainte, avec les réflexions et méditations, dédiées à la reine pour l'usage de sa maison ; plusieurs catéchismes, une traduction des Psaumes. Nous ne citons pas une foule d'autres écrits composés dans le cours de ses controverses avec le parti janséniste.

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