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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu
DEUXIÈME PARTIE
Paragraphe IX
Seconde objection des âmes timorées. La grandeur et la multitude de leurs péchés.
Voilà déjà de quoi rassurer les âmes trop timides, et trop effrayées sur le premier objet qui cause leurs terreurs, mais ce n'est pas encore assez pour elles. La justice seule de Dieu ne fait pas leur inquiétude. C'est leurs propres péchés, dont elles voient le nombre et l'énormité, et dont elles n'osent presque espérer le pardon. C'est là un second obstacle qu'elles opposent à la confiance que je demande d'elles : obstacle qu'il faut lever par de nouvelles réflexions.
Il est vrai que nos péchés sont grands, que nos ingratitudes, nos infidélités sont fréquentes, qu'elles sont nombreuses, qu'elles sont énormes, et qu'elles ne méritent elles-mêmes aucune miséricorde. Il est vrai qu'il y a bien de quoi effrayer, non seulement ceux qui croupissent dans les désordres d'une vie toute mondaine, mais encore ces âmes à demi dévotes, qui se permettent sans scrupule ce qu'elles appellent des fautes légères, et qui chaque jour multiplient à l'infini et volontairement leurs infidélités. Celles-ci ne peuvent trop s'alarmer des justes sévérités de Dieu. Car quand on ne craint pas de pécher, on ne peut trop craindre la justice de celui qui punit, tôt ou tard, le péché.
Aussi ce n'est pas pour ces âmes lâches et présomptueuses que j'écris. Je l'ai dit cent fois, et je ne me lasserai pas de le répéter, je veux ici fortifier la faiblesse, et non pas nourrir la présomption. C'est donc aux âmes faibles et timides que je m'adresse, à celles qui craignent le péché, qui veulent en sortir, et y renoncer pour jamais ; à celles qui aiment Dieu véritablement, sincèrement, cordialement, ou au moins qui veulent l'aimer ainsi ; à celles qui, ne croyant pas l'aimer assez, s'en affligent et s'en plaignent avec amertume ; car tout cela c'est toujours aimer, et aimer véritablement. C'est à celles-là que je dis avec Jésus-Christ, prenez confiance, vos péchés vous sont remis. Quelque grands, quelque énormes, quelque nombreux qu'ils soient, la miséricorde de Dieu est encore plus abondante. Elle n'est que pour les misérables, comme la rédemption n'est que pour les captifs, et le pardon que pour les pécheurs. C'est donc aux pécheurs, aux captifs, et aux misérables, qu'il appartient d'espérer. Plus même ils sont misérables et pécheurs, et plus, ce me semble, ont-ils droit d'espérer en la miséricorde de Dieu. Donnons plus de jour à cette pensée ; et apprenons aux fidèles à se former une juste idée de l'étendue de la miséricorde de notre Dieu.
Si Dieu haœssait le pécheur, tandis que le pécheur vit sur la terre ; s'il l'oubliait tandis qu'il en est oublié ; si au lieu de l'attendre avec patience, il le prévenait dans sa colère ; s'il le rebutait quand il le voit revenir à lui ; s'il était inexorable quand ce pécheur lui demande pardon avec humilité, hélas ! On aurait sujet de se livrer à la crainte. Le désespoir même paraîtrait raisonnable. Mais ce n'est pas à ces traits que je reconnais mon Dieu et mon Sauveur. Je vois au contraire qu'il aime le pécheur ; que bien loin de l'oublier, il le rappelle sans cesse de ses égarements ; qu'au lieu de se rebuter de ses délais, il l'attend avec impatience ; qu'il lui pardonne aisément, et le reçoit avec tendresse lorsqu'il le voit revenir. Voilà le portrait que l'Ecriture nous fait du cœur et des bontés de notre Dieu. Voyons en détail tous les traits de ce tableau.
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