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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu
DEUXIÈME PARTIE
Paragraphe VIII
Suite de la même pensée. Autre raison qui prouve que la justice même de Dieu doit fortifier notre confiance.
Ajoutons ici un second raisonnement : rien n'est plus propre à apaiser les craintes du fidèle, que de lui montrer la justice même de Dieu intéressée à son salut. Je le tire, ce raisonnement, des promesses que Dieu nous a faites. J'ose le dire : je crois qu'il est obligé comme par justice, de nous donner ce qu'il ne nous a promis que par miséricorde. En effet, y a-t-il rien de plus juste que de garder sa parole, et d'être fidèle dans ses promesses ? Or, c'est mille fois qu'il nous a promis de nous pardonner lorsque nous retournerions à lui avec un cœur contrit et humilié. Il est vrai que c'est par sa grande miséricorde qu'il s'est engagé ainsi à nous recevoir ; mais puisqu'il a bien voulu y engager sa parole, ce Dieu que saint Paul appelle un Dieu fidèle dans ses promesses, exécutera par la fidélité de sa justice, ce qu'il nous a promis par la tendresse de sa miséricorde. Remarquez même quelle étendue il donne à cette promesse. Si l'impie, dit-il, fait pénitence de tous ses péchés, il vivra, et je les oublierai tous. Et encore : En quelque jour que l'impie se convertisse, dans le même jour son impiété lui sera pardonnée, et elle ne lui nuira point. Il n'adresse pas seulement la parole aux faibles, ou aux pécheurs entraînés par la fragilité humaine ; mais même aux impies, et ce mot comprend tout ce qu'il y a de plus odieux. Les sacrilèges, les athées, les profanateurs, les blasphémateurs et les idolâtres, tous ceux-là recevront miséricorde s'ils la demandent. Il ne dit pas, s'ils la cherchent longtemps, s'ils la méritent, s'ils l'achètent par leurs œuvres ; non, il ne met d'autres conditions que la sincérité et la droiture du cœur qui la demande. Il la recevra, non après de longues sollicitations, mais dans le jour même de la demande et de sa conversion. Le soleil qui verra sa pénitence verra aussi son pardon. Dieu voulant pratiquer lui-même, pour ainsi dire, ce qu'il nous ordonne dans son évangile, le soleil ne se couchera point sur sa colère, si le pécheur ne s'endort point sur son endurcissement. Voilà ce que je demande à Dieu ; voilà (j'ose le dire) ce que je suis en droit d'exiger de lui en vertu de ses promesses, et, comme je l'ai dit, au nom et par les mérites de Jésus-Christ.
Il est vrai qu'en promettant le pardon à celui qui se convertit, Dieu n'a pas promis le lendemain à celui qui diffère de se convertir. Si le pécheur renvoie au lendemain sa conversion, il se met en péril de tout perdre. C'est là ce qui prévient les conséquences injustes que le pécheur voudrait tirer de ces promesses miséricordieuses, pour s'autoriser dans le délai de sa conversion. Il ne lui est pas promis que Dieu attendra la fin de ces injustes délais. Au contraire, la même écriture qui lui promet le pardon, l'assure de la surprise qui lui ôtera le loisir de le demander. Celui qui lui promet miséricorde, le menace aussi de lui ôter bientôt le temps et les moyens de l'obtenir, s'il néglige de la demander. Mais de même que ce qui console le pénitent ne doit pas autoriser le pécheur, de même aussi ce qui effraye le pécheur, ne doit pas troubler le pénitent. Le dernier doit croire que Dieu exauce ses désirs, puisque, comme je l'ai dit, non seulement cela est de la nature de sa miséricorde, mais que c'est aussi le devoir de sa justice.
Saint Paul en était convaincu, lorsqu'il disait : Dieu me garde une couronne, mais une couronne de justice qu'il me donnera un jour, lui qui est juste dans ses jugements, et non seulement à moi, mais aussi à tous ceux qui désirent sa venue. Paroles qui pourraient paraître hardies, mais qui sont vraies dans toute leur étendue ; particulièrement selon le sens que ce que je viens de dire apprend à leur donner. Ce n'était ni sur les travaux de l'apostolat, ni sur ses propres bonnes œuvres, que l'Apôtre fondait ce titre de justice. On le voit assez en ce qu'il donne le même droit à tous ceux qui désiraient la venue du royaume de Dieu. D'ailleurs, il savait bien que ce n'est point dans nos bonnes œuvres que nous pouvons mettre notre confiance : car, comme dit saint Augustin, malheur à la vie la plus sainte, si Dieu l'examine sans miséricorde. C'est là, je le dis en passant, ce qui peut consoler le pénitent qui s'afflige de n'avoir pas de bonnes œuvres à offrir, et qui en tire un sujet de découragement. Ce ne sont pas tant vos bonnes œuvres, que Dieu demande pour vous pardonner, que la conversion de votre cœur. C'est l'amour de votre cœur, c'est la confiance de votre cœur qu'il vous demande : avec cela vous avez tout à espérer. Mais revenons au sentiment de l'apôtre. Sur quoi donc fondait-il ce titre de justice, qu'il prétendait avoir sur la couronne qu'il attendait ? C'était sans doute sur la vérité des promesses de Dieu, et sur la sainteté des mérites de Jésus-Christ.
Avouons-le donc ici à la gloire de notre Dieu, et pour la consolation des âmes que la crainte jette dans l'abattement, que nonobstant la sévérité des jugements éternels, le juste fidèle et le pécheur pénitent trouvent dans la justice de Dieu, de quoi nourrir, et de quoi exciter leur confiance. Si la justice même de ce tribunal sévère nous est favorable, que sera-ce si nous joignons tout ce que la miséricorde nous en fait espérer ? Quelle plus solide confiance, que celle qui est appuyée tout à la fois sur la justice comme sur la miséricorde ? Puisque cette justice même soutient notre confiance, ne devrions-nous pas y trouver notre consolation, et dire avec le prophète : Seigneur, je me suis souvenu de vos jugements éternels, et ces jugements-là mêmes ont fait ma consolation.
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