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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu
DEUXIÈME PARTIE
Paragraphe VII
Cinquièmement, quoique Dieu soit un juge plein de justice, c'est précisément parce qu'il est juste, que nous devons plus espérer en lui.
Pour entendre ce que je viens de dire, il faut se souvenir que le pécheur pénitent ne demande part à la miséricorde de son Dieu, qu'en vertu d'un droit incontestable qu'il a pour l'obtenir. Quel est donc ce droit ? C'est celui de Jésus-Christ ; c'est celui que lui donnent les mérites de Jésus-Christ.
Si le pécheur demandait miséricorde en son nom ; s'il la demandait par la vertu de ses propres larmes ; s'il la demandait par le mérite de ses bonnes œuvres, il serait méprisé, et indigne d'être exaucé. Mais quel prix présente-t-il ? Les satisfactions mêmes du Fils de Dieu ; sa croix, ses souffrances, son sang, ses larmes et ses plaies, digne prix de la miséricorde de Dieu, et des grâces qu'on en peut attendre, quelque infinies qu'elles puissent être et quelque indignes que nous en soyons. Le prophète étonné de la justice de Dieu, disait autrefois : Si vous comptez nos iniquités, qui pourra soutenir votre colère ? Mais aussitôt il ajoutait pour se rassurer, en Dieu il y a une miséricorde. Et pourquoi ? Parce qu'il y a aussi en lui une rédemption, et qu'il rachète Israël de tous ses péchés, quelque grands, et quelque nombreux qu'ils puissent être. C'est donc avec cette rédemption abondante, que nous remplissons tous les droits de la justice de Dieu. Nous trouvons ce trésor en Jésus-Christ, en lui nous le possédons, par lui nous le présentons à son Père, et nous sommes en droit, avec un tel prix, de tout attendre de sa miséricorde. C'est cette pensée qui fait ma consolation, lorsque étant à l'autel j'ai l'honneur de tenir entre mes mains le corps précieux de mon Sauveur, et son sang inestimable. Alors je me crois en droit de dire : Mon Père et mon Dieu, si vous êtes irrité contre moi, voici de quoi vous satisfaire. Ce trésor que je tiens est à moi, parce que Jésus-Christ me l'a donné. Mais ce trésor est infini, et aussi infini que vos grâces et que votre miséricorde. Mettez le salut que je demande, mettez votre paradis, vos bienfaits à si haut prix que vous voudrez, voici de quoi vous satisfaire et contenter votre justice.
Le pécheur ne dit donc pas, regardez-moi Seigneur. Au contraire, confus de la misère où il se voit, il dirait volontiers, comme le disait saint Pierre dans sa frayeur, retirez-vous de moi Seigneur ; car je suis souillé. Il baisse les yeux contre terre comme le publicain, parce qu'il n'ose les lever vers le ciel, de peur ce semble, d'attirer les regards de Dieu ; ou comme Madeleine qui arrosait de ses larmes les pieds de Jésus-Christ, se tenant derrière lui. Mais si le pécheur n'ose se montrer lui-même, il dit à Dieu Seigneur, regardez votre fils. Regardez ses plaies et son sang, et vous serez apaisé. Que dis-je, est-ce le pécheur qui parle ? Non ! C'est le fils de Dieu lui-même, qui sollicite son père pour le pécheur, et qui, se revêtant pour ainsi dire de la personne du pécheur, dit en son nom et pour lui ; mon père j'ai péché. En même temps il offre à ce père irrité les trésors infinis de ses mérites, pour remplir tous les droits de sa justice ; et par là cette justice nous devient elle-même favorable.
C'est en ce sens que Jésus-Christ est non seulement notre médiateur, mais qu'il est encore, dit saint Jean, notre avocat auprès de Dieu. Il y a en effet de la différence entre ces deux qualités. Le médiateur demande miséricorde, il la demande, lors même qu'on ne la mérite point : il la demande, ce semble, avec une sorte de crainte ; mais l'avocat demande justice. Il la demande avec fermeté, il la demande avec autorité et avec assurance. Si le tribunal devant lequel il parle est un tribunal juste et éclairé, il la demande en vertu des pièces qu'il produit. Bien loin de s'effrayer de la justice du tribunal où il parle, c'est dans la justice même de ce tribunal qu'il établit sa confiance. C'est ainsi que Jésus-Christ parle pour nous ; c'est ainsi qu'il parle avec autorité et avec assurance. Il parle les titres en main, et ses titres sont aussi incontestables que ses plaies sont évidentes. Il en a gardé même les cicatrices dans le ciel, pour les montrer sans cesse à son père, comme le prix de ses miséricordes. Qu'avons-nous à craindre après cela au tribunal de Dieu, quand un tel avocat y prend notre défense ? Quelque sévère que soit ce tribunal, après tout il est juste, et dès qu'il est juste, que peut-il refuser à Jésus-Christ ? Plus même ce tribunal est juste, et plus il y a sujet d'en attendre une décision favorable.
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