Foi et Contemplation

La Miséricorde Divine

La Miséricorde Divine

Sections - « précédent - suite »

Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu

DEUXIÈME PARTIE

Paragraphe VI

Quatrièmement, Jésus-Christ est un juge intéressé au succès de notre salut.

Dans ces qualités, je trouve encore un nouveau sujet de me confier au jugement de Jésus-Christ, parce que ces qualités l'intéressent à me juger avec miséricorde. J'ai dit que ce que l'on pouvait ambitionner le plus, c'était de trouver un juge intéressé à la sentence qu'il rendrait en notre faveur. C'est Jésus-Christ qui est ce juge favorable, qui a toute sorte d'intérêt de me sauver. Intérêt de sa gloire ; il la trouve à gagner mon cœur malgré mes rébellions ; il la trouve à oublier mes fautes malgré mon indignité. Plus je suis pécheur, plus il déploie la magnificence de ses miséricordes. C'est ainsi qu'il triomphe dans ses saints. En eux il est glorifié ; il l'est à la vue de tout l'univers, qui voit qu'il est Dieu dans sa miséricorde, comme il l'est dans sa justice. Intérêt, pour ainsi dire, de ses richesses : voudrait-il donc perdre toutes celles qu'il a employées déjà pour moi ? Je lui ai tant coûté à me racheter ; voudra-t-il perdre sans nécessité et sans fruit, le prix de mon salut ? Intérêt, pour ainsi dire, de parenté et de famille : puisqu'il nous appelle ses frères, ses enfants et ses épouses. Un père ne s'intéresse-t-il pas au salut de son fils ; un époux à celui de son épouse ; un frère à celui de son frère ? C'est par ces titres que Jésus nous aime ; c'est aussi par ces titres qu'il s'intéressera à nous sauver. Telle est, ce me semble, la pensée de l'auteur de l'Ecclésiastique, lorsqu'il dit que l'homme renferme sa tendresse dans ses proches, et qu'il se borne à aimer plus particulièrement sa famille ; mais que Dieu, qui compte tous les hommes dans sa famille, parce qu'ils sont tous ses enfants, a pour tous les hommes autant de miséricorde et d'amour qu'on en a pour ceux qui nous sont liés par les liens du sang.

Disons plus, c'est qu'il s'intéresse même à notre salut, plus que nous nous y intéressons nous-mêmes. Si un paœen a dit autrefois que l'homme était plus cher aux dieux, qu'il ne l'est à lui-même, on peut dire, à plus forte raison, que nous sommes encore plus chers à Jésus-Christ. La preuve que j'en ai, c'est qu'il fait plus pour notre salut, que nous ne faisons pour le faire réussir. Que n'a-t-il pas fait, et que ne fait-il pas encore ? Et nous hélas ! Que faisons-nous ? Je dirais même volontiers, qu'il semble s'y intéresser encore plus pour lui-même que pour nous. C'est ce que je trouve dans les paraboles évangéliques d'une femme qui cherche un bijou qu'elle a perdu et d'un pasteur qui court après une brebis égarée. Après bien des travaux et des soins, l'un et l'autre retrouvent ce qu'ils cherchaient, et aussitôt ils rassemblent leurs amis, pour leur en dire la nouvelle, comme l'on raconte avec plaisir un succès heureux auquel on s'intéresse. Ils les rassemblent pour en être félicités comme d'un grand avantage. Le pasteur ne dit point : Congratulez ma brebis de son retour heureux, de ce qu'elle a évité les dents des bêtes féroces : non, c'est lui-même qui veut être félicité. Réjouissez-vous avec moi, dit-il, parce que je suis au comble de la joie. J'en suis transporté, je cherche quelqu'un qui la partage avec moi. Toutes les peines que j'ai essuyées ne me sont rien : Ma brebis est retrouvée et je suis trop heureux. Ne dirait-on pas que le bonheur ou les richesses de ce pasteur ne dépendent que de sa brebis, et que sans elle il ne serait ni riche ni heureux ? C'est ainsi, ô mon Sauveur ! que vous nous cherchez, et que vous vous intéressez à notre salut. Malheur à celui qui n'est pas touché de ces empressements. Malheureux même celui qui ne trouve pas dans cette bonté, de quoi se rassurer dans ses défiances.

Mais quoi, diront ici les âmes timides ; Jésus-Christ est ami, il est père, il est compatissant, il est intéressé à nous sauver ; mais après tout il est juste. Peut-il n'être pas irrité contre moi qui suis pécheur ? Peut-il se dispenser de prononcer des arrêts terribles contre moi, qui ne mérite que des châtiments ? On aura beau décrire les traits de sa miséricorde ; il faudra toujours reconnaître les droits de sa justice. Oui, il est vrai, il faut les reconnaître ; mais j'ajoute que ce n'est pas à ce qui justifie les excès de la crainte, dans ceux qu'elle domine. Pour achever leur conviction, je prétends que c'est cette justice même dont ils sont effrayés, qui doit faire leur espérance. Oui, nous avons plus à espérer de Dieu, parce qu'il est juste, que nous n'aurions à espérer s'il ne l'était pas. C'est ce qu'il faut expliquer dans le paragraphe suivant.

Sections - « précédent - suite »