
Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu
DEUXIÈME PARTIE
Paragraphe XXXI
Conclusion de l'ouvrage. Il faut se confier en Dieu sur les biens terrestres. Il faut se confier de même en lui sur son salut et sa prédestination.
Concluons tout ce traité par une réflexion qui, confirmant tout ce que nous venons de dire des marques de la prédestination, confirme également tout ce que nous avons établi dans cet ouvrage ; touchant l'effet que la confiance en la miséricorde de Dieu doit produire en nous. On convient assez qu'il faut nous confier en la providence de Dieu pour tous nos besoins temporels, pour notre santé, nos biens et notre vie ; qu'il faut que cette confiance bannisse les troubles et les inquiétudes qu'éprouvent souvent les âmes attachées aux biens de ce monde ; quoiqu'il ne faille pas tenter Dieu, ni abandonner, sous prétexte de confiance, le soin de ses affaires temporelles, nous savons cependant qu'il faut s'appuyer sur cette providence universelle, qui prend soin de fournir à la nourriture de ceux qui se confient en elle. Nous avouons que plus cette confiance est paisible, plus notre christianisme est pur, et notre vertu est parfaite. N'y aurait-il que notre salut pour lequel nous ne mettrions pas en Dieu toute notre confiance ? Est-ce donc qu'il aurait moins d'empressement pour nous sauver que pour nous nourrir ; et nous pardonnerons-nous sur ce sujet des défiances que nous n'oserions nous permettre sur les besoins de notre vie ?
Il est vrai que toute la terre est à lui, qu'il tient en sa main toutes nos richesses, qu'il est le maître de notre santé et celui de notre vie. Il est, dit l'Ecriture, le Dieu de la vie et de la mort. Mais n'est-il pas aussi appelé le Dieu de notre salut, c'est-à-dire, celui qui désire notre salut, qui travaille à notre salut ? Pourquoi donc ne dirons-nous pas de notre salut éternel, auquel, j'ose le dire, notre Dieu s'intéresse plus que nous, ce que nous dirions avec confiance des secours temporels que nous attendons de lui ?
Paroles
Le Seigneur me conduit, rien ne me manquera,
il m'a établi au milieu de l'abondance.
Il m'a placé près d'une eau salutaire, il a ramené mon âme de ses égarements.
Il m'a conduit par les sentiers de la justice pour la gloire de son nom.
Quand après cela je marcherais au milieu des ombres de la mort,
il n'y aura point de maux, Seigneur, qui m'effraient,
parce que vous êtes avec moi.
Votre verge même, et le bâton de votre colère sont toute ma consolation.
Vous m'avez préparé une nourriture forte
pour me mettre en état de résister à mes ennemis.
Vous avez oint ma tête d'une onction pleine de douceur ;
et quelque amer que paraisse votre calice, je le trouve admirable.
C'est donc votre miséricorde, Seigneur,
qui me soutiendra tous les jours de ma vie.
C'est elle qui me donnera l'entrée dans votre demeure céleste,
pour y habiter pendant toute l'éternité.