Foi et Contemplation

La Miséricorde Divine

La Miséricorde Divine

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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu

DEUXIÈME PARTIE

Paragraphe XXX

Récapitulation ou abrégé de tout ce qui est contenu dans cet ouvrage.

J'espère que les personnes affligées, de quelque nature que soit leur affliction, trouveront dans ces sentiments de quoi se consoler dans leurs peines, et de quoi en adoucir l'amertume. J'espère de même, que celles qu'une crainte excessive jette dans le trouble et dans l'abattement, trouveront dans toutes les réflexions de ce livre, de quoi se calmer dans leurs alarmes. C'est en leur faveur que je crois devoir, avant que de finir, faire un précis de tout ce qui est contenu dans le cours de ce Traité ; afin que ceux qui le liront voient tout à la fois, et comme d'un coup d'œil, le nombre et la force des preuves que j'ai employées, l'ordre et la convenance des réponses que j'ai faites aux objections que la tentation leur suggère, en sorte que les unes et les autres fassent toutes ensemble sur leur esprit une impression plus forte.

Quoiqu'il y ait une crainte salutaire, qui ne doit jamais sortir du cœur du juste, il y en a cependant dont l'excès est à craindre, et dont les effets sont funestes. Ces effets sont le découragement et la tristesse, mais principalement l'affaiblissement de la tendresse dans l'amour qu'on doit à Dieu. C'est cette tendresse que Dieu attend de nous, dont il nous montre le modèle dans la tendresse avec laquelle il nous aime lui-même. C'est cette tendresse que l'homme timide et défiant ne goûte point, et qui ne se trouve ordinairement que dans la vive confiance en la bonté de notre Sauveur, qui est cette confiance que j'ai prétendu inspirer.

Rien n'est plus solide que cette confiance, puisqu'elle est établie sur la puissance de Dieu, sur la vérité de Dieu, et ce qui est encore plus propre à l'exciter en nous, sur une bonté et une miséricorde incompréhensible, que la multitude de nos crimes ne l'a point rebutée et que l'étendue de ses bienfaits infinis ne l'a point épuisée.

Mais si cette confiance est solide, elle ne paraît pas moins indispensable. Les avantages que nous y trouvons suffiraient pour nous obliger de nous livrer à ses doux sentiments ; puisque c'est elle qui honore Dieu d'une manière plus noble et plus glorieuse, et qu'en elle nous trouvons la joie et le repos du cœur, la ferveur de la charité, la force dans les tentations, la consolation dans nos peines, et par conséquent une puissante ressource pour notre salut.

En vain l'âme trop timide se laisse-t-elle effrayer à l'excès par la sévérité des jugements de Dieu, puisque ce Dieu de bonté est pour nous encore plus aimable que terrible ; que c'est même, ce semble, pour nous favoriser, qu'il remet notre jugement entre les mains de Jésus-Christ son Fils fait homme comme nous, et par cet endroit plein de bonté, d'humanité et de compassion pour ceux dont il a bien voulu devenir le frère, l'époux et l'ami, et dont il a voulu éprouver les infirmités et les faiblesses. Comment ne pas espérer un jugement favorable d'un juge si compatissant pour ses frères, et si tendre pour ses amis, et qui même semble intéressé par sa propre gloire, autant que par sa tendresse, au succès favorable de ce jugement ? Mais quel moyen d'être effrayé, quand ce juge veut bien en même temps nous servir d'avocat et d'intercesseur, et que pour suppléer au défaut de mérite qui est en nous, il veut bien couvrir notre misère de tous ses propres mérites, et nous donner, par son sang, de quoi exiger de Dieu son père, par une espèce de justice, la miséricorde que nous en espérons ?

Si cette âme effrayée veut encore nourrir ses défiances par le spectacle de ses crimes ou de ses imperfections, elle trouve encore de ce côté-là de quoi se rassurer, lorsqu'elle voit les sentiments de bonté que Dieu montre, non seulement pour les justes, mais particulièrement pour les pécheurs ; puisqu'il les aime, et qu'il les aime même tout pécheurs qu'ils sont ; qu'en cet état il les regarde non seulement avec compassion, mais même avec tendresse ; qu'il les appelle, qu'il les recherche, qu'il les attend, qu'il les reçoit comme le père de famille dans l'Évangile reçoit l'enfant prodigue, sans exiger d'eux d'autre prix du pardon qu'il leur accorde sans délai, que la douleur, la confiance et l'amour ; qu'il les prévient même pour former et exciter en eux ces sentiments ; et que jusqu'à ses reproches, ses châtiments et ses menaces, tout est tendre et aimable dans ce Dieu de bonté.

Voilà ce qui doit calmer les défiances de cette âme timide, et ce qui doit ouvrir son cœur aux deux sentiments d'une tendre confiance en notre Sauveur. Il n'y a plus après cela qu'un sujet qui l'effraie, c'est le petit nombre des élus. Mais on trouve encore de quoi se rassurer contre les terreurs d'une vérité si effrayante. Quelque effrayante qu'elle soit en elle-même, elle ne l'est plus pour l'âme juste qui a sujet de croire qu'elle est de ce petit et heureux nombre, qui en reconnaît les marques, et voit que Dieu, plein de miséricorde pour elle, la favorise de ces dons particuliers et personnels qu'il fait principalement à ceux qu'il aime d'un amour singulier, qu'il l'a conduite par les mêmes routes qu'il a préparées à ceux d'entre ses élus qui sont déjà couronnés.

C'est ce que peuvent reconnaître ces âmes, ou justes, ou pénitentes, que la grâce de Dieu attire à lui, et que le démon s'efforce de troubler par des craintes déraisonnables, pour les retenir par là dans les liens du péché, ou pour les y faire rentrer ; mais c'est ce que reconnaîtront encore plus clairement ceux que Dieu a faits participants de la croix du Fils, qui passent leur vie dans l'amertume et dans l'affliction de quelque coté qu'elle vienne, et de quelque nature qu'elle soit. Pour ceux-ci, la prédestination est non seulement vraisemblable, mais même il semble qu'elle soit presque certaine ; puisqu'ils trouvent dans cet état la vocation la plus efficace, l'expiation de leurs fautes passées la plus entière, et la précaution contre le péché la plus infaillible, et par conséquent la persévérance la plus certaine.

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