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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu
DEUXIÈME PARTIE
Paragraphe XXIX
Quatrième et dernière preuve. Les afflictions forment en nous la ressemblance avec Jésus-Christ. Cette ressemblance consomme la prédestination.
Consommons la preuve de cette vérité par le dernier caractère de la prédestination, ou plutôt par l'unique caractère de la prédestination, puisqu'il renferme tous les autres. Nous trouverons heureusement ce beau caractère dans les personnes que Dieu afflige. Quel est-il ? Je l'ai dit, et on le sait assez. C'est la ressemblance avec Jésus-Christ. Ceux que Dieu a choisis, dit l'Apôtre, il les a prédestinés à être conformes à Jésus son fils, et à porter en eux l'heureuse ressemblance avec ce Fils bien-aimé, qui a été sur la terre un homme de douleurs, qui a éprouvé toutes nos misères, et qui a été rassasié d'opprobres.
Dieu a créé l'homme, dit Tertullien, à l'image de son Fils. Il avait alors dans son idée la nature que ce Fils devait prendre en venant sur la terre, et il voulait que ce Fils fût le modèle sur lequel il créa le premier homme. Telle est la pensée de ce Père. Quoi qu'il en soit de cette pensée, on peut dire que Dieu a encore plus sûrement le même dessein dans la sanctification de l'homme, dont la sainteté de Jésus-Christ est le modèle ; en sorte que si l'homme est destiné à participer dans le Ciel à l'état de gloire du Fils de Dieu, il est destiné à participer auparavant sur la terre à l'état de ses souffrances. Il est obligé de porter sa croix avec lui, de la porter comme lui, et de consommer, en union de sa mort sur cette croix, le sacrifice qu'il attend de sa fidélité. Si quelqu'un veut venir après moi, dit ce Fils bien-aimé, qu'il porte sa croix, qu'il la porte tous les jours, et qu'il me suive.
Je ne m'arrêterai point à prouver la nécessité indispensable qui nous est imposée de remplir cette obligation, et de former en nous cette sainte conformité. On ne l'ignore pas : mais je voudrais qu'on sentît davantage la consolation qu'elle doit produire dans le cœur de celui en qui les malheurs et la pauvreté, les souffrances ou les persécutions ont commencé de former une si heureuse ressemblance.
Car enfin, dès que la conformité avec Jésus-Christ emporte avec soi une liaison étroite avec la prédestination ; que celle-ci ne peut être sans cette conformité, et que cette conformité est le moyen le plus assuré pour y conduire ; que doit penser celui que Dieu prend soin lui-même, par des afflictions salutaires, de rendre semblable à son Fils ? Que doit penser celui à qui il fait part de ce calice d'amertumes, que ce Fils bien-aimé a bu pour nous jusqu'à la lie, et qu'il cloua, pour ainsi dire, avec lui à sa croix ? Doit-il résister, s'affliger et se plaindre ? Non sans doute. Mais quoi, doit-il s'inquiéter sur son salut et sur sa prédestination, se troubler dans la crainte de n'être pas dans le bon chemin, et écouter le tentateur, lorsqu'il lui suggère, que la miséricorde n'est plus destinée pour lui ? Hélas ! il n'a qu'à se laisser aller à la conduite de son Dieu, et acquiescer à ses volontés. Il n'a, pour ainsi dire, qu'à le laisser faire et se reposer sur lui. Puisque ce Dieu de bonté a commencé de le mettre dans la voie du salut, il saura l'y conserver et l'y soutenir. Alors, cet homme, trop heureux de ressembler en quelque chose à Jésus-Christ, bien loin de s'affliger de ce que les hommes appellent fléaux de Dieu, doit trouver dans ce qu'il souffre la consolation même de sa peine. Il doit dire avec le prophète, Seigneur, la verge de votre justice et le bâton de votre colère ont fait ma consolation. Que les gens du siècle s'affligent de vos châtiments ; qu'ils désirent de les détourner ; qu'ils cherchent dans les créatures et dans les amusements du monde des consolations frivoles ; qu'ils vous adressent leurs vœux pour obtenir la délivrance de ces peines salutaires, pour moi ô mon Dieu ! je n'ai qu'une prière à vous faire, et qu'un unique désir. Je veux porter l'aimable croix de mon Sauveur, la porter comme lui, y être attaché avec lui, y mourir même avec lui. Cette croix me tiendra lieu de tout ; et quand toutes les consolations de la terre m'auraient abandonné, elle sera elle-même ma consolation. Avec elle je ne craindrai ni les tentations ni le tentateur ni tout l'enfer armé pour me perdre. Possédant ce précieux gage de ma prédestination, je ne me livrerai plus aux timides alarmes où ma défiance m'a jeté jusqu'ici ; et, mettant dans ce trésor toute ma confiance, les afflictions seront désormais à mes yeux des marques consolantes de votre choix ; et la manière dont je les souffrirai, sera à vos yeux une preuve éclatante de mon amour.
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