Foi et Contemplation

La Miséricorde Divine

La Miséricorde Divine

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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu

DEUXIÈME PARTIE

Paragraphe XXVIII

Troisième preuve. La précaution la plus assurée contre le péché se trouve dans l'affliction.

Quelle est en effet la source la plus ordinaire du péché ? C'est l'abondance et le plaisir, la puissance et la gloire. Voilà ce qui engendre la sensualité, la vanité, la malignité, le mépris des hommes, l'oubli de Dieu, souvent même l'anéantissement de la foi. Quel moyen plus sûr de se précautionner contre ces égarements, que l'affliction ? Il y en a deux raisons sensibles. L'une, c'est que les afflictions apprennent à craindre la puissance et la justice de celui qui renverse, quand il veut, nos projets, notre puissance et notre orgueil, et qui venge tôt ou tard le mépris de sa loi. L'autre, c'est que l'effet propre des pertes et des afflictions salutaires que Dieu nous prépare, est de nous séparer des objets qui formaient nos attachements, et qui causaient le dérèglement de notre cœur.

J'en appelle encore au témoignage de ceux qui pourront lire cet écrit, et qui seront peut-être dans l'état d'affliction dont je loue les avantages. S'ils se rendent justice à eux-mêmes, ils avoueront qu'ils n'ont commencé à cesser de pécher, que lorsque Dieu a appesanti sa main sur eux, pour leur en ôter les occasions, et pour briser, dans sa colère, les idoles terrestres qui partageaient les adorations de leur cœur. En sorte que s'il leur rendait les biens ou les plaisirs dont ils les a privés, ils seraient peut-être encore livrés aux mêmes passions qu'autrefois, parce qu'ils auraient les mêmes facilités de les contenter.

Vous vous affligez de ce que vos infirmités ne finissent point. Vous traînez dans les remèdes une vie languissante. Vous êtes devenu inutile au monde, et les compagnies cessent de vous chercher. Si votre santé était parfaite, vous seriez comme autrefois de tous les plaisirs de la cour ou de la ville. Les bals, les spectacles, les jeux et les compagnies vous reverraient comme autrefois. Vous chercheriez comme alors à perdre votre temps dans ces amusements criminels. Le monde ne se passerait pas de vous, et vous ne pourriez vous passer du monde ; les charmes de vos attraits, que la langueur a peut-être effacés, enchaîneraient de nouveau les cœurs de vos adorateurs, et vous entraîneraient avec eux dans l'iniquité.

Vous vous attristez de ce que la fortune, si favorable à d'autres, n'a eu pour vous que des rebuts. Hélas ! si elle vous eût ri comme à eux, elle vous eût enivré comme eux. Comme eux, vous eussiez oublié dans l'élévation un Dieu que l'orgueil méconnaît, et qu'on ne sert que dans l'humilité. Vous eussiez été comme les autres fier et orgueilleux, hautain et méprisant, injuste dans vos prétentions, cruel dans vos vengeances, négligent dans vos devoirs, comme le sont la plupart des grands, dont vous enviez la fortune.

Vous êtes chagrin de ce que vous êtes dans la pauvreté. Mais si vous étiez riche, seriez-vous plus saint ? Ne seriez-vous pas au contraire plus sensuel et plus vain dans votre dépense, puisque vous ne désirez les biens que vous n'avez pas que pour vous procurer des vanités, des commodités, et des plaisirs que la pauvreté vous refuse ?

C'est donc pour vous un avantage d'être infirme, d'être pauvre, d'être disgracié de la fortune ; puisque ces malheurs vous ont tiré d'un état qui est pour tous les autres une occasion prochaine de chutes et qui, peut-être, l'a été aussi pour vous autrefois. Or, quelle marque plus sûre du dessein miséricordieux que Dieu a formé de vous sauver de la perdition commune, que de lui voir prendre les moyens les plus efficaces d'en éloigner les occasions ? Pouvez-vous douter après cela, qu'il ne veuille vous compter au nombre de ceux qu'il a choisis pour le Ciel ? Ce n'est pas ainsi qu'il traite ceux dont l'endurcissement l'oblige à les réprouver. Il les laisse courir au gré de leurs désirs ; et comme le dit saint Cyprien, il laisse ces funestes victimes de sa colère s'engraisser à loisir des richesses du siècle, afin de les immoler ensuite avec plus de gloire à sa vengeance.

Mais pour ceux qu'il a prédestinés, il ne souffre pas qu'ils s'écartent de la route du salut sans les punir ; et s'ils s'en sont éloignés, c'est par l'affliction qu'ils les y ramène. C'est ainsi qu'il a traité tous ceux qui ont été avant vous, l'objet de ses faveurs les plus précieuses. S'il vous traite aujourd'hui comme eux, c'est une marque qu'il vous chérit comme eux, et qu'il veut par les mêmes épreuves vous conduire aux mêmes couronnes.

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