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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu
DEUXIÈME PARTIE
Paragraphe XXVII
Seconde preuve. C'est dans les souffrances que se trouve l'expiation la plus sûre du péché. Avantage des afflictions involontaires au-dessus des pénitences volontaires.
Ce que j'ai dit de la vocation, je le dis de même de l'expiation du péché et de la précaution pour ne le plus commettre. L'un et l'autre que l'on sait essentiellement nécessaire au salut, ne se trouve ordinairement que dans les afflictions et dans les souffrances.
Pour ce qui est de l'expiation du péché, qui est-ce qui, sans les malheurs involontaires de la vie, les maladies, les accidents, les chagrins, les contradictions, les douleurs et les pertes, songerait à expier tant de crimes commis autrefois, et tant de fautes journalières, qui se renouvellent à chaque moment ? On sait cependant, qu'il n'y a point de salut sans la pénitence ; et on ne peut se résoudre à la faire : ou si on la fait, elle est si molle et si lâche, qu'elle ne peut être d'un grand mérite. On vivrait dans cet état, et pour n'avoir pas voulu faire pénitence, on se trouverait peut-être condamné à faire éternellement dans les flammes de l'enfer la pénitence infructueuse des démons, si Dieu miséricordieux ne préparait lui-même des moyens pour tirer de nous une satisfaction que sa justice exige, et que notre lâcheté lui refuse.
C'est là ce qui doit rassurer ceux qui, dans l'affliction, craignent que la pénitence qu'elle leur fait faire ne soit pas agréable à Dieu, parce qu'elle n'est pas volontaire, C'est une erreur ; et je puis assurer ceux qui sont dans cette crainte, que les peines que Dieu leur impose sont aussi propres à expier saintement leurs iniquités, que les macérations de la chair les plus austères qu'ils pourraient s'imposer par leur propre choix. Je les crois même en un sens plus propres à apaiser la justice de Dieu. Car, premièrement, ces afflictions portent certainement le caractère de la volonté de Dieu sur nous ; puisqu'il ne nous arrive rien sans une disposition salutaire de sa providence ; caractère que n'ont pas toujours les macérations volontaires, que le caprice règle aussi souvent que la dévotion.
Secondement, elles sont souvent plus rigoureuses, et par là plus propres à satisfaire pour nos péchés. Car, quelle différence entre les jeûnes, les disciplines, ou le cilice d'un solitaire, et les vives douleurs d'une maladie opiniâtre ; les contradictions perpétuelles d'un mari ou d'un maître, dont il faut essuyer à tout moment les bizarreries ; les extrémités où la pauvreté réduit ; le trouble et l'humiliation qu'apporte la perte de la réputation et la ruine de sa fortune.
Troisièmement, elles sont plus humiliantes et plus propres à porter l'homme à renoncer totalement à lui-même. Souvent l'amour-propre qui se trouve dans le choix des austérités volontaires, la vanité qu'elles inspirent, les louanges qu'elles attirent, en corrompent tout le mérite. Mais les croix involontaires que la providence de Dieu nous a ménagées pour notre salut, n'ont rien de pareil. Le monde ne sait point tenir compte de ces peines. Il n'y a rien de brillant dans ces malheurs, rien qui attire les applaudissements, ou qui contente l'amour-propre : au contraire, il est enseveli tout entier sous les ruines de la fortune, de la santé, ou de la réputation. Celui qui est tombé aujourd'hui dans ces disgrâces, sent bien qu'il n'y trouve pas de quoi s'en glorifier. Ainsi Dieu, par des malheurs involontaires, prépare-t-il à ses prédestinés un moyen plus efficace et plus sûr d'expier leurs péchés. Mais il n'est pas moins vrai qu'il leur offre, par le même moyen, une précaution aussi efficace contre le péché.
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