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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu
DEUXIÈME PARTIE
Paragraphe XXV
Qui sont ceux qui ont des marques encore plus assurées de leur prédestination ? Ce sont ceux qui sont dans l'affliction.
Quelque pressantes que soient ces réflexions, il y a des chrétiens qui ont plus de droit d'en tirer de la consolation, parce qu'ils ont plus de part à ces marques particulières de la prédestination de Dieu. Comme il arrive souvent qu'ils n'y font pas assez d'attention, il est juste de les leur faire observer ici. Ce sont ceux qui sont dans le chagrin ; dans l'oubli, dans les sécheresses, dans les tentations, dans l'infirmité, dans la pauvreté, dans les disgrâces, ou dans quelque sorte de peine et d'affliction que ce puisse être. C'est une vérité constante que c'est là le vrai chemin du salut, le sort particulier des âmes choisies de Dieu, et par conséquent la marque la plus sûre de la prédestination ; en sorte que le salut éternel est aussi aisé aux malheureux du monde, qu'il est difficile à ceux qui jouissent de tous ses avantages.
Entreprendrai-je de prouver une vérité si constante et si souvent répétée dans les Ecritures ? Le monde se réjouira, disait le Fils de Dieu à ses disciples ; mais vous autres, vous serez dans l'affliction. Il est vrai que votre affliction sera changée en joie ; mais vous ne goûterez ce que cette joie a de consolant, qu'après avoir senti ce que l'affliction a d'amertume. Bienheureux ceux qui souffrent, disait encore Jésus-Christ ; bienheureux ceux qui pleurent ; bienheureux ceux qui sont persécutés. C'est que le royaume des Cieux est à eux. Leur droit est acquis sur cet héritage céleste, ils n'en seront pas privés. Le sort des autres est douteux, il est incertain, ils ont tout sujet de craindre ; mais pour ceux-ci, leur prédestination est, pour ainsi dire, évidente, et le terme de cette prédestination, qui est le Ciel, leur appartient déjà : Dieu ne pourrait, ce semble, les en priver sans injustice. Pourquoi cela ? C'est qu'ils sont les vrais enfants de Dieu, et que c'est aux enfants que l'héritage appartient.
Mais si l'héritage appartient aux enfants, c'est aux enfants à souffrir les châtiments et les corrections de leur père. Mon fils, dit le Sage, voulez-vous être adopté dans la maison du Seigneur ? Il faut préparer votre âme à la tentation, quelque affligeante qu'elle soit. Vous étiez agréable à Dieu, disait un ange à Tobie, c'est pour cela qu'il a fallu nécessairement que vous fussiez mis a l'épreuve.
Dieu reçoit, dit saint Paul, les enfants de l'adoption, mais il n'en reçoit aucun qu'il ne le corrige, et si, continue cet apôtre, vous n'êtes pas du nombre de ceux qu'il afflige, vous n'êtes pas les enfants de l'épouse, vous êtes des enfants étrangers, nés dans l'adultère ; auxquels l'héritage n'est point destiné.
Il faut donc passer par l'affliction et par les épreuves, pour être assuré qu'on est du nombre des enfants de Dieu. Mais si vous êtes du nombre de ces vrais enfants, de ces enfants chéris particulièrement de Dieu, pouvez-vous douter de votre prédestination et de votre salut, puisque ce que vous souffrez en est la marque ? Un ange reçoit ordre de Dieu de montrer au prophète Ezéchiel, qui sont les élus qui dans la ville sainte éviteront les châtiments de sa fureur. Cet ange, pour les lui faire connaître, marque sur le front de chacun d'eux le signe salutaire de leur prédestination. Cette marque c'est une lettre hébraœque, et il n'est pas inutile de remarquer avec saint Jérôme et d'autres commentateurs, que cette lettre avait la figure d'une croix. Mais qui sont ceux qui sont honorés de cette marque précieuse ? Sont-ce les rois, les grands du monde, les prêtres du sanctuaire, les observateurs scrupuleux de la loi ? Non : l'élection n'est attachée à aucun état, mais elle l'est à la souffrance. Vous marquerez ; dit le Seigneur, ce signe sur le front de ceux qui s'affligent et qui souffrent, qui sont dans l'amertume et dans les gémissements.
C'est ce qu'explique encore plus clairement un autre prophète. Il partage le monde sous la figure du peuple saint, en trois parties ; et la troisième, qui est celle des élus, n'est caractérisée que par des afflictions. Dieu disperse, Dieu abandonne les autres à leur iniquité et à leur endurcissement, mais il établit dans la troisième le règne de sa miséricorde : il en fait son peuple, et il veut être son Dieu. Ils m'appelleront mon Dieu, dit-il, je les appellerai mon peuple ; ils invoqueront mon nom, et je les exaucerai. Mais quel traitement ce Dieu si bon leur fera-t-il ? Le voici : Je les ferai passer par le feu : je les brûlerai de même qu'on brûle l'argent, et qu'on éprouve l'or ; c'est ainsi que je les éprouverai. C'est ainsi qu'il traite ses bien-aimés. Effectivement, il les fait passer par le feu de la tribulation, il ne les épargne point ; il soumet les uns aux douleurs des infirmités, les autres aux ennuis de la servitude, les autres aux troubles des scrupules, les autres à la malignité des calomniateurs, les autres aux rigueurs de la pénitence. Il les fait passer par le feu, non comme le bois qui en est consumé, mais comme l'or que l'on destine à quelque ouvrage excellent, et qu'on met dans le creuset. Ce métal dans cet état semble souffrir et se gâter ; il se fond, il s'amollit, il perd sa force et son éclat : enfin le temps vient de le retirer du feu, et il n'en sort que pour faire l'étonnement et l'admiration de ceux qui le voient. C'est un vase précieux et magnifique, dont la matière est pure, et dont l'ouvrage est merveilleux. Tel est le sort des élus. Il ne leur est donc pas seulement expédient de souffrir, c'est même là leur état et leur partage. C'est donc par conséquent une marque précieuse de leur prédestination ; et plus les souffrances s'aigrissent, plus l'âme fidèle doit y reconnaître les fondements solides de sa confiance. Croyons fermement, disait une sainte femme de l'ancien Testament à des peuples affligés, croyons que les châtiments que nous recevons de Dieu ne sont que les effets de la miséricorde qui nous corrige, et non pas de la colère qui cherche à nous perdre.
Approfondissons davantage cette vérité si propre à confondre les heureux du monde, qui cherchent à goûter tous ses plaisirs ; mais en même temps si consolante pour ceux qui n'ouvrent les yeux que sur des pertes, qui n'éprouvent que des malheurs, qui ne ressentent que des amertumes et des tristesses intérieures. Hélas ! souvent ils ne connaissent pas leur bonheur. Ils appellent ces peines des malheurs, des fléaux de Dieu, des marques de sa colère, tandis que ce sont pour eux les plus sensibles preuves de sa miséricorde, puisque ce sont les marques de leur prédestination.
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