Foi et Contemplation

La Miséricorde Divine

La Miséricorde Divine

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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu

DEUXIÈME PARTIE

Paragraphe XXIV

Troisième marque de la prédestination, la persévérance dans le bien : nouvelles raisons de l'espérer. Preuves de la prédestination, tirée de la tentation même du découragement.

Il ne manque plus pour consommer l'ouvrage de notre salut, qu'une persévérance de miséricorde de la part de notre Dieu, et une persévérance de fidélité de la part de notre cœur. Mais c'est encore sur quoi nous pouvons nous rassurer. Quoiqu'on n'ait jamais de certitude entière là-dessus, combien de raisons d'espérer, et de conjecturer avec toute la vraisemblance possible, que ce Dieu miséricordieux consommera l'ouvrage qu'il a commencé en nous, qu'il ne nous abandonnera pas à la fragilité de notre inconstance, et qu'il nous soutiendra jusqu'à la fin, comme il nous a protégés jusqu'à ce jour. Car enfin, il nous a mis dans la route, et cela par des soins infinis, et par des secours admirables. Peut-être a-t-il fait des prodiges pour nous y placer : est-ce donc pour nous abandonner, et pour perdre à présent tout le fruit de tant de soins et de tant de vigilance ? Il nous a mis dans la route ; et dans quelle route ? Dans la même où il a mis les saints qui triomphent maintenant. Est-ce donc qu'il aurait dessein de nous perdre dans le chemin par où ils les a conduits au triomphe et à la gloire ?

Eh quoi ! dois-je me dire à moi-même, si Dieu avait voulu me réprouver et me perdre, aurait-il eu pour moi tant de bonté, tant de prédilection et tant de patience ? Pourquoi me prévenir avec tant de soin ? Pourquoi me presser se vivement ? Pourquoi m'attendre si longtemps ? Hélas ! mille fois insulté par mes crimes, mille fois irrité par mes rébellions, il n'avait qu'à m'y laisser croupir comme tant d'autres, ou m'y laisser périr, comme j'ai pensé le faire tant de fois. Il en avait assez fait pour montrer sa miséricorde, et pour justifier sa justice dans ma punition. S'il en a voulu faire davantage, s'il a voulu me conserver, m'attendre et me presser jusqu'à ce jour, ce n'est que parce que, m'ayant choisi par une bonté particulière, il veut encore consommer en moi l'ouvrage que sa miséricorde y a commencé. Si Dieu avait voulu nous faire mourir, disait autrefois la mère de Samson, eût-il reçu de nos mains le sacrifice que nous avons offert ? Je suis en droit de parler comme elle, et de tirer des miséricordes passées une assurance des miséricordes à venir. Si Dieu, irrité de mes crimes, voulait me destiner à périr, aurait-il reçu le sacrifice que je lui ai fait de tout moi-même, pour me consacrer à sa gloire ? C'est sans réserve et sans partage que je le renouvelle encore aujourd'hui, ce sacrifice universel, que je lui offre cet holocauste de charité. C'est lui qui m'en donne la pensée et le courage, c'est lui qui forme en moi l'amour qui en est le principe ; lui sera-t-il plus difficile de le couronner par la persévérance ?

Tous ceux qui liront ceci pourront aisément y puiser ces pieux sentiments, et par conséquent ils pourront goûter toute la douceur et la joie qu'ils inspirent, quand même ce moment serait pour eux le moment de leur conversion, et le premier de leur consécration. Entrant dans les pensées de l'apôtre saint Paul, pensées si consolantes et si propres à rassurer les pénitents et les justes, ils pourront se dire à eux-mêmes pour se rassurer : Hélas ! si Dieu, irrité de nos crimes, nous eût destinés pour être les victimes de sa justice, nous eût-il choisis, entre mille autres, pour nous combler de tant de biens ? eût-il pris tant de précautions pour nous rappeler de nos égarements ? nous eût-il lavés tant de fois dans le sang de Jésus-Christ ? Non sans doute. Aussi est-il certain qu'il ne nous a pas destinés à être les objets de sa colère, mais à acquérir le salut par Jésus-Christ Notre Seigneur ; et en nous faisant part du sang et des mérites de Jésus-Christ, il nous met entre les mains le prix de cette précieuse acquisition. Que pouvons-nous désirer davantage ; puisque ce prix infini est suffisant pour acquérir la grâce, pour acquérir la persévérance, et pour acquérir la couronne ?

C'est ainsi que nous devons nous rassurer dans nos défiances. J'ose promettre que ceux qui voudront ouvrir leur cœur à toutes ces réflexions, trouveront, comme je l'ai dit, que la prédestination qui faisait leur effroi, sera désormais elle-même leur consolation. Car, s'il est affligeant de craindre de n'être pas du nombre des élus, il est bien consolant de reconnaître, par tant de remarques, qu'on a sujet de croire qu'on est compté dans ce nombre heureux.

Consommons la preuve de cette vérité, et tirons de la tentation même que je combats, de quoi consoler ceux qu'elle jette dans le trouble. En effet, de qui vient cette pensée qui vous effraie, âmes timides et désolées ? Est-ce la grâce qui vous l'inspire, ou n'est-ce pas plutôt le démon qui la forme en vous ? Sans doute, que ce n'est pas la grâce ; elle qui nous porte plutôt à l'espérance, à la confiance et à l'amour. C'est donc le démon qui veut vous séduire ? Comment êtes-vous assez crédule pour écouter cet auteur du mensonge ? Mais pourquoi fait-il tant d'efforts pour vous séduire ? C'est parce qu'il reconnaît la bonne volonté de Dieu sur vous ; et c'est pour la rendre inutile qu'il voudrait vous porter au découragement, et même s'il le pouvait, au désespoir. Certes si vous étiez abandonné de Dieu, si vous étiez l'objet de ses vengeances et de sa colère, ce tentateur ne vous troublerait point, il ne s'efforcerait point de vous décourager. Assuré de vous tenir dans ses filets, il ne chercherait peut-être qu'à vous y amuser par un calme trompeur. C'est ainsi qu'il se garde bien ordinairement de troubler ceux qui sont dans le libertinage, et livrés aux plaisirs des sens. C'est à eux qu'il dépeint la miséricorde de Dieu toujours propice, et le chemin du Ciel toujours aisé. Mais qui sont ceux qu'il s'efforce plus souvent de troubler par des idées effrayantes de la justice de Dieu ? Ce sont ceux qui se confient saintement en la miséricorde, ceux dont il craint la conversion. C'est à ceux-là qu'il s'efforce communément d'exagérer la justice de Dieu et sa colère, la difficulté de la conversion, la rareté de la persévérance, le petit nombre des prédestinés. Il le fait pour les porter à tout abandonner par découragement, et pour les livrer s'il le peut, au désespoir. Que ceux qu'il tente ainsi reconnaissent ici l'artifice du démon, mais qu'ils reconnaissent en même temps dans ses ruses, la preuve de la miséricorde de Dieu sur eux, puisque ce n'est que cette miséricorde abondante qui leur attire les persécutions de cet esprit malin, qui, voyant avec dépit le bonheur qui les attend s'efforce de le leur enlever.

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