Foi et Contemplation

La Miséricorde Divine

La Miséricorde Divine

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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu

DEUXIÈME PARTIE

Paragraphe XXIII

Seconde marque de la prédestination, la conversion et la protection particulière.

A ces grâces distinguées de choix et de vocation, dont Dieu vous a prévenus, combien en a-t-il ajouté d'autres aussi particulières pour votre conversion, votre sanctification, votre protection, et votre défense ? Repassez sur toutes les années qui se sont écoulées : vous y verrez l'enchaînement continuel d'une miséricorde personnelle, qui a marqué chacun des moments de votre vie par des grâces singulières préparées exprès pour vous, comme s'il n'y avait eu que vous sur la terre qui attirât l'attention et les soins de votre Dieu. Etait-ce donc pour vous perdre, pour faire de vous la victime de sa colère, pour vous réprouver dans sa fureur, qu'il faisait pour vous ce qu'il n'a pas fait pour des millions de chrétiens, qui valaient peut-être mieux que vous ?

Que je repasse en effet sur les années de ma vie qui se sont écoulées, sur celles de l'enfance, de la jeunesse, ou d'un âge plus mûr, je vois un enchaînement si suivi de miséricordes extraordinaires sur moi, qui ne l'ai nullement mérité, que je ne puis douter que ce Dieu de bonté n'ait dessein de me conduire par la conversion du cœur à la persévérance finale, et de là, à la couronne qu'il destine à ses élus. Après m'avoir préservé dès le sein de ma mère, pour me faire éviter les malheurs d'une naissance infortunée avant que le baptême m'eût sanctifié ; après avoir été mon Dieu comme disait le Prophète, dès le ventre de ma mère, quel soin n'a-t-il pas pris dans mon enfance, de prévenir mon jeune cœur des lumières de sa grâce, pour l'armer contre les périls qui l'entouraient alors ? Si j'ai eu des parents saints, des maîtres craignant Dieu, une éducation pleine de sagesse et de piété, c'était son aimable providence qui m'avait préparé ces secours.

Quand ma raison a commencé à se développer, et que j'ai ouvert les yeux pour connaître le monde, quel empressement mon Sauveur a-t-il eu pour m'en détromper, et pour me précautionner contre sa séduction ! Alors, que d'avertissements, que d'inspirations secrètes, que de mouvements intérieurs, et de remords que je ne pouvais étouffer ! Cependant j'avançais en âge, et Dieu multipliait sur moi ses miséricordes. Tantôt il préservait ma vie d'un accident funeste qui devait me l'ôter, et qui m'aurait livré peut-être à des flammes éternelles. Tantôt il m'arrêtait par des contretemps imprévus, lorsque entraîné par mes passions, j'étais sur le point de me livrer aux charmes trompeurs du monde. Tantôt il ménageait dans mes plaisirs, des chagrins et des tristesses mortelles, pour m'en détacher. Tantôt il me parlait lui-même intérieurement, et me pressant de me donner à lui, il faisait entendre à mon cœur tout ce que le sien ressentait de tendresse et d'amour pour moi.

Si je voyais tomber autour de moi les compagnons de mes plaisirs, que la mort m'enlevait par une fin précipitée, c'était vous, Seigneur, qui me ménagiez ce spectacle pour m'apprendre à ne point compter sur la jeunesse et sur la vie, et à vous faire de bonne heure le sacrifice d'un bien que vous pouviez m'ôter de même qu'à eux. Si j'en voyais d'autres plus fidèles à votre voix, quitter le monde pour chercher leur salut dans de saintes retraites, vous m'aviez en vue dans ces triomphes de votre grâce, et vous me prépariez leur exemple pour m'instruire, et pour me toucher. Si je trouvais du vide dans mes plaisirs, de l'ennui dans les compagnies, de l'inconstance dans les amis, de la perfidie dans les rivaux, de l'ingratitude dans les maîtres que je servais, ou de la dureté dans les protecteurs dont j'adorais la puissance, c'était encore vous, ô mon Dieu ! qui semiez d'épines le chemin de la perdition dans lequel je m'engageais insensiblement, et qui en agissiez ainsi pour m'obliger à retourner à vous, dont je m'éloignais sans réflexion.

Pourrais-je compter tous les mouvements intérieurs de votre esprit, les avertissements secrets de votre grâce, les remords importuns de ma conscience, les douceurs et les amertumes que vous ménagiez si à propos pour me détacher du siècle ? Mais quoi, ô mon Sauveur ! N'ai-je pas lassé votre patience, ayant tant de fois méconnu cette voix si aimable et si douce qui se faisait entendre à mon cœur ? N'auriez-vous pas pu retirer ces secours que votre main libérale répandait si abondamment sur moi ? Je l'aurais sans doute mérité, et j'aurais encore sujet de le craindre, si je ne sentais actuellement votre même bonté qui se fait connaître à mon cœur tant de fois rebelle, et qui l'invite avec une douceur ineffable. Si ce cœur est quelquefois effrayé de votre justice, je reconnais même dans ces craintes un effet de votre miséricorde, puisque votre grâce, qui forme en moi ces terreurs, ne me les fait sentir que pour me rendre plus vigilant et plus fidèle.

C'est ainsi que chacun de nous doit parler. J'ose assurer qu'il n'y en aura aucun de ceux qui liront ceci, qui, repassant sur les temps de sa vie, ne puisse y reconnaître les marques sensibles de la prédilection de Dieu, et qui ne soit obligé d'avouer qu'il a reçu des millions de faveurs singulières, qui toutes tendaient à ménager sa conversion, et à procurer plus infailliblement son salut. Est-il raisonnable, après tant de marques, de douter encore de la bonne volonté de Dieu, et de sa prédilection ? Est-il possible de ne pas reconnaître, dans sa conduite sur nous, la vocation ajoutée au choix, la conversion du cœur qui a suivi la vocation, et la protection ajoutée à toutes les deux, qui, comme je l'ai dit, sont tout à la fois l'effet et les moyens de la prédestination, et qui par conséquent en sont les marques consolantes. C'est là la route par où Dieu a conduit ses saints, c'est ainsi qu'il les a traités ; il vous traite aujourd'hui comme eux. Il vous a choisi comme eux, il vous a sanctifié comme eux, il vous couronnera comme eux.

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