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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu
DEUXIÈME PARTIE
Paragraphe XXII
Principale réponse à l'objection précédente. Le petit nombre des élus est une vérité consolante pour ceux qui ont sujet de croire qu'ils sont de ce petit nombre. Quelles en sont les marques ? Première marque, le choix et la vocation.
Que dira en effet celui qui veut s'opiniâtrer dans ses défiances, quand on lui fera remarquer mille sortes de grâces particulières et personnelles que Dieu lui a faites dans tous les temps, et qu'il lui fait encore chaque jour, qu'il ne fait pas à mille autres, et qui paraissent les mêmes que celles qu'il a faites à ses bien-aimés, pour le conduire par les routes de la pénitence et de la persévérance jusqu'à la couronne éternelle ? En effet, qu'est-ce que la prédestination, sinon un choix que Dieu fait de certaines âmes qu'il conduit par des grâces spéciales à une couronne assurée ? Que doit produire cette prédestination ? Des grâces personnelles, des secours particuliers, proportionnés aux différents états de la vie, et disposés selon les circonstances périlleuses où l'homme se trouve, pour l'en délivrer. Disons-le plus clairement et en trois mots. La prédestination doit produire premièrement le choix et la vocation ; secondement, la conversion et la protection, et en troisième lieu, la persévérance. Ceux que Dieu a prédestinés, dit l'Apôtre, il les a appelés, il les a justifiés, il les a couronnés. Or, c'est là ce que les âmes auxquelles je parle pourront sans doute reconnaître en elles, ou plutôt dans la conduite de Dieu sur elles. N'est-ce pas assez pour leur faire espérer d'être de ce nombre heureux, quelque petit qu'il soit ?
Car pour ce qui est de la vocation et du choix, peut-il être plus sensiblement marqué ? Comparez pour le reconnaître, âmes fidèles, comparez votre état avec celui des infidèles, des schismatiques, et des hérétiques qui couvrent la terre. La plus grande partie du monde est habitée par des gens qui vivent sans foi, ou qui n'ont pas la vraie foi. La catholicité n'en occupe peut-être pas la cinquième partie ! Encore parmi ceux qui habitent les pays, où la vraie foi est cultivée, combien de libertins, d'indévots, d'athées et d'impies qui vivent sans foi, dans le centre même de la foi ? Combien d'autres qui, n'ayant de la vraie religion que la croyance, n'en remplissent pas les obligations, faute de cette foi vive qui opère par la charité ? Combien vivent dans une ignorance profonde de ce qu'ils devraient savoir ? Combien d'autres accumulent les injustices, et s'enrichissant par cette voie, mettent à leur salut un obstacle qu'ils ne vaincront jamais ? Combien se rendent coupables de tous ces crimes, dont l'apôtre a prononcé, que ceux qui les commettent n'entreront point dans le royaume des Cieux ? Combien d'autres, sans beaucoup de crimes, vivent dans l'oubli de leur salut et dans l'indifférence pour le Ciel. Otez presque tous ceux-là, s'ils ne font point pénitence, ôtez-les du nombre des prédestinés. Que restera-t-il, sinon un très petit nombre de gens qui ont la foi, la religion, la piété, la justice en recommandation ; qui inquiets sur leur salut, y travaillent sérieusement, ou qui après s'être livrés trop aisément au crime, songent à l'expier par la pénitence ? Or c'est sans doute à ce petit nombre que le ciel est destiné, et c'est aussi à ce petit nombre que Dieu vous a appelés. Il vous a choisis préférablement à mille autres, pour vous mettre de ce nombre chéri. Combien jusqu'à présent de grâces pour vous y faire entrer ? Je ne dis pas des grâces communes et générales, mais de ces grâces de prédilection, de ces faveurs personnelles qu'il n'a pas faites à tous comme à vous ; ce qui montre bien le choix qu'il fait de vous pour le Ciel, et le désir particulier qu'il a de vous sauver, quand par impossible il serait vrai qu'il aurait abandonné tout le reste de l'univers.
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