Foi et Contemplation

La Miséricorde Divine

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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu

DEUXIÈME PARTIE

Paragraphe XXI

Autre réflexion sur cette vérité. La confiance en Dieu est un moyen d'assurer en quelque façon sa prédestination.

Je ne m'arrêterai pas non plus à un autre moyen qu'il nous a donné à tous, de nous faciliter à chacun en particulier le succès de notre salut. Je ne puis cependant me dispenser d'en dire un mot, puisqu'il est nécessairement de mon sujet. Quel est-il ce moyen ? Je l'ai déjà insinué, et je le répète ici volontiers ; c'est la confiance même de réussir dans l'affaire du salut éternel, qui en donne l'entrée. C'est celle qui est une marque des plus vraisemblables de la prédestination. Nous avons peine à concevoir ce paradoxe, parce que nous jugeons selon nos faibles idées, et selon ce qui se passe parmi nous, où l'espérance, et la confiance même ne rendent pas toujours nos désirs efficaces. Cependant en Dieu, et dans l'affaire du salut, espérer avec confiance, c'est non seulement se faciliter la victoire des obstacles, comme je l'ai dit ailleurs ; mais c'est même s'en assurer en quelque façon la couronne. Pourquoi cela ? C'est que Dieu même l'a Promis ; et sa parole, cette parole éternelle, qui ne peut changer, y est engagée. Sachez, dit-il dans son Ecriture, que nul n'a espéré en moi qui ait été confondu dans son espérance : Et encore ; L'espérance ne confond point ! Et ailleurs, Seigneur, tous ceux qui attendent de vous les biens que vous leur avez promis, ne seront point trompés : Et encore ; Vous sauvez ceux qui espèrent en vous. Le prophète, tout pénétré de cette assurance, s'écriait dans les transports de sa joie : Seigneur, j'ai élevé mon âme et mon cœur vers vous. Vous êtes mon Dieu, j'espère en vous, je ne rougirai point de ma confiance, parce que jamais elle ne sera vaine. Qu'on ne s'étonne point de ce que Dieu a donné tant d'efficace à la confiance. La confiance, comme je l'ai dit, est inséparable de l'amour. Elle est même une sorte d'amour, ou tout au moins la marque du plus tendre, et du plus véhément de tous les amours. Or, on sait qu'à l'amour il n'y a rien d'impossible, et que c'est lui qui ouvre les portes du Ciel.

Comment est-ce en effet que Dieu pourrait résister à cette confiance ? Sa gloire, son amour, son cœur, ne sont-ils pas intéressés à ne pas tromper celui qui se confie pleinement en lui ? Un fils dit à son père : Je me repose tellement sur vous, que je prendrai de votre main l'état, ou la charge, ou l'alliance, ou l'héritage que vous me donnerez. Un domestique dit à son maître : Je ne veux songer à aucune fortune qu'à celle que vous me ferez vous-même ; Je vous servirai fidèlement, et je me repose sur votre bonté des récompenses de mon travail. Un ami associé pour le négoce avec son ami, lui dit avec confiance : Je me repose sur vous-même de la décision des affaires qui sont à régler entre nous ; je compte sur votre droiture et sur votre équité et je ne veux point d'autre arbitre que vous-même. Cet ami, ce maître, ce père, seront-ils insensibles à une confiance si entière, s'ils ont de l'amitié et de la probité ? S'ils sont jaloux de leur réputation et de leur gloire, ne seront-ils pas excités par là à faire plus qu'on aurait pu espérer d'eux ? Pour moi, si j'étais à leur place, je serais attendri d'une pareille confiance, et je me croirais beaucoup plus redevable à celui qui en agirait ainsi, qu'à celui qui, se défiant de mon bon cœur ou de mon exactitude, disputerait avec moi pour faire ses conditions, et qui inquiet à tout moment sur l'objet de ses espérances, voudrait savoir s'il aurait toutes ses sûretés. Je croirais en un mot, mon honneur et ma gloire intéressés à ne pas tromper la confiance généreuse qu'on aurait pris en ma probité.

Est-ce donc que notre Dieu connaît moins les intérêts de sa gloire, et qu'il en est moins jaloux ? S'il en est jaloux, comme il le dit dans son Ecriture, souffrira-t-il que ceux, qui, pleins d'un tendre amour pour lui, se reposent sur sa bonté ; qui, au lieu d'être inquiets sur leur prédestination et leur récompense, disent avec le prophète : Le Seigneur est bon, il prend soin de moi, il ne me laissera manquer de rien, il me placera dans le séjour de l'abondance. Souffrira-t-il, dis-je, que ceux-là soient trompés dans leur sainte confiance, et qu'ils puissent se plaindre un jour, qu'après avoir compté sur ses promesses, elles se sont trouvées vaines ?

C'est donc une espèce d'assurance, heureuse pour nous, de trouver dans notre confiance, de quoi faire réussir l'affaire de notre salut, puisqu'il y va de la gloire de Dieu et de la vérité de sa parole, que nous ne soyons point trompés ? Comment avec un moyen si facile et si efficace, pouvons-nous douter de notre prédestination ? N'est-ce pas une marque que nous sommes du nombre de ceux que Dieu a choisis, qu'il nous ait fait connaître un moyen si aisé et si sûr de procurer notre salut, et qu'il nous l'ait mis entre les mains ? Cependant ce n'est pas encore à cette réflexion que je veux m'arrêter, non plus qu'à la précédente, quoiqu'elles soient toutes deux assez solides pour fixer nos incertitudes. L'homme défiant et inquiet dira que ces avantages sont communs à tous les fidèles, que cependant il y en a encore tant à qui ils sont inutiles, et qui périssent.

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