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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu
DEUXIÈME PARTIE
Paragraphe XX
Dernière objection des âmes défiantes : Le petit nombre des élus. Réflexion générale sur cette vérité.
Quelque confiance que l'on ait en la miséricorde de Dieu ; quoiqu'on sache qu'elle est plus abondante que nos crimes ne sont énormes, il reste cependant aux âmes justes un dernier sujet de frayeur, dont l'effet est aussi funeste que les précédentes et sur lesquels il n'est peut-être pas si aisé de les calmer. C'est ce que la foi nous apprend du petit nombre des élus. Après tout, dit-on quelquefois, je sais que le nombre des élus est petit : comment oserais-je donc me flatter d'être de ce nombre ? A voir tous les désordres de ma vie passée, et toutes mes infidélités journalières, n'ai-je pas bien plus sujet de croire que je serai du nombre de cette multitude de pécheurs que Dieu réprouve dans sa colère ? Voilà la tentation. Il est aisé de concevoir dans quel abattement une telle pensée est capable de jeter ceux qui s'y livrent.
Cette tentation n'est pas nouvelle ; dès le temps des Apôtres, il s'est trouvé des esprits qui en étaient troublés ; et c'était pour les rassurer, que saint Pierre faisait entendre aux fidèles, dans une de ses épîtres, qu'au lieu d'être découragés par la crainte de n'être pas prédestinés, c'était à chacun d'eux à assurer sa prédestination par ses bonnes œuvres. Les saints Pères et les maîtres de la vie spirituelle ont pris le même soin, à l'exemple de l'Apôtre, et ils ont tiré des vérités de la foi mille sages réflexions propres à opposer à cette tentation, et à encourager ceux qu'elle pourrait inquiéter. C'est ce qu'on trouvera partout dans la plupart des livres de piété, et que je répéterais assez inutilement. Je me borne ici à une seule réflexion qui me paraît la plus efficace pour rassurer les âmes pieuses ; et qui non seulement ôte à la tentation ce qu'elle a d'effrayant sur ce sujet, mais qui apprend même à en tirer un motif de consolation.
Il est vrai que le nombre des élus est très petit ; mais voulez-vous n'être pas découragé par cette vérité ? Réfléchissez sur tous les motifs que vous avez pour croire que vous êtes de ce nombre heureux, et alors tout votre effroi se changera en consolation. En effet, qu'avez-vous à craindre de la rareté du nombre des élus, si vous avez de grands sujets de croire que vous y êtes compté, que Dieu vous chérit de cet amour particulier qui sert à procurer le salut des saints, par l'heureux enchaînement de ces grâces singulières, qui les soutiennent dans les divers états de la vie ? Assurément celui qui reconnaîtra cette attention miséricordieuse de Dieu sur lui, bien loin d'être troublé par la vérité dont je parle, doit y trouver au contraire le motif le plus puissant de la plus vive consolation. Or, c'est là ce que je puis inspirer à chacune de ces âmes, que le démon s'efforce de porter au désespoir et au découragement, par la tentation dont je parle. Je le dis hardiment : il n'y en a aucune qui ne trouve dans son cœur, dans les grâces singulières qu'elle a reçues de Dieu, dans les faveurs qu'il lui a faites, dans les sentiments qu'il lui a inspirés, dans la protection qu'elle en a reçue en des occasions périlleuses, dans toutes les autres circonstances de sa vie, des marques assez fortes de cette bonne volonté particulière de Dieu qui, quoique miséricordieux pour tous les hommes, chérit ses élus d'un amour spécial et les conduit à la conversion et à la persévérance par des routes plus assurées.
Je ne parle pas seulement ici de l'assurance commune que nous avons tous, que ce Dieu de bonté nous aime assez pour vouloir nous sauver, et de l'obligation que nous avons de croire qu'il en a un vrai désir, qui est suivi de secours puissants qui nous rendent possibles le salut et la persévérance. Je ne parle pas non plus de l'avantage que nous avons eu de participer plus particulièrement à ces secours par les sacrements, qui nous ont régénérés en lui, réconciliés avec lui, et nourris de son corps précieux ; non plus que des promesses qu'il nous a faites, de ne pas nous abandonner à des tentations qui soient au-dessus de nos forces, et de nous accorder facilement et infailliblement tout ce que nous demanderons au nom de son Fils, sans en excepter la persévérance et le salut. Je pourrais cependant bien m'y arrêter, et je ferais voir aisément que ces grâces quoique communes à plusieurs, sont cependant particulières à chacun de nous, et propres à exciter notre confiance, puisqu'elles nous mettent entre les mains des moyens infaillibles d'assurer notre prédestination, si nous en faisons l'usage auquel il les a prédestinées.
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