Foi et Contemplation

La Miséricorde Divine

La Miséricorde Divine

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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu

DEUXIÈME PARTIE

Paragraphe II

Réponse à la première objection. Quelque terrible que soit notre Dieu, il est pour nous encore plus aimable. Quel avantage c'est pour nous d'avoir Jésus-Christ pour notre juge.

Il est vrai que Dieu est juge, qu'il est notre juge : qu'en qualité de juge, il est sévère ; mais est-ce un juge qui ne s'apaise point, qui ne se gagne point, qui ne pardonne point ? Il surprend, il examine, il punit ; mais en même temps je vois qu'il avertit, qu'il ménage, qu'il attend, qu'il reçoit, qu'il pardonne, qu'il aime, qu'il compatit, qu'il s'apaise ; qu'il est aussi facile de le fléchir pendant le cours de notre vie, qu'il est impossible de l'apaiser au jugement qui suit notre mort. Je vois que s'il prend la qualité de juge, et de juge fort et puissant, il joint en même temps celle de juge patient et plein de bonté. En faut-il davantage pour me rassurer ?

Je le vois sous le symbole d'un père de famille, qui s'irrite des infidélités de son intendant, et qui lui dit avec colère : Rends compte de ton administration. Ne croirait-on pas qu'il va le punir ? Non, cet homme fait des largesses, même aux dépens de son maître ; symbole des aumônes qu'un pécheur fait des biens qu'il a reçus de Dieu, pour l'apaiser dans sa conversion ; car c'est là le propre sens de la parabole et ce père de famille cesse d'être irrité, lorsqu'il a tant de sujet de l'être. Il s'apaise, il loue, il applaudit à l'adresse et l'habileté de son intendant, dont il n'avait que trop de raison de se plaindre. Je le vois sous la figure d'un roi puissant, à qui il est dû plusieurs millions par un misérable. Ce prince le cite devant lui, l'interroge, et lui reproche sa négligence. Le débiteur s'humilie, il demande du temps. Non seulement ce roi miséricordieux lui en accorde, mais il lui remet toute la somme qui lui était due. Je le vois sous la figure d'un autre père de famille, qui va chercher des ouvriers pour les faire travailler à sa vigne. Il en trouve d'oisifs, qui passaient le jour sans rien faire. Il leur en fait des reproches, ce semble, avec indignation. Ces gens sont touchés de son avertissement : Ils travaillent une heure. Hélas ! Que peuvent-ils faire dans une heure ? Il n'y avait rien d'estimable dans leur travail, que leur bonne volonté. C'est cette bonne volonté, que le père de famille récompense avec la même libéralité, que s'ils avaient travaillé tout le jour.

Je le vois dans le prophète qui se plaint des égarements de son peuple, et qui les lui reproche. C'est un Dieu et un juge qui parle ; mais ce n'est là le langage ni d'un juge, ni d'un Dieu. Quand il parle en Dieu, il tonne, il foudroie, il punit. Il a fait entendre sa voix, dit l'Ecriture, et la terre entière a été ébranlée d'effroi. Un juge ne se plaint pas, il prononce des arrêts sévères et irrévocables ; il condamne, il punit. C'est l'amour qui se plaint. Un père, un ami, un frère se plaint, si on ne répond pas à ses empressements ; et tandis qu'il se plaint, il montre qu'il a encore de l'amitié. C'est ainsi que Dieu se plaint, quand il pourrait punir. C'est l'amour qui forme ses plaintes, et l'on ne peut le méconnaître. Il se plaint, et à qui ? A l'homme même de qui il se plaint, et cela pour le toucher et l'attendrir. Encore le fait-il sans aigreur et sans amertume. Quand on se plaint à son ami, et qu'on le fait avec douceur, c'est une marque qu'on est prêt de recevoir ses excuses, et qu'on lui pardonnera sans peine. O qu'un juge est favorable quand il aime ainsi, et encore plus quand il désire d'être aimé !

Tel est notre Dieu. Peut-on après cela, porter la crainte jusqu'au trouble et à l'abattement ? C'est aux endurcis, aux présomptueux, aux impénitents, à frémir au souvenir de sa colère. Mais pour ceux qui veulent le servir, s'ils doivent le craindre, il me semble qu'ils doivent encore plus l'aimer.

Remarquez encore que, s'il est notre juge, il faut reconnaître qu'il est notre père, qu'il est notre époux, qu'il est notre ami, qu'il est notre frère, qu'il est notre avocat, qu'il est notre Sauveur. Que de qualités consolantes, contre une seule qui est terrible ! Ce que celle-là a d'effrayant, n'est-il pas balancé par tout ce que ces autres qualités ont d'aimable ? Voyant tant de formes diverses que prend sa miséricorde, pour une seule sous laquelle sa justice se montre à nous, n'avons-nous pas raison de nous rassurer dans nos terreurs, et d'avouer avec le prophète que les miséricordes de notre Dieu l'emportent mille fois par rapport à nous, sur toutes les autres œuvres de sa puissance ?

Ajoutons ici la belle pensée de saint Chrysostôme. Expliquant cette prière du prophète, qui demandait à Dieu que ses jugements et sa justice fussent exercés par son Fils ; pourquoi, dit ce père, le prophète demandait-il que Dieu se dépouillât de son pouvoir pour en revêtir son Fils fait homme ? Pourquoi Dieu, exauçant la prière du prophète, a-t-il effectivement commis à Jésus-Christ le soin de juger les vivants et les morts, ainsi qu'il nous en assure lui-même dans l'Évangile ? Est-ce que le jugement, entre les mains de Dieu, n'eût pas été exercé avec autant de justice ? Oui, sans doute. Le jugement eût été aussi équitable ; mais il eût été plus terrible qu'un Dieu saint juge des hommes pécheurs ; qu'un Dieu impassible juge des hommes livrés à tant de passions ; qu'un Dieu puissant et irrité juge des hommes faibles et coupables ! Hélas, il n'y aurait pour eux que des châtiments à attendre. Mais qu'ils soient jugés par un homme semblable à eux, qui a expérimenté leurs misères, et porté leurs péchés ; qui est devenu dans une même nature, leur frère, leur ami et leur Sauveur ; au lieu qu'ils auraient eu tout à craindre et peu à espérer, ils ont, au contraire, mille fois plus à espérer, ce semble, qu'ils n'ont à craindre. Ce juge qu'ils ont obtenu, a bien de la disposition à leur être favorable.

C'est donc pour cela, selon saint Chrysostôme, que le prophète désirait que le jugement fût remis entre les mains du fils du roi. C'est pour notre consolation, que Dieu, par un effet de sa miséricorde, a bien voulu se dépouiller, pour ainsi dire, de cette qualité de juge, pour en revêtir son Fils. Mais ce n'est pas encore là tout ce qui doit nous rassurer. Je dis plus ; en Jésus-Christ, cette qualité même de juge, qui, après tout, pourrait paraître terrible, est la plus propre à nous calmer dans nos défiances. Elle est un des titres les plus consolants qu'on puisse remarquer dans le fils de Dieu.

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