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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu
DEUXIÈME PARTIE
Paragraphe XIX
Suite de la même matière. Etre trop effrayé de ses péchés, est quelquefois un raffinement de l'amour-propre.
Je crois en avoir assez dit pour rassurer les âmes timides, qui, effrayées à la vue de leurs péchés, s'abandonnent au découragement. Mais avant que de passer à une autre réflexion, je dois avertir ces âmes inquiètes et timorées, d'un piège subtil que le démon leur tend, et qui n'est pas aisé à apercevoir, parce qu'il est caché sous les dehors trompeurs d'une contrition salutaire. Souvent ces craintes, ces découragements, et ces désolations sont moins l'effet des saintes tristesses de la pénitence, que d'un orgueil secret, qui ne peut supporter la vue de ses propres imperfections. On s'attriste, on s'afflige, on est agité, et cela sans mesure. Et de quoi ? Est-ce de ce que Dieu est offensé ? Non, mais de ce qu'on n'est pas assez parfait, ou plutôt de ce qu'on ne voit pas en soi assez de perfection. L'orgueil qui aime à se complaire en soi-même, ne peut soutenir la vue de tant de faiblesse. Celui qui conserve encore quelques restes de ce vice dont nous sommes pétris, si j'ose parler ainsi, non seulement voudrait être parfait, mais il voudrait jouir de la consolation de savoir qu'il l'est, de voir qu'il a de la vertu, qu'il est agréable à Dieu. Avec ce désir secret, comment soutenir la vue de ses chutes journalières, et le souvenir de ses anciens dérèglements ?
Aussi dans cet état, le cœur profondément orgueilleux est-il aisément troublé par cette vue, et par le souvenir de ses imperfections. Il s'en afflige, mais d'une affliction d'abattement, qui le dégoûte, qui le ronge, qui le décourage, qui ne lui donne point de paix. Tandis qu'il croit être pénétré d'une vive contrition, quelquefois il n'est troublé que par son amour-propre, et par un sentiment intérieur que j'ose appeler une ambition spirituelle, ambition qui se trouve encore quelquefois dans un cœur dont toute autre ambition est bannie. L'esprit de Dieu n'est ni dans le découragement, ni dans le trouble. Il n'y a que le tentateur qui trouve son avantage dans l'un et dans l'autre. L'affliction et la douleur qui vient de l'Esprit-Saint, a quelque chose de plus courageux, de plus consolant et de plus paisible. Celui qui en est animé regarde, il est vrai, ses propres fautes avec humiliation ; mais s'il est confus, il n'est point découragé, il n'est pas plus troublé que l'est un jardinier, lorsqu'il voit croître dans son parterre des herbes infructueuses. Il travaille promptement à les déraciner ; il ne s'en rebute point. Le véritable pénitent ne se rebute pas plus que lui ; ses fautes mêmes semblent le fortifier dans sa ferveur, et animer sa confiance en augmentant son humilité. S'il s'afflige du péché, il accepte de bon cœur l'humiliation qu'il en reçoit. Que les âmes scrupuleuses et timorées fassent attention à cette vérité. Qu'elles évitent avec soin cet écueil que je viens de leur découvrir. Il est nécessaire maintenant de les garantir d'un autre, qui peut-être ne cause pas moins de naufrages, et dont je parlerai un peu plus au long, parce que la matière le mérite.
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