Foi et Contemplation

La Miséricorde Divine

La Miséricorde Divine

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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu

DEUXIÈME PARTIE

Paragraphe XVIII

Sixièmement, non seulement Dieu pardonne au pécheur pénitent, mais il semble même le favoriser plus que le juste.

Dieu pardonne donc aux pécheurs pénitents toute l'énormité de leurs crimes. On dirait presque qu'il les favorise plus que les justes. Il y a, disait Jésus-Christ, il y a plus de joie dans le Ciel pour un pécheur qui se convertit que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui persévèrent. Il semble aussi qu'il les récompense plus libéralement ; et nous voyons de saints pénitents plus glorifiés sur la terre par les prodiges que Dieu accorde à leur invocation, que d'autres dont la vie innocente semblerait mériter une plus grande distinction. C'est que la mesure de la préférence et du rang que les Saints tiennent auprès de Dieu, vient de la ferveur de l'amour. Que si par l'amour le pénitent l'emporte sur le juste, il n'est pas étonnant qu'il le surpasse dans la gloire, qui n'est autre chose que la récompense de l'amour. Une histoire édifiante, que je vais rapporter en peu de mots, peut servir à confirmer tout ce que je viens de dire.

Thaœs, connue dans l'Histoire Ecclésiastique par la ferveur de sa pénitence, ne l'est pas moins par les désordres de son impudicité. Jamais fille ne porta plus loin l'effronterie et le désordre. Le saint vieillard Paphnuce, inspiré de Dieu pour travailler à sa conversion, sortit du désert pour aller chercher cette brebis égarée, et la ramener au bercail. Je ne dirai rien de la sainte industrie plus admirable qu'imitable, dont il se servit pour la gagner à Dieu. Il me suffit de dire que l'ayant heureusement engagée à quitter non seulement le péché, mais toutes les occasions de son péché, il la conduisit dans le désert, et l'enferma seule dans une cellule dont il fit murer la porte, ne laissant qu'une petite ouverture pour lui fournir un peu d'eau et de pain pour toute nourriture. Cette sainte pécheresse vivement touchée de l'horreur de ses crimes, se soumit volontiers à une pénitence si rude, pour une jeune personne accoutumée au plaisir, à la délicatesse, et aux compagnies. Elle vécut longtemps dans cette solitude, occupée uniquement du soin de gémir sur ses crimes passés, et d'implorer la miséricorde de Dieu. Encore même n'osait-elle dans sa prière prononcer le nom de Dieu dont elle invoquait le secours, et craignant de le souiller si sa bouche trop impure le prononçait ; elle disait seulement : Vous qui m'avez formée, ayez pitié de moi. Trois années s'écoulèrent sans qu'elle relâchât rien, ni de son austérité ni de ses larmes. Et Dieu, à qui elles étaient agréables, voulut le faire connaître à un saint homme, nommé Paul, disciple de saint Antoine, à qui sa simplicité fit donner le beau nom de Paul le simple, qualité aussi précieuse aux yeux de Dieu qu'elle paraît méprisable aux yeux du monde. Ce saint homme étant en prières, vit en esprit un trône qu'on préparait dans les cieux. Toute la cour céleste paraissait empressée à l'orner. Aussi l'éclat et la magnificence de ce trône surpassait-elle tout ce qu'on peut imaginer, et les anges du ciel semblaient être dans l'impatience de recevoir l'heureux mortel à qui on destinait une si belle place. Pour qui donc est ce trône ? disait le saint homme en lui-même. Ne serait-ce pas pour mon père Antoine ? Car quel autre peut mériter une si grande gloire de Dieu, que celui qui a fait sur la terre de si grandes choses pour la gloire de Dieu ? Il s'occupait de cette pensée lorsque un ange s'approchant, lui dit, pour le tirer d'inquiétude : ce trône éclatant est destiné à Thaœs la pécheresse ; elle l'a acquis par sa pénitence et par ses larmes.

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