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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu
DEUXIÈME PARTIE
Paragraphe XVII
Cinquième caractère de la bonté de Dieu pour les pécheurs : en les recevant il leur pardonne aisément.
Si nous ajoutons à la parabole que nous venons d'expliquer, les exemples des pécheurs à qui Dieu a pardonné, et dont l'Ecriture sainte nous rapporte les histoires, il me semble qu'il ne doit plus nous rester aucune défiance ; et que quelque coupables que nous soyons, nous pourrons dire avec saint Bernard, qu'il n'y a point de plaies si profondes et si mortelles, qui ne soient guéries par la miséricorde de Dieu, et par le sang de Jésus-Christ.
Qui fut au monde plus coupable qu'un Manassès, roi de Juda ? Ses abominations et ses crimes sont effroyables : sorcelleries, magie, idolâtrie, impudicité, cruauté, injustice. On concevra peut-être cette idée de l'impiété de ce roi, quand on saura que non content d'avoir aboli le culte de Dieu dans tout son royaume, pour lui substituer celui des plus infâmes idoles ; que non content d'avoir égorgé les prophètes du Seigneur ; lui-même il sacrifia ses propres enfants au démon, et qu'il les immola par le feu, selon la barbare coutume des idolâtres de ce temps-là. Ce prince abandonné de Dieu devient captif ; on le charge de chaînes, on le précipite au fond d'un cachot, et c'est dans sa misère qu'il commence à revenir à Dieu. Il élève sa voix pour gémir, et lui demander miséricorde ; et ce Dieu de bonté l'écoute, il l'exauce, il lui rend même son trône et sa puissance, dont ses crimes l'avaient dépouillé.
Qui fut plus scélérat qu'un Achab, autre roi de Juda, autre modèle de toutes sortes d'abominations ? Le culte de Baal, la persécution d'Elie, le massacre des prophètes, le sang de Naboth, les fureurs de Jésabel, sa femme, le font assez connaître. Ce prince s'humilie un jour à la voix d'un prophète qui le menace ; il est triste et affligé, il se revêt d'un cilice, il marche avec un air contrit. Fragile conversion, qui ne dura guère ! Cependant elle fut assez agréable à Dieu, pour obtenir un délai des châtiments dont il l'avait menacé.
Quels crimes plus criants que ceux de David, double adultère, et un adultère rendu plus criminel par la trahison et par le massacre d'un innocent. Jusque-là, c'était un prophète et un saint ; mais plus il avait été saint et favorisé de Dieu, plus son crime était énorme. Quelle ingratitude dans un homme si favorisé ? Mais quel scandale de voir un saint devenir si criminel ? Quel scandale, quand on le voit ajouter l'endurcissement à son crime ? En effet, ce prince fut au moins près d'un an sans se reconnaître et sans faire pénitence : déjà le fruit criminel de son adultère était né, lorsque le prophète vient lui parler de la part de Dieu. Il lui faut donc un prophète, et une mission extraordinaire pour le rappeler à son devoir. Ce prophète parle, et le prince qui l'écoute, rentre en lui-même et reconnaît son crime. Il ne dit que ce mot, J'ai péché, et aussitôt le prophète ajoute de la part de Dieu : Dieu vous a pardonné ; et cela sans reproches amers. Dieu pardonne avec promptitude à un pécheur qui ne semble revenir qu'avec lenteur.
Telle était la facilité que Dieu apportait, pour pardonner, dans un temps, que saint Cyprien appelle un temps de sévérité et de vengeance. Que ne fera-t-il pas maintenant dans un temps de miséricorde, et dans une loi nommée par excellence une loi de grâce ? Qu'est-ce que Jésus-Christ n'a pas fait pour nous en donner des preuves ? Une femme pécheresse est le scandale de Jérusalem par ses débauches : et le fils de Dieu lui accorde le pardon de ses crimes, aussitôt qu'elle commence à le demander. Zachée est un usurier public ; et aussitôt qu'il a pris la résolution de restituer le bien acquis par ses injustices, dès lors, et avant même l'exécution, ses crimes sont remis, et le salut entre dans sa maison. Une femme adultère est surprise dans son désordre ; et Jésus-Christ la délivrant de la mort, qu'elle méritait suivant la loi, ne lui impose d'autre pénitence que sa propre confusion, et la précaution qu'il lui ordonne pour ne plus pécher. Un insigne voleur, après bien des crimes, est attaché à un gibet, il est prêt d'expirer ; et dans ce dernier moment il recourt au fils de Dieu. Jésus l'écoute, il lui donne entrée dans sa gloire : Dès ce jour, lui dit-il, vous serez avec moi dans le Paradis.
Il est vrai que ce voleur touchait alors, pour ainsi dire, à la croix de Jésus-Christ, cette croix qui a été pour tout le monde une source de salut. Il est vrai qu'étant si près de cette croix salutaire, on doit être moins surpris de voir qu'il éprouve le premier les effets de sa puissance. Mais si nous sommes coupables comme lui, qui nous empêche de nous approcher, comme lui, de ce bois précieux, et de jeter les yeux vers celui qui est mort sur cette croix, pour nous mériter le pardon de nos égarements ? Levons nos yeux vers cette montagne sainte, d'où nous devons attendre le secours. Regardons à loisir : Hélas ! que verrons-nous ? Nous y verrons le spectacle le plus capable d'exciter la confiance avec l'amour dans le cœur de tous les pécheurs. Le sang d'un Dieu qui coule pour leur salut, le cœur d'un Dieu ouvert pour se montrer à nous avec toute sa tendresse. Si vous doutez encore de cette tendresse, dit saint Bernard, voyez son cœur qui se montre à vous tel qu'il est. Il n'a été ouvert que pour se faire connaître à vous, et pour vous rassurer. A travers ses plaies profondes, il vous est aisé d'apercevoir ce cœur, qui n'a de mouvement que pour vous, et qui n'a pour vous que de la tendresse.
C'est donc là, dit encore ce Père, que je veux me retirer, c'est dans ce cœur ouvert pour mon salut que je veux chercher un asile contre la colère de mon Dieu ; c'est en lui que je veux mettre ma confiance, et ma confiance sera solide. Il est vrai que mes crimes sont grands, continue ce Père si humble et si dévot ; ils ne sont que trop grands, ma confiance en est agitée de crainte ; mais non pas jusqu'au trouble et jusqu'à la désolation : parce que les plaies de mon Sauveur la rassurant, de quelles mortelles plaies mon âme peut-elle être blessée, qui soient à l'épreuve de ce remède ? Quelle crainte et quelle désolation ne sera point apaisée par l'efficace de sa vertu ? C'était là les sentiments de saint Bernard. Qui nous empêche de trouver avec lui la même consolation dans les plaies de notre Sauveur ?
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