Foi et Contemplation

La Miséricorde Divine

La Miséricorde Divine

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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu

DEUXIÈME PARTIE

Paragraphe XIV

Quatrièmement, Dieu reçoit le pécheur avec bonté, dès le moment qu'il revient à lui.

Comment est-ce en effet que Dieu ne recevrait pas les pécheurs dans leur pénitence, lui qui les a comblés de tant de biens dans leur endurcissement : Vos péchés sont nombreux, il est vrai, ils sont énormes, vous y avez croupi trop longtemps : mais quoi, vos péchés sont-ils plus odieux à votre Dieu, maintenant que vous les détestez, que vous en gémissez, que vous craignez sa colère, qu'ils ne l'étaient lorsque vous les aimiez plus que lui, et que vous insultiez à sa miséricorde ? Alors il en connaissait toute la malice et toute l'énormité, et cependant il vous souffrait si patiemment : sera-t-il plus inexorable aujourd'hui, que vous condamnez vous-même, de tout votre cœur, vos criminels attachements ? Alors vous l'offensiez de propos délibéré, avec réflexion, avec malice ; et il vous aimait, il vous cherchait, il vous appelait, il vous comblait de biens, même à votre insu, même en prévoyant l'abus que vous feriez de ses grâces. Alors, encore une fois, il vous aimait, et son amour même était grand. Si la preuve de l'amour, sont les bienfaits, la preuve d'un grand amour, sont les grands bienfaits. A en juger donc par les bienfaits, il vous aimait fortement, tendrement, constamment. Comment se pourrait-il faire qu'il eût aujourd'hui cessé de vous aimer ; aujourd'hui que vous êtes soumis et pénitents, que vous tremblez à la vue de ses jugements, et que vous êtes humiliés sous le poids de vos crimes ? Serait-il possible qu'il eût pris contre vous des pensées de colère, de châtiment et de réprobation ? Cela se peut-il seulement penser ? Ne serait-ce pas là faire de votre Dieu, un Dieu bizarre et injuste, qui aime les impies, et qui rebute les pénitents ?

Non sans nul doute, il ne les rebute pas ; et si nous creusons dans ses desseins, nous trouverons que la raison qui l'engage à attendre le pécheur, l'engage également à le recevoir. Pourquoi l'attend-il avec patience ? Saint Pierre nous l'apprend, lorsqu'il dit, qu'il use de patience à cause de nous, ne voulant point qu'aucun ne périsse, mais que tous aient recours à la pénitence. Non, il ne veut pas que le pécheur périsse, il voudrait même qu'il ne pérît pas. Il voudrait que tous eussent des sentiments de conversion et de salut : il le désire, il le veut, il est affligé quand on ne répond pas à ses désirs ; il attend, comme s'il voulait voir si on ne se laissera pas toucher à la fin. Quelle plus grande joie pour celui qui désire ainsi notre salut, que de voir ses désirs accomplis, et ses soins efficaces par le retour de ceux dont il veut procurer la conversion !

Ce n'est donc pas le caractère de notre Dieu, de rebuter le pécheur dans son retour, après l'avoir épargné dans son égarement. Il me semble l'entendre dire avec bonté à chacun de nous, ce que disait autrefois Joseph à ses frères, pour les rassurer dans la consternation où ils étaient au moment qu'ils le reconnurent en Egypte. C'est moi, leur dit-il, c'est moi qui suis Joseph ; qui suis votre frère, approchez, ne craignez rien. Ces frères autrefois si cruels, qui avaient conjuré sa perte, et qui, le vendant à des étrangers, l'avaient livré à tous les maux que l'esclavage entraîne après soi ; ces frères, dis-je, surpris de le voir si puissant, et le maître de tout l'empire de Pharaon, s'effraient au souvenir des traitements qu'ils lui avaient faits. Il se vengera sur nous, disaient-ils en eux-mêmes, de tout ce que nous avons fait contre lui. Belle image de l'effroi du pécheur à l'heure de la mort, lorsqu'il considère la majesté et la puissance de Dieu, qu'il avait oublié pendant le cours d'une vie criminelle.

Cependant Joseph a des sentiments bien plus nobles que ceux que ses frères craignaient de trouver en lui. Il pénètre leur trouble ; et avant qu'ils osent lui parler, il les prévient. Ils ne lui ont pas encore demandé pardon, et déjà il leur a pardonné. Il parle le premier pour leur dire ces paroles consolantes : Ne craignez rien. J'ai oublié tout le passé, oubliez-le de même, et rassurez-vous. Approchez de moi, que je vous embrasse ; je ne me vengerai de vous que par mes caresses. Cessez donc de craindre désormais, votre crainte serait injurieuse à mon amitié. Je suis votre frère, et je le serai toujours par la tendresse, de même que je le suis par la nature.

De toute les figures de Jésus-Christ dans l'Ancien Testament, je n'en trouve point de plus sensible que celle de Joseph. Il lui a été semblable dans la persécution que ses frères excitèrent contre lui, dans la trahison avec laquelle ils le vendirent dans son esclavage, dans sa prison. Il l'a été encore plus dans sa gloire et dans le salut de l'Egypte. Mais à mon gré, la ressemblance qui est la plus marquée, c'est celle que je trouve dans sa tendresse pour des frères qui la méritaient si peu. C'est ainsi, divin Sauveur, que vous nous traitez ; et si nous sommes aussi coupable envers vous que les frères de Joseph l'étaient envers lui, vous n'êtes pas moins miséricordieux que ce patriarche, puisqu'il l'était particulièrement pour être votre figure. Comment ne me rassuré-je donc point dans mes terreurs, lorsque vous me dites encore plus tendrement que lui : C'est moi qui suis le miséricordieux Joseph, ne craignez rien. Eh ! Comment ne pas craindre ? C'est que je suis votre frère, et je serais un frère dénaturé, si je cherchais à me venger. Si vous n'étiez pas pénitent, je serais votre juge ; mais puisque vous revenez à moi, je n'aurai pour vous d'autre qualité que celle de frère, ni d'autres sentiments que ceux de l'amitié et de la tendresse.

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