Foi et Contemplation

La Miséricorde Divine

La Miséricorde Divine

Sections - « précédent - suite »

Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu

DEUXIÈME PARTIE

Paragraphe XI

Dieu appelle le pécheur, et les menaces mêmes qu'il fait en l'appelant sont plus propres à exciter notre confiance, qu'à rebuter notre faiblesse.

Dieu aime le pécheur, tout pécheur qu'il est. Si nous en doutons encore, songeons avec quelle bonté il l'appelle dans ses égarements, pour le ramener à lui. Nous l'avons déjà exposé au long, et nous ne le répéterons pas ici. Remarquez seulement, que ceux qu'il est venu chercher, ce sont les pécheurs ; ceux pour qui il est mort, ce sont les pécheurs ; ceux qu'il appelle, ce sont les pécheurs, ceux qu'il presse plus vivement, ce sont les plus grands pécheurs ; ceux qu'il appelle le plus fort, si j'ose me servir de cette métaphore, après lesquels il crie plus haut, ce sont ceux qui sont les plus éloignés de lui. Avoir péché, avoir beaucoup péché, avoir commis d'énormes péchés, n'est donc pas une raison de croire qu'il rejettera celui qui voudra cesser de pécher A-t-on jamais pensé que ce qui fait la matière de la miséricorde, dût en être l'obstacle et la refroidir sur nous ?

Il est vrai que notre Dieu, lassé d'appeler avec douceur des pécheurs insensibles à ses caresses, leur fait des menaces et des reproches. Toute l'Ecriture en est pleine. Mais est-ce là ce qui doit nous empêcher d'aller à lui avec confiance ? Non sans doute. Au contraire, c'est là ce qui me découvre encore mieux la répugnance qu'il a à nous punir. Car enfin, faire des plaintes, des reproches et des menaces, ce n'est pas là le langage d'un Dieu irrité, qui ne pardonne point. Ce n'est pas ainsi que la vraie colère parle par la bouche de celui qui a entre les mains de quoi se venger. C'est de la dissimulation et du silence que part la vengeance, comme l'éclair qui sort d'un nuage sombre. Menacer, c'est avertir, c'est différer, c'est donner le temps d'éviter la punition. Ne sont-ce pas là autant d'effets de la miséricorde ?

C'est ce qui nous est sensiblement marqué dans l'histoire de la conversion des Ninivites. Qui ne croirait que la colère de Dieu a résolu leur ruine, lorsqu'on voit un prophète envoyé exprès pour leur signifier de sa part l'arrêt porté pour la destruction de leur ville ? Dans combien de temps cet arrêt doit-il être exécuté ? Ce n'est pas dans un siècle, ou dans un an, mais dans le court délai de quarante jours. Le prophète ne dit pas, faites pénitence pour éviter la destruction ; peut-être obtiendrez-vous miséricorde : ou bien votre ville sera ruinée de fond en comble, si vous ne faites pénitence. Non, ce n'est pas ainsi qu'il parle. L'arrêt paraît absolu, et semble être irrévocable. Dans quarante jours Ninive sera détruite. Le peuple même de la ville le croit ainsi ; et s'il fait pénitence, ce n'est qu'en doutant du succès que cette pénitence devait avoir pour fléchir la colère de Dieu. Peut-être, disent-ils, Dieu nous pardonnera-t-il. Ce peut-être, ce doute, cette incertitude leur suffit, il est vrai, pour les porter à la pénitence, mais après tout ce n'est qu'un doute, et ils n'osent s'assurer positivement du pardon.

Le prophète lui-même ne croyait pas qu'ils dussent l'obtenir. Il s'attendait à voir l'accomplissement de sa prophétie ; et n'osant après sa prédication rester dans la ville, de peur d'y être enseveli sous ses ruines avec les coupables, il se retira sous un arbre hors de son enceinte, pour être témoin des vengeances de Dieu. Comment est-ce donc, prophète, que vous ignorez les miséricordes de Dieu, qui ne menace que par bonté ? Est-ce que s'il eût résolu de perdre cette ville sans rémission, il vous eût envoyé pour en avertir les habitants ? Eût-il attendu encore quarante jours pour exécuter ses desseins ? Eût-il voulu donner ce terme à ceux qui n'auraient eu rien à espérer de lui ? C'est là la leçon que Dieu voulut faire lui-même à Jonas ; et prenant occasion du chagrin que ce prophète avait conçu de la mort d'un arbrisseau qui lui donnait de l'ombrage, il lui dit : Vous vous intéressez à la vie de cet arbrisseau, qui n'est point à vous, et que vous n'avez point planté ; et moi, comment pourrai-je être insensible à la ruine d'une ville, où il y a tant de peuple, et même tant d'âmes innocentes ? Ces hommes sont mon ouvrage, ils sont à moi ; ce sont mes enfants, c'est moi qui leur ai donné la vie. Comment ne me laisserai-je pas toucher par leur humiliation ? Je ne les ai menacés que pour les ramener à la pénitence. Puisqu'ils la font, que puis-je désirer davantage de leur obéissance ? Perdrai-je donc un peuple docile et humilié ?

C'est ainsi que Dieu est miséricordieux jusque dans ses plaintes, ses menaces, et ses reproches ; qu'il l'est pour tous ceux qui sont pécheurs ; que c'est sincèrement qu'il les appelle ; qu'il craint, ce semble, d'être obligé de les punir. Avoir beaucoup péché, n'est donc pas une raison de croire que l'on n'aura point de part à sa miséricorde.

Ici je me rappelle le souvenir d'un exemple touchant, que rapporte un auteur de l'antiquité, et dont l'application rendra ce que je dis plus sensible.

Sections - « précédent - suite »