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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu
DEUXIÈME PARTIE
Où l'on répond aux objections que la crainte suggère aux âmes timorées.
Paragraphe premier
Objections des âmes trop timides et scrupuleuses. – Première objection : la justice de Dieu. – Portrait de la sévérité de ses jugements.
C'est dans tout ce que la foi nous apprend de la sévérité des jugements de Dieu, et des rigueurs de sa justice, que les âmes timides trouvent la première source de leur crainte. Effectivement, je l'avoue, il y a de quoi en être effrayé ; et à voir le portrait que nous en font les saintes Ecritures, il est impossible qu'il ne jette quelquefois la terreur dans les âmes les plus saintes ou les plus présomptueuses. Tantôt, c'est un Dieu saint qui s'irrite des moindres souillures ; tantôt, c'est un Dieu jaloux, que le plus petit partage offense ; tantôt, c'est un Dieu vengeur, qui fait porter à une terre entière la punition du crime de quelques-uns de ses habitants, et qui visite dans sa fureur jusqu'à la quatrième génération, pour lui faire expier le crime de ses ancêtres. Ce qu'on nous apprend de sa qualité de juge, et de la rigueur de ses jugements, n'est pas moins terrible ; car quelle exactitude dans la discussion qu'il doit faire de nos actions, au jour qu'il exercera ses jugements, et, non seulement de nos actions, mais de nos paroles, de nos désirs, de nos pensées les plus secrètes et les plus légères ! Rien de ce qui échappe à notre attention, n'échappera à ses lumières ; tout sera discuté. Une parole qui n'a rien de criminel, mais aussi qui n'a rien d'utile, sera reprise. Un mot injurieux qui a échappé dans la colère, sera puni. Un sentiment que la cupidité fait naître, et qui échappe à notre vigilance, presque sans réflexion, portera sa peine.
Non seulement il s'irrite de ce qu'on a commis, mais il impute même quelquefois ce qu'on n'a pas commis, ce qu'on a souvent ignoré ; et il suffit pour cela, ou qu'on l'ait procuré ou qu'on l'ait permis, ou même quelquefois qu'on l'ait souffert en silence.
Ce silence souvent est criminel à ses yeux. Nouvelle exactitude de ce jugement sévère. Ce n'est pas seulement le pécheur qu'il censure ainsi ; il n'est pas moins terrible pour celui qui paraît juste ; et si ce juste ne l'est pas assez, s'il n'est que tiède dans son amour, s'il est paresseux dans les devoirs de la pénitence, s'il ne répond pas par ses bonnes œuvres aux grâces qu'il a reçues ; si, en faisant des œuvres saintes, il ne les fait pas saintement ; et, comme dit l'Ecriture, si les œuvres ne sont pleines devant lui, ce juste doit craindre sa sévérité.
Tels sont les jugements de notre Dieu, jugements terribles par la discussion, mais qui ne le sont pas moins par la surprise : car, quand est-ce que ce Dieu vengeur et sévère viendra exercer sur nous ses jugements ? On ne le sait point. Il cache sa venue ; il l'a dit, et il l'exécute au pied de la lettre : C'est au temps et à l'heure qu'on y pense le moins, et qu'on se croit en sûreté ; il vient comme un voleur qui cache ses approches, et qui ne cherche qu'à surprendre. Il surprend effectivement le pécheur, sans lui laisser souvent le loisir de faire pénitence. Il le surprend au milieu de ses affaires, au milieu de ses plaisirs, au milieu même de ses crimes. Il l'enlève pour lui en faire rendre compte ; et ce qui paraît encore plus effrayant, c'est que, sans attendre ce dernier moment, il exerce ses jugements dès cette vie sur ceux qui résistent à sa voix. Il étend sa main sur eux pour les affliger, ou il la retire pour les laisser tomber dans l'endurcissement : il les prive des secours qu'ils rendent inutiles, et un temps vient quelquefois où ces pécheurs l'appellent en vain, qu'ils le cherchent, qu'ils l'invoquent, et que ce Dieu irrité ne les écoute point, parce qu'il s'est retiré d'eux, qu'il s'est caché pour ne se plus montrer à eux, qu'au moment terrible d'une mort dans l'impénitence, où il insultera au désespoir de ces âmes criminelles. Afin qu'on ne croie pas que j'outre ces portraits des jugements de Dieu, qu'on remarque que toutes ces vérités, et presque toutes mes paroles sont les paroles même de l'Ecriture.
Qui ne reconnaîtra après cela que Dieu est un Dieu terrible dans ses vengeances ; que rien n'est plus effrayant que ses jugements. Qui ne s'écriera avec le prophète, qui en était effrayé quelquefois jusqu'au saisissement et à la défaillance : Que vos jugements ô mon Dieu, sont terribles ! Oubliez, Seigneur, mes fautes, et les égarements de ma jeunesse. Car si vous comptez exactement nos iniquités, hélas ! Qui pourra soutenir la sévérité de votre justice.
C'est là ce qui effraie l'âme juste et timide ; c'est là ce qu'elle médite, et ce qui la jette dans le trouble. Mais voyons s'il n'y a pas de remède à l'impression de terreur que ces vérités jettent dans son âme.
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