Foi et Contemplation

La Miséricorde Divine

La Miséricorde Divine

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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu

PREMIÈRE PARTIE

Paragraphe IX

Continuation du même sujet. Différence de deux âmes, dont l'une se gouverne par l'amour, et l'autre est plus sensible à la crainte. Portrait de la première.

Continuation du même sujet. Différence de deux âmes, dont l'une se gouverne par l'amour, et l'autre est plus sensible à la crainte. Portrait de la première.

Pour donner à la vérité que nous venons d'exposer, tout le jour qu'elle peut demander, et la faire sentir plus vivement, considérons la différence qui se trouve entre deux âmes justes, si vous voulez, mais qui vont à Dieu par des routes différentes ; l'une par le chemin de la confiance, et l'autre par celui de la crainte.

L'une aime Dieu tendrement et cordialement, comme un fils aime son père, ou comme une épouse vit avec son époux qu'elle aime. Son amour augmente sa confiance, et sa confiance nourrit son amour. Dieu est bon, dit-elle, il est mon père, et c'est ce qui m'apprend à ne le pas irriter. Mais si quelque infidélité m'échappe, je recours à lui avec confiance, parce que je sais que ses bontés sont plus grandes que mes ingratitudes. Je sais qu'il est terrible dans sa colère ; mais je sais aussi que cette colère n'est pas à l'épreuve d'un cœur humilié. Il est juste de le craindre ; mais il me paraît encore plus aimable que terrible. J'ai éprouvé mille fois qu'il pardonne aisément à celui qui l'invoque, et je ne désespérerai jamais de l'éprouver encore. Malgré ma faiblesse, il me soutiendra par sa grâce. Cette grâce m'a été méritée par le sang de mon Sauveur ; et pour y participer plus abondamment, je me cacherai dans ses plaies, et je me couvrirai de ses mérites. Cette âme, dans ces sentiments, mène, pour plaire à Dieu, une vie austère et pénible, mais son austérité ne se répand point dans son humeur : elle est gaie, contente, agréable même dans la société. Sa vertu n'a rien de sombre, et les larmes que la contrition lui fait répandre sont mêlées d'une certaine douceur qui les rend aimables. Dans cet état on aime à s'approcher de Jésus-Christ par les sacrements, et surtout par la sainte communion. C'est pour cette âme une joie qu'elle ne peut exprimer, de posséder son Dieu qu'elle aime, et de s'unir intimement à lui. Véritablement, c'est avec confusion qu'elle en approche, sachant combien ce Dieu est grand, et ne voyant en soi que de la misère : mais cette confusion ne l'arrête point, et sa crainte cède à son amour, parce qu'elle croit qu'il est plus selon le cœur de son époux.

Cette ferveur se soutient au milieu des occasions les plus difficiles et des plus vives tentations. Cette âme marche à grands pas dans les voies des commandements de son Dieu ; elle court même avec légèreté, selon l'expression du prophète, dans ces routes épineuses, où tant d'autres trouvent des écueils. Ce qui la fait courir ainsi, c'est la sainte joie dont la confiance l'anime. Cette joie dilate son cœur et le transporte. Elle s'élève jusqu'à Dieu, portée sur les ailes de la confiance et de l'amour ; et du haut de son élévation, elle méprise le monde et ses attraits, les démons avec leurs ruses, et semble ne plus sentir le poids de leur nature, ni celui de la cupidité.

Ces saintes ardeurs se redoublent au souvenir de la mort. Hélas ! dit-elle, mon Dieu, et le Dieu de mon cœur, quand viendra ce moment que je vous verrai sans voile, que je vous posséderai sans partage, que je vous louerai sans interruption, que je vous aimerai sans tiédeur ! Brisez, Seigneur, les liens qui me retiennent. Tirez mon âme de sa prison et ôtez-moi une vie où je ne vous possède qu'à demi. Les approches et la présence de cette mort, si affreuse pour tous les hommes, ne font qu'enflammer sa ferveur. Ah ! s'écrie-t-elle, mon exil va finir. Je jouirai donc enfin de la possession de mon Dieu, et je vais me reposer dans son sein. Mon cœur, libre de sa prison et affranchi de son esclavage, verra ce que l'œil n'a jamais vu, et possédera ce bien dont le cœur humain n'a jamais conçu les délices ! O mon Dieu et mon père, avancez encore ce moment, qui ne viendra jamais assez tôt pour mes désirs ! Je sais que votre justice trouverait bien en moi de quoi s'irriter, et de quoi me punir ; mais je m'unis à Jésus-Christ, par qui vous m'avez sauvée, et en qui je vous aime. C'est sur ses seuls mérites que je me confie, et non pas sur mes œuvres, qui par elles-mêmes ne sont rien. C'est par son sang que je vous demande miséricorde, et que j'espère l'obtenir. Dans cette douce espérance, cette âme s'abandonne aux rigueurs de la maladie, et elle reçoit de la mort le dernier coup qui consomme son sacrifice.

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