Foi et Contemplation

La Miséricorde Divine

La Miséricorde Divine

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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu

PREMIÈRE PARTIE

Paragraphe VIII

Cette tendresse de l'amour divin est détruite par la défiance et par la crainte.

Tel est le vrai esprit du christianisme et telle est sa perfection : mais que fait le tentateur ? Soit qu'il veuille jeter un juste dans le trouble, soit qu'il veuille retenir un pécheur dans le péché, soit qu'il veuille perdre un mourant par le désespoir, il s'efforce de détruire cette sainte confiance dans tous les cœurs, pour ruiner tout le fruit qu'elle pourrait y produire. Il représente avec exagération à une âme timide, la multitude des fautes qu'elle a pu commettre. Il lui en découvre toute l'énormité ; il la jette dans le scrupule sur chacune de ses confessions ; il l'agite par les plus affreuses tentations, et aussitôt il lui fait un crime de chaque pensée les moins délibérées. Lui découvrant en même temps combien les jugements de Dieu sont sévères, il s'efforce de lui persuader que le pardon n'est pas pour elle ; que Dieu, irrité de ses infidélités, lui refuse ses grâces, et qu'il l'abandonne ; qu'elle est du nombre des endurcis et des réprouvés. Si cette âme désolée entend quelque menace, ou quelque reproche adressé en général aux pécheurs impénitents, le tentateur lui dit intérieurement que c'est à elle à qui Dieu fait adresser ces paroles, et que c'est pour elle que les châtiments sont préparés. Si elle entend quelques mots de consolation, il y ajoute des réflexions funestes et des pensées désespérantes, qui empêchent cette âme de s'en faire l'application, et d'en tirer du fruit. Si elle est assez fidèle pour résister à la tentation du désespoir, où il la pousse, au moins réussit-il à la troubler, et à la jeter dans une inquiétude et une tristesse mortelle. Ainsi, ce pauvre cœur tenté, agité, désolé, ne sait presque quel parti prendre dans cet état, où il ne voit devant ses yeux que des sujets de frayeur, et en lui-même que des monstres et des ténèbres.

Il est aisé de sentir combien cette défiance et cette tristesse du cœur apporte d'obstacle à la vivacité et à la tendresse de l'amour de Dieu, telle que je viens de la dépeindre : car voici comme je raisonne avec une âme qui s'abandonne à ces funestes pensées. Toute votre tristesse ne vient que de votre défiance de la miséricorde de Dieu, que vous n'osez espérer. Or, cette défiance ne peut venir que du doute où vous êtes, ou de la toute-puissance de Dieu, ou de sa bonne volonté pour vous. Sans doute que ce n'est pas sur sa toute-puissance que vous hésitez, et vous croyez aisément que votre salut ne lui est pas difficile. Votre doute et votre crainte tombent donc uniquement sur sa bonne volonté pour vous. Vous hésitez de croire qu'il veuille vous sauver ; vous craignez qu'il ne vous pardonne point ; vous pensez qu'il ne vous aime pas tant que d'autres qu'il a sauvés ; vous vous imaginez que sa miséricorde, épuisée en votre faveur, a cédé la place à la justice et à la vengeance. Quel contre-coup ces doutes et ces idées portent-elles contre l'amour qui doit être dans votre cœur, dont le motif le plus pressant devrait être que ce Dieu de bonté vous aime, tout pécheur, tout misérable que vous êtes ; qu'il vous aime assez pour vous appeler, pour vous recevoir, et pour vous pardonner ? Pour moi, ô mon Dieu, c'est là ce qui m'attendrit le plus, et ce qui me touche le plus vivement. Si j'étais saint, si j'étais parfait, si j'étais juste, il me semble que j'aurais moins de sujet d'admirer votre bonté. Mais ce qui m'étonne, et ce qui augmente mon amour pour vous, avec ma reconnaissance, c'est que, malgré mes misères, vous m'aimiez encore. C'est que tout pécheur, tout ingrat, tout infidèle que je suis, je sois encore, dans cet état, l'objet de vos empressements et de vos bienfaits. C'est là ce qui amollit la dureté de mon cœur. Il ne peut plus y résister.

Ainsi pense, comme naturellement un cœur que la confiance soutient. Mais que deviendront ces sentiments d'amour, dans celui qui croira faussement que c'est en vain qu'il aime son Dieu et que ce Dieu irrité n'a plus pour lui que de la sévérité et des châtiments ; qui se persuade que ses péchés sont au comble, et qu'ils ne seront plus pardonnés désormais ? Faut-il même être tout à fait dans le désespoir, pour trouver dans ces tristes pensées le dépérissement de l'amour ? Le seul doute sur la bonté infinie de Dieu ne suffit-il pas pour troubler, pour attrister, pour refroidir le cœur à mesure qu'il sent diminuer sa confiance ?

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