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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu
PREMIÈRE PARTIE
Paragraphe VII
Seconde preuve de la tendresse que doit avoir notre amour envers Dieu. C'est la confiance qui excite ces sentiments de tendresse.
La seconde raison, c'est que notre amour n'est pas seulement un amour de reconnaissance, mais aussi un amour de complaisance, tel qu'il doit se trouver entre les époux : car c'est là le rang que Dieu donne à notre âme, et le titre qu'il veut bien prendre à son égard. Or, quel doit être cet amour ? sinon un amour du cœur, qui doit épuiser tous les désirs du cœur, toutes les affections du cœur. Comment pourrait-on excepter la tendresse du cœur de la plénitude de cet amour ? Que dis-je, n'est-ce pas là ce qu'il y a de plus délicat dans les sentiments du cœur ; et par conséquent ce qu'il y a de plus parfait dans l'amour divin ?
Cette instruction regarde tous les hommes, mais principalement ceux dont le cœur est plus vif, et ressent plus aisément toutes les impressions de la tendresse que l'amour ou l'amitié peuvent inspirer. Est-il possible, en effet, qu'ils soient si sensibles pour les créatures, et qu'ils puissent se dispenser de l'être à l'amour de notre Dieu ? On est si tendre pour un ami, pour un bienfaiteur, pour un père. Une mère est empressée pour son fils, et une épouse pour son époux. La présence de ce que l'on aime épanouit et dilate le cœur ; il nage alors dans la joie ; il est content, il est transporté. L'absence cause la plainte, l'inquiétude et l'ennui. Elle répand des amertumes sur ce que les plaisirs de la vie peuvent avoir de plus délicieux. Le péril augmente ces inquiétudes, et rien ne peut les calmer. La perte les change en désespoir : on gémit, on s'afflige, on refuse la nourriture, on ne peut même souffrir le jour ; on ne veut plus s'occuper d'autres choses que de pleurer et de se plaindre. Je reconnais à ces traits la tendresse du cœur, et la vivacité de l'amour qui l'avait rempli.
Pourquoi est-ce donc que ce cœur si sensible n'aura pas pour son Dieu le même amour, ou que son amour ne produira pas les mêmes sentiments ? Il me semble que s'il en est capable, il ne peut s'en excuser. Il me semble qu'il lui serait honteux d'être si vif pour des objets terrestres, et de n'avoir pour son Dieu qu'un amour sans sentiments, et un cœur sans tendresse. Je ne sais même si un tel amour en peut porter le nom, ou si on ne doit pas le regarder comme une véritable indifférence.
Il nous est donc nécessaire d'avoir cette tendresse pour notre Dieu, ou au moins de la désirer, de l'exciter, de travailler à l'acquérir. Quel moyen plus propre à la former, que la douce confiance qu'on prend en celui dont on connaît la bonté, et dont on éprouve chaque jour les miséricordes ? Quel motif plus pressant pour exciter en soi ces sentiments dont je parle, que de se dire à soi-même : J'ai en Dieu un bon père qui m'aime avec tendresse ; il me prépare un héritage infini, et cet héritage n'est autre que lui-même. Malgré mes misères et ma faiblesse, il veut me rendre saint, heureux, éternel comme lui. Il connaît, il est vrai, tous mes égarements ; mais cependant il me supporte avec bonté. Il excuse ces égarements, il les dissimule, il les pardonne ; et quelque juste qu'il soit, il me semble qu'il est pour moi encore plus miséricordieux.
C'était ainsi que saint Paul s'excitait lui-même à ces tendres sentiments, lorsqu'il disait : Je sais qui est celui à qui je me confie. Je connais sa bonté, sa fidélité, sa miséricorde, et je suis assuré de n'être pas trompé dans ma confiance. Alors son amour, animé par ce motif, se croyait assez fort pour résister à toutes les épreuves les plus difficiles. Il osait donner un généreux défi à tout l'univers de le séparer de la charité de son Dieu, dont il était transporté.
La confiance doit produire en nous le même effet et les mêmes sentiments. C'est même ce qu'elle produit naturellement partout où elle se trouve. Je suis assuré de la fidélité de mon ami ; et quand je songe aux marques d'amitié qu'il m'a données dans des occasions difficiles, et aux secours que j'en ai reçus ; quand je vois ceux qu'il me destine pour le temps ou je pourrai me trouver dans la peine, je sens redoubler mon attachement et mon amitié, tout mon cœur s'épuise en sentiment pour lui. Je suis assuré de la bonté de mon père ; et quand je vois le riche héritage qu'il me prépare, la cordialité avec laquelle il me parle, il m'instruit, il me corrige ; la facilité avec laquelle il me reçoit, même après mes égarements, je sens redoubler pour lui toute ma tendresse. Je suis assuré de l'affection de mon prince ; et quand je songe aux paroles précises qu'il m'a données, je songe à ma fortune ; quand je vois le soin qu'il a de me faire à chaque occasion les grâces qui se présentent, qu'il prévient souvent mes désirs pour me favoriser, je sens redoubler ma fidélité et mon zèle. J'irais aux combats, dans la mêlée, à un assaut périlleux pour le lui prouver, et je pense qu'on ne peut trop aimer un roi si bon, ni trop faire pour lui. C'est ainsi, à plus forte raison, que quand je songe à ce que mon Dieu fait pour moi, à ce qu'il peut faire, à ce qu'il donne, à ce qu'il souffre, à ce qu'il excuse, à ce qu'il m'a déjà donné, à ce qu'il me donnera bientôt, je me sens embrasé d'une ardeur nouvelle. C'est là ce que la confiance en sa bonté m'inspire ; et s'il y avait en moi la moindre froideur, je ne voudrais que le souvenir de sa miséricorde pour la confondre, et pour me renouveler dans son amour.
C'était ainsi qu'en jugeait saint Ignace le martyr, cet homme divin qui doit si bien connaître les caractères et la force du saint amour dont il était si embrasé. Ecrivant aux Magnésiens, il les félicitait de ce qu'ils montraient toute l'étendue de leur amour envers Dieu et envers Jésus-Christ, dans la plénitude de l'espérance qu'ils avaient en lui. Effectivement ; c'est cette bonté miséricordieuse de notre Dieu, qui nous porte plus sensiblement à l'aimer. C'est la confiance qu'elle nous inspire qui donne à notre amour sa douceur et sa force. C'est là ce petit morceau de levain, dont parle l'Évangile, qui vivifie toute la pâte, lui donne le goût et la perfection. C'est là, en un mot, cet esprit de l'adoption dont parle saint Paul, que nous avons reçu en Jésus-Christ, qui nous apprend, non à trembler comme des esclaves, mais à aimer comme des enfants ; à invoquer notre père avec confiance, à le servir sans inquiétude, à attendre en paix le pain de la nourriture que sa tendresse nous destine. Car nous n'avons pas reçu, dit cet apôtre, un esprit de servitude et de crainte ; mais l'esprit de l'adoption des enfants de Dieu, par lequel nous appelons avec amour notre Père.
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