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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu
PREMIÈRE PARTIE
Paragraphe IV
Des mauvais effets de la crainte excessive. Le premier, c'est le découragement.
Je dis que la crainte a ses périls ; et je compte pour le premier, le découragement où elle entraîne ceux qui se livrent trop à ses impressions. On commence par le trouble et l'agitation ; l'amertume survient, et l'âme tombe dans la tristesse. De là au découragement, il n'y a qu'un pas, et ce pas est glissant. Il est bien difficile dans cet abattement, de résister alors à la tentation, qui presse d'abandonner tout à fait une route où on ne voit rien que d'effrayant et où l'on ne recueille que des épines. Comment, en effet, supporter à la fois toute la contrainte des sens, le joug d'une exacte fidélité de la pénitence, l'austérité d'une vie dure et pénible, avec toute l'amertume et la tristesse qu'une crainte excessive peut inspirer ? L'homme, selon la pensée de Saint Bernard, ne peut vivre sur la terre sans consolation, et s'il n'est soutenu dans la vertu par quelque douceur, il est difficile qu'il soutienne longtemps la contrainte qu'elle exige de lui. Il est vrai que cette contrainte et les rigueurs même de la pénitence ne sont rien à celui qui aime, qui espère, qui goûte toutes les douceurs de la vivacité de l'amour et la tendresse de la confiance peuvent donner. Mais pour celui qui n'a qu'un cœur effrayé et un amour timide, qui ne connaît point la douceur qu'on trouve à se confier en Dieu, hélas ! qu'il est à plaindre ! C'est l'état le plus accablant qu'on puisse imaginer, et la pénitence la moins supportable. Aussi voyons-nous souvent ces âmes que la tristesse ronge et que le scrupule dévore, rechercher tôt ou tard dans la dissipation des plaisirs et dans la satisfaction des sens, une consolation qu'elles n'avaient pu trouver dans la piété, parce qu'elles ne l'avaient connue que par ce qu'elle a d'austère et d'effrayant.
Je dis plus : cette crainte dont je parle, non seulement entraîne vers le découragement, mais même elle le produit par la faiblesse qu'elle cause dans celui qui éprouve cet état. Dans les entreprises ordinaires, la confiance fait partie des moyens qu'on emploie pour réussir ; au moins elle les anime tous, et leur donne une force nouvelle. Les troupes timides sont à demi vaincues : au contraire, la confiance des soldats qui vont au combat, redouble leur ardeur et fortifie leur courage. S'il en est ainsi des succès humains et de la guerre d'ici-bas, que sera-ce de l'entreprise du salut ? Puisque non seulement c'est pour nous, soldats de Jésus-Christ, une espèce d'assaut et de combat, où on n'est victorieux qu'en faisant de grands efforts ; mais même que l'espérance du succès nous est ordonnée, comme une préparation essentielle pour y parvenir. En effet, s'il y a des entreprises humaines qui trompent l'espérance, et où la confiance du succès est inutile, il n'en est pas de même de l'entreprise du salut. Il est vrai de dire que personne ne sera sauvé qu'avec l'espérance, et que l'espérance est un des moyens des plus efficaces pour opérer le salut. Non, ce n'est pas en vain qu'il est écrit que c'est l'espérance qui nous sauve ; et, ce qui me paraît encore plus précis, que l'espérance ne confond point.
Si, au contraire, la confiance est bannie du cœur, que ferez-vous de ce cœur timide ? Vous en ferez un soldat découragé, qui est déjà à demi vaincu, parce qu'il craint de l'être, et qui fuira bientôt devant son ennemi, parce qu'il ne se croit pas assez fort pour lui résister. Il sera semblable à ces Israélites, destinés dans leur séjour du désert à être la figure du peuple chrétien, et qui furent, par leur funeste timidité, la figure de ceux que la crainte décourage. Tantôt ils s'effrayaient d'entendre la voix de Dieu, et ils ne la pouvaient soutenir, tantôt ils se rebutaient à la vue des chariots armés, et des troupes aguerries des peuples qu'ils avaient à combattre. C'est ainsi que ces âmes craintives, affaiblies par leur timidité, s'effraient, tantôt des obstacles de la vertu, et tantôt de la sévérité des jugements de Dieu, et qu'elles succombent bientôt sous un poids qu'elles croient ne pouvoir soutenir.
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