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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu
PREMIÈRE PARTIE
Paragraphe III
On explique de quelle crainte on parle dans ce Traité. Il y a une crainte utile et nécessaire : on ne combat ici que celle qui est excessive.
Qu'on remarque cependant que ce n'est que l'excès de la crainte que je prétends attaquer, et non pas la crainte en elle-même. Car il est vrai de dire qu'il y a une crainte salutaire, qui non seulement fraie le chemin de la sagesse, et qui en jette les fondements, mais qui doit même rester dans le cœur du juste, et le soutenir dans tous les états de sa vie, et même dans tous les degrés de la perfection. C'est sans doute le défaut de cette crainte nécessaire qui entretient dans la tiédeur tant d'âmes qui se croient justes, et qui ne le sont pas, parce que le démon les a séduites par la présomption, l'illusion et l'orgueil.
On peut ajouter même qu'il y a des âmes saintes et choisies, qui ne marchent dans les voies de la piété, et qui ne vont à Dieu que par la route de la crainte. Elles sont fidèles à Dieu, précisément parce qu'elles le craignent. Leur crainte, il est vrai, n'est pas cette crainte purement servile qui n'a en soi aucun mélange d'amour, ou qui n'en a que de légères impressions. C'en est une qui suppose l'amour, mais qui l'emporte sur l'amour, quant à l'impression sensible. Je la comparerais volontiers à celle de ces enfants qui, par l'austérité de ceux qui les gouvernent, se forment dans l'éducation un naturel timide. Quoiqu'ils aiment leur père, ils sont toujours, à son égard, dans l'appréhension et la terreur. Ils croient qu'il ne les regarde que pour les punir, ou qu'il ne leur parle que pour les reprendre. Ils ont pour lui tous les sentiments d'amour que la nature leur a donnés ; mais ce que cet amour devrait avoir de tendre et de sensible, est étouffé par les impressions trop vives de la timidité. Telle est la disposition de ceux dont je parle. Ils aiment Dieu, mais leur crainte se fait plus sentir que l'amour ; et il est bon qu'ils soient conduits par cette route, toute autre leur serait peut-être préjudiciable : car il n'y a que cette crainte si vive qui puisse contenir un cœur naturellement présomptueux, et humilier un esprit que la vanité enfle à chaque moment. De là vient que Dieu fait ressentir de temps en temps aux âmes les plus ferventes ces impressions de terreur et d'effroi, pour les contenir par-là dans l'humiliation, et pour réprimer l'orgueil que pourrait exciter l'abondance des grâces qu'elles reçoivent.
Bien loin de condamner ces sentiments, j'admire la bonté de Dieu, qui veut bien s'abaisser jusqu'à étudier, pour ainsi dire, nos dispositions, pour leur proportionner ainsi ses grâces, et les accommoder à nos faiblesses. Je le prie de tout mon cœur de répandre cet esprit de crainte dans tant d'âmes présomptueuses, qui, peut-être, déshonorent la dévotion par leur orgueilleuse confiance. Mais je n'écris point pour elles. Je n'écris pas non plus pour les pécheurs qui s'autorisent de la miséricorde de Dieu pour persévérer dans leur impénitence. Il y a déjà pour les uns et pour les autres assez de livres ; il ne tient qu'à eux d'en profiter. Il semble même que dans ces derniers temps, on a pris plus de soin que jamais d'intimider les fidèles, en leur découvrant tout ce que la religion a d'effrayant, et toute la sévérité des jugements de Dieu. Mais s'il est nécessaire d'intimider, il n'est pas moins important de rassurer aussi quelquefois ; et puisque la crainte a ses défauts, ses excès, et par conséquent ses périls, il faut qu'elle ait aussi ses remèdes.
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