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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu
PREMIÈRE PARTIE
Paragraphe II
Diverses sources de cette crainte.
Ces craintes et ces alarmes paraissent les mêmes dans tous ceux qui les éprouvent. Cependant en plusieurs, elles ont des sources différentes. Dans les uns, elles viennent de pure ignorance : souvent, comme je l'ai dit, on ne connaît ni la mesure de la justice de Dieu, ni l'étendue de sa miséricorde. On ne connaît pas plus l'espérance chrétienne, beaucoup moins connaît-on ce que c'est que la confiance, qui est le fruit et la perfection de cette vertu. La tendresse du cœur et la consolation qu'elle y produit, effet ordinaire de cette confiance, n'est pas moins ignorée. Enfin, ce que l'on ignore encore plus, c'est l'alliance de cette tendresse de la confiance avec la ferveur de la charité, qui doit y trouver sa douceur et sa consommation.
Des âmes plus éclairées ne sont pas toujours exemptes de ces mêmes craintes. En elles, ces craintes viennent de la tentation du démon, qui, ne pouvant séduire le juste par l'excès de la confiance par lequel il séduit tant de pécheurs, cherche à le tromper par une voie contraire, et à le jeter dans le découragement et dans le désespoir, soit en lui exagérant la sévérité inexorable des jugements de Dieu, soit en grossissant aux yeux de son humilité le nombre et l'énormité de ses fautes passées ; soit en lui reprochant par des scrupules continuels ses chutes journalières, ou l'imperfection de ses bonnes œuvres.
Ces esprits malins qui, comme le dit l'Écriture, créés pour la vengeance, redoublent leur fureur dans la consommation de notre vie, emploient cette tentation avec encore plus de force contre les justes et contre les pécheurs, à l'heure de la mort. C'est alors qu'ils font leurs derniers efforts pour leur inspirer ce désespoir, parce qu'ils savent que c'est le seul moyen qui leur reste, ou d'affaiblir la charité des uns ou de mettre obstacle à la pénitence des autres.
On peut trouver une troisième source de ces alarmes dans la volonté même de Dieu. Tout plein qu'il est de tendresse pour une âme fidèle, il se plaît cependant quelquefois à l'effrayer par la vue de ses jugements ; et au lieu de la consoler par le souvenir de ses miséricordes, il semble les lui refuser et l'abandonner. Il lui dérobe sa présence sensible et la consolation de son amour, pour éprouver par ses rigueurs le courage de la persévérance. C'est ainsi que dans le Cantique des Cantiques, l'époux se cache pour un temps pour éprouver la fidélité de l'épouse, et peut-être aussi pour lui faire trouver plus de douceur dans le plaisir de le retrouver. C'est ce que les saints ont éprouvé si souvent dans les sécheresses, les dégoûts, et les privations intérieures, dans ces terreurs et ces désolations où l'âme se croit presque abandonnée. Etat que tous les maîtres de la vie spirituelle ont si bien décrit, et dont nous trouvons des peintures dans les psaumes de ce saint roi qui devait beaucoup à la miséricorde de Dieu, mais qui n'a pas ressenti moins vivement toutes les terreurs de sa justice.
Or, soit que ce soit ignorance, tentation ou épreuve, il est toujours important de préparer des consolations à ces âmes troublées, et de les rassurer dans une crainte souvent excessive, toujours dangereuse, et qui est quelquefois une source funeste de relâchement. Car, comme je l'ai déjà dit, si la confiance est portée par l'orgueil du pécheur jusqu'à la présomption, il n'est pas étonnant que la crainte soit poussée quelquefois, dans des âmes timides, jusqu'au découragement et au désespoir.
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