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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu
PREMIÈRE PARTIE
Paragraphe XVII
Sixième avantage de cette confiance. Elle est pour nous d'une consolation infinie dans toutes nos peines.
Cette sainte joie produit en nous une consolation solide, à l'épreuve de tous les événements de la vie, sixième caractère de la confiance dont je parle, et qui n'est pas moins précieux que les autres. Car comment vivre dans ce monde, où tout ce qui nous entoure est pour nous un sujet continuel d'affliction ; comment, dis-je, y vivre sans consolation ? Cependant où la trouver, cette consolation si nécessaire ? Ce ne sera ni dans les hommes mortels qui nous environnent, ni dans les biens, ni dans les plaisirs. Tout cela est trop borné, trop faible, trop inconstant, pour nous procurer des plaisirs solides. Si on y trouve des consolations, ce ne sont que des consolations passagères qui amusent le cœur, mais qui ne le remplissent pas. Combien même d'occasions affligeantes, où ni les biens, ni les plaisirs, ni les amis, ne peuvent apporter aucun soulagement ? Cela est réservé à la confiance en Dieu, et à son amour. Car quelle solide consolation, que d'être aimé de Dieu, que d'être l'objet de ses caresses et de ses complaisances ? Quelle consolation, de savoir qu'il nous prépare une couronne, que tout ce que la terre a de plus délicieux et de plus grand n'égalera point ! Quelle consolation de penser, de savoir, d'être assuré qu'il nous y conduit par tous les événements de la vie ; et que ceux qui paraissent les plus tristes, les plus affligeants, sont les moyens les plus efficaces qu'il emploie pour y réussir ! Quelle consolation, au milieu des tentations les plus rudes, de savoir que, si Dieu laisse au démon la liberté de nous attaquer, il ne lui donne de pouvoir qu'avec mesure, et par proportion à nos forces ; et que lors même qu'elles paraissent nous manquer, ce Dieu fidèle, qui comme dit saint Paul, ne permet pas que les tentations surpassent nos forces, nous donne dans la tentation même, des moyens d'en sortir, afin que nous puissions vaincre le tentateur !
Quelle consolation au souvenir de toutes nos iniquités passées, si capables de nous désespérer ; à la vue de nos infidélités journalières, si propres à nous décourager, quelle consolation, dis-je, de songer que tout cela n'a point encore lassé la patience de notre Dieu ; que sa miséricorde infinie est plus grande que toutes nos iniquités, et que dans le moment actuel que nous l'aimons de tout notre cœur, et que nous nous confions en sa bonté, cette bonté infinie nous reçoit avec tendresse, et veut bien effacer pour toujours ce qui pourrait exciter sa colère et l'excès de notre crainte !
Quelle consolation même, lorsqu'on se trouve dans les plus grandes épreuves ; que tout est ténèbres et obscurité ; qu'on ne voit presqu'en soi que des crimes, et en Dieu que de la colère ; qu'on n'ose même se répondre à soi-même qu'on aime Dieu, et qu'il semble presque qu'on cesse d'espérer ou de croire, tant les tentations sont violentes ; quelle consolation, dis-je, de songer alors que ce Dieu si miséricordieux et si bon, devant qui vouloir le servir, est un service, et vouloir l'aimer, est un amour, veut bien compter jusqu'à nos désirs au nombre de nos mérites, et les couronner comme il couronne nos victoires ! O vous, âmes timides et effrayées, ouvrez vos cœurs à cette consolation ! Vous qui craignez le Seigneur, ne vous éloignez pas de sa miséricorde, de peur de quelque chute. Vous qui craignez le Seigneur, confiez-vous en lui, et votre récompense sera assurée. Encore une fois, vous qui craignez, changez vos craintes en espérance, et la miséricorde sera votre consolation.
Telle est la consolation que l'on peut trouver dans tous les états de la vie les plus affligeants. Cette consolation est réelle, elle est solide, elle ne dépend ni des événements, ni des créatures. La perfidie des amis, les malheurs de la vie, ni la perte des biens ne peuvent l'ôter. Elle augmente, au contraire, à mesure que nos maux s'aigrissent ; puisque la plus sensible assurance qu'on puisse avoir d'être secouru de Dieu, c'est d'être abandonné de tout autre secours humain et terrestre. Or, où trouve-t-on cette consolation ? C'est dans la seule confiance en Dieu. C'est elle qui nous découvre toutes ces vérités consolantes que je viens de rapporter ; c'est elle qui nous en fait sentir toute la douceur. Sans elle, hélas ! comment se défendre du découragement et du désespoir !
Tout ceci peut suffire pour nous découvrir les avantages et les caractères de la confiance en Dieu, sa douceur, sa joie et sa consolation ; sa nécessité même, et les fondements solides sur lesquels elle est appuyée. Il ne manque plus pour rendre cette instruction complète, que de suivre les âmes timorées dans les motifs de leur crainte, de les désabuser de ce qui cause leur défiance, et de répondre à toutes les difficultés qu'elles opposent aux sentiments de confiance que l'on s'efforce de leur inspirer. C'est ce que nous allons entreprendre dans la seconde partie de cet ouvrage.
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