Foi et Contemplation

La Miséricorde Divine

La Miséricorde Divine

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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu

PREMIÈRE PARTIE

Paragraphe XVI

Nouveaux caractères de la confiance en la miséricorde de Dieu. Cinq avantages qu'on y trouve.

Premièrement, cette confiance est glorieuse à Dieu. C'est ce que nous apprend le prophète roi. Ce prince qui avait tant de sujet de craindre, après les crimes énormes qu'il avait commis, qui sentait toute la honte de son égarement et toute l'énormité de l'ingratitude qu'il avait commise envers Dieu ; qui voyait la justice de Dieu armée contre lui, croyait ne pouvoir mieux fléchir sa colère, qu'en glorifiant de tout son pouvoir celui qu'il avait blasphémé par ses œuvres. Mais quel hommage, quelle louange, quelle gloire lui donner, capable de réparer les crimes qu'il avait commis ? La plus excellente et la plus parfaite, selon lui, c'est d'espérer en sa bonté. J'espérerai en vous, Seigneur, lui dit-il, oui, j'espérerai en vous, et j'y espérerai toujours ; et je couronnerai par cet hommage, que je rends à votre miséricorde, toutes les louanges que les mortels peuvent vous rendre.

Secondement, cette confiance est une puissante ressource pour le succès de notre salut. L'homme le plus criminel et le plus corrompu, qui voudra sortir de ses désordres par la pénitence, trouvera, dans la confiance en Dieu, un remède efficace pour toutes ses misères. Qu'il s'afflige, et qu'il espère, il sera sauvé ; Dieu l'a dit et il l'a promis. C'est pour cela que l'on compare l'espérance à l'ancre d'un navire, et cette comparaison est consacrée par l'usage que l'apôtre saint Paul en a fait dans ses épîtres. Qu'un vaisseau ait perdu tous ses agrès dans la tempête ; s'il lui reste encore une ancre, elle pourra servir à le préserver du malheur qui le menace. Il en est de même de la confiance en Dieu ; et on peut dire que c'est faute d'y avoir eu recours, que Caœn et Judas ont péri dans leurs crimes. Le premier avait irrité Dieu par sa jalousie et par son homicide ; mais ce qui mit le sceau à sa réprobation, ce fut de dire avec désespoir mon crime est trop grand pour en espérer le pardon. Le second se repentit de la honteuse trahison qu'il avait commise contre Jésus-Christ. Hélas ! dit saint Chrysostôme, s'il eût pris confiance en la bonté de son divin maître, s'il fût revenu à lui pour lui demander miséricorde, le Fils de Dieu, qui pardonna à saint Pierre son infidélité et qui pria pour ses bourreaux, aurait sans doute reçu ce traître à la pénitence.

Troisièmement, cette confiance est une défense et une arme puissante contre les tentations. C'est ce que dit l'Ecriture en termes précis : Ce sera dans l'espérance que vous retrouverez votre force. Et ailleurs, j'espérerai, et rien ne pourra m'affaiblir. Effectivement, quoi de plus fort que celui qui se confie en Dieu ? Se confier en Dieu, c'est se reposer sur lui, c'est s'appuyer sur lui, c'est prendre à son secours sa bonté, sa vérité, sa puissance. Avec de telles armes, que peut-on craindre d'un ennemi qui ne peut prévaloir contre Dieu ? Le cœur du juste, dit le prophète, est disposé à espérer toujours ; c'est là ce qui l'affermit, rien ne pourra l'ébranler.

Quatrièmement, c'est dans cette confiance que l'on trouve la ferveur de la charité. Nous l'avons déjà dit, lorsque nous avons fait voir combien la crainte et la défiance est contraire à cette vertu, lorsque nous avons fait sentir la différence d'un amour défiant et timide, d'avec celui qui est tel que l'Ecriture le demande, qui bannit la crainte.

De là vient que le sage compare celui qui est animé par cette vertu, à un aigle qui vole avec rapidité, et qui fend les airs sans obstacle. Si l'on veut sur ce sujet un nouveau témoignage, je le trouve dans l'Apôtre, qui ordonne aux premiers fidèles de servir Dieu avec ferveur, et qui leur donne en même temps la joie de l'espérance, comme le moyen le plus efficace d'atteindre à cette ferveur qu'il prescrit.

Effectivement, c'est dans la joie spirituelle que la confiance répand dans le cœur du juste, que consiste en partie la ferveur de la charité; et c'est là le cinquième caractère de la vertu dont je parle ; caractère encore très souvent marqué dans les saintes Ecritures. Seigneur, disait encore le prophète, vous m'avez comblé de joie, mon cœur en a été enivré. Comment Dieu a-t-il opéré ce prodige ? Parce que vous m'avez affermi dans l'espérance d'une manière toute singulière. Pourrait-on en effet n'être pas joyeux et content, lorsqu'on est assuré que l'affaire la plus importante que nous puissions avoir sur la terre, est entre les mains de Dieu, qui en désire le succès autant et plus que nous ; qu'il y songe, qu'il y travaille, et qu'il n'oubliera rien pour lui procurer un événement heureux ? Si mon salut ne dépendait que de moi seul, je serais accablé de tristesse et de crainte, parce que je connais ma misère, mes passions, mes inconstances. Mais parce qu'il dépend principalement de Dieu, qui non seulement travaille avec moi, mais qui me prévient, mais qui me presse, mais qui désire que je réponde à ses mouvements ; je suis en paix, je suis content, je suis réjoui, je me laisse conduire doucement à sa providence, assuré que je suis qu'elle travaille sans cesse à mon bonheur.

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