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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu
PREMIÈRE PARTIE
Paragraphe XV
C'est faire injure à Dieu, de lui refuser cette confiance qu'il demande de nous.
Il semble en effet que c'est faire une injure sensible à Dieu, que de se livrer à ces craintes excessives et à ces défiances que je combats ; car quelle injure à celui qui s'efforce de montrer sa bonté, de s'en défier encore ! Quelle injustice de donner des bornes à une miséricorde qui est infinie ! Je ne prétends pas autoriser ceux qui veulent porter cette confiance jusqu'à la présomption, et qui s'autorisent de cette bonté sans bornes pour ne point donner de bornes à leurs iniquités. Je l'ai déjà déclaré, ce n'est point pour eux que j'écris. Ils seront confondus dans leur attente, et leur vaine espérance est une abomination. Je parle toujours dans les principes que j'ai établis. Je parle de cette espérance qui suppose ou une vie réglée sur la loi de Dieu, ou au moins un désir sincère de commencer actuellement à se régler selon cette sainte loi. Je parle uniquement ou pour les justes qui aiment Dieu, ou pour les pécheurs qui, voulant sincèrement se convertir, hésitent de le faire à la vue de la multitude de leurs crimes, dans la crainte de ne pas trouver pour eux de miséricorde auprès de Dieu. C'est à ceux-là à qui je veux faire un scrupule de leurs défiances et de l'excès de leur crainte ; et je leur dis hardiment qu'elle me paraît être injurieuse à Dieu.
Car sur quoi, leur dirai-je, hésitez vous ? Est-ce sur le pouvoir de Dieu ? Mais vous savez qu'il est sans bornes. Est-ce sur sa miséricorde ? Mais quelque énorme que soit ce que vous voyez d'iniquités en vous-même, la miséricorde Infinie de Dieu n'est elle pas mille fois plus étendue ? Est-ce sur ses promesses ? Mais quoi ! ne sont-elles pas sincères ? Ne sont-elles pas pour vous ? Est-ce sur la bonne volonté particulière qu'il a pour vous ? Ignorez-vous donc qu'il est votre père, qu'il vous aime, qu'il se donne à vous, qu'il veut sincèrement vous sauver, et que ce Dieu amateur de nos âmes a plus votre salut à cœur que vous ne l'avez vous-même. Douter de quelques-unes de ces vérités, n'est-ce pas manquer de soumission aux vérités que la foi nous enseigne puisque cette puissance de Dieu, cette vérité de Dieu, cette assurance des promesses de Dieu, cette bonté si étendue de notre Dieu, sont des vérités si clairement enseignées et si solidement établies, qu'on ne doit pas les révoquer en doute ? Au moins est-ce offenser La miséricorde de Dieu que de lui donner des bornes trop étroites, puisque cette miséricorde non seulement est infinie, mais même que sa gloire particulière consiste à être plus abondante que toutes les iniquités de la terre.
D'ailleurs, pour en parler humainement et selon les faibles lumières de notre raison, je ne vois rien de plus sensible à un bon cœur, ni qui lui soit plus injurieux, que de douter de son amitié, que d'hésiter sur ses promesses, que n'oser, par une crainte frivole, se rendre à ses offres obligeantes. De même que c'est insulter un roi, que de douter de sa puissance ; c'est injurier un mari, que de douter de sa tendresse et de ses services. La défiance, à mon gré, est aussi nuisible à l'amitié que l'ingratitude. Elle est elle-même une espèce d'ingratitude, lorsqu'elle empêche de se confier à une amitié mise déjà plusieurs fois à l'épreuve ; puisqu'on ne peut douter de la sincérité des offres de services d'un ami, qu'on n'ait oublié le nombre et le mérite des services qu'on a reçus de lui.
Que si la défiance et la crainte sont si contraires à l'amitié, le seront-elles moins à la charité ? Si elles sont injurieuses à l'homme, lequel, après tout, est sujet à l'inconstance, le seront-elles moins à Dieu, qui, éternel dans sa durée, l'est aussi dans sa miséricorde ?
Achevons de donner une idée de cette simple confiance dont je parle, et après avoir montré combien elle est solide et combien elle est nécessaire, ajoutons ici quelques traits pour la faire connaître par tous ses avantages. Elle est glorieuse à Dieu, elle est une ressource efficace pour le salut. On trouve en elle de la force contre les tentations ; elle anime la ferveur de notre charité, et cela, par la joie spirituelle qu'elle répand en nous. C'est cette sainte joie qui fait ici-bas notre plus solide consolation. Disons un mot sur chacun de ces avantages.
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