Foi et Contemplation

La Miséricorde Divine

La Miséricorde Divine

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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu

PREMIÈRE PARTIE

Paragraphe XIV

Non seulement cette confiance est établie sur des fondements solides, mais elle paraît être d'une obligation indispensable. Des soins que Dieu prend de l'exciter en nous.

Rien n'est plus marqué dans les livres saints, que l'obligation d'ouvrir notre cœur à cette sainte confiance. Toute l'Ecriture, ce semble, ne tend qu'à exciter en nous ce sentiment si juste et si consolant pour nous. Pourquoi tant de portraits de la miséricorde et de la bonté infinie de Dieu, qui reçoit, qui excuse le pécheur, et qui pardonne à celui qui revient sincèrement à lui ? Pourquoi tant d'assurances que Dieu nous aime tendrement, qu'il fait ses délices d'habiter parmi nous, qu'il veut nous sauver tous, et qu'il ne veut pas qu'aucun périsse ; qu'il ménage les tentations afin qu'elles ne soient pas au-dessus de notre faiblesse ? Pourquoi toutes ces histoires, ces symboles, ces paraboles si touchantes ? Tantôt c'est une mère qui tient son enfant entre les bras, et qui ne se lasse point de ses importunités. Tantôt c'est un époux qui invite son épouse infidèle de revenir à lui après ses égarements, et qui lui promet de la recevoir. Tantôt c'est un père qui prévient par ses caresses un fils prodigue et libertin. Tantôt c'est un adultère, un publicain, un voleur, une femme de mauvaise vie, à qui il pardonne leurs péchés, à qui il ouvre les portes du ciel. Pourquoi donc tant d'instructions, s'il nous est libre de rejeter la consolation qu'elles nous offrent ? Et puisque Dieu prend tant de soin d'exciter notre confiance, n'est-ce pas résister à ses desseins que de s'opiniâtrer dans ses défiances, et de se nourrir dans ses timidités ?

D'ailleurs je vois dans l'Ecriture, non seulement une loi d'espérer en Dieu ; mais je vois même qu'elle attache les grâces et les récompenses à l'espérance consommée dont je parle. C'est à celui-là, dit-elle, qui aura cette sainte confiance, qu'est destiné l'héritage éternel, et c'est lui qui possédera la sainte montagne. Et encore : Bienheureux celui qui met sa confiance au Seigneur, il sera comme un arbre placé sur le bord des eaux qui le rendent fertile. Il portera des fleurs et des fruits selon la saison. La sécheresse ne lui nuira point, et il ne craindra pas les orages. Et encore ailleurs : Parce que c'est en moi que vous mettez votre confiance, je vous délivrerai.

Ce qui doit encore plus animer notre ferveur, c'est que l'Esprit Saint y répète mille fois, qu'il le dit même avec serment, que celui qui espère être heureux est béni de Dieu, qu'il ne sera point trompé ; qu'il ne rougira point ; que sa confiance ne tournera point à sa confusion. Que faut-il davantage pour nous rassurer ? Un Dieu qui parle, un Dieu qui promet, un Dieu qui assure, Un Dieu qui fait un serment, fait-il tout cela en vain ? Heureux l'homme, dirai-je avec Tertullien heureux l'homme à qui Dieu fait tant de promesses ! Trop coupable cet homme s'il se rend incrédule, même aux serments de son Dieu !

A toutes ces assurances ajoutez les invitations de ce Dieu de miséricorde qui aime nos âmes, et qui voudrait que personne ne pérît. Venez à moi, dit-il, venez-y tous. Cette invitation est générale. Elle ne regarde pas seulement les saints et les parfaits, elle n'excepte personne. Mais quoi ! ceux qui sont accablés sous le poids de leurs iniquités, ceux qui ont tant de peine à vaincre leurs passions, qui sont toujours dans les combats des tentations, ceux qui gémissent sous le poids des affaires du siècle, qui sont dans des occupations toutes humaines, qui sont surchargés des embarras, des biens, des procès qu'une famille causent sans cesse, ceux-là ne seront-ils pas exceptés ? Ne seront-ils pas rejetés comme indignes d'être reçus d'un Dieu si saint et si pur ? Non, ce sont eux principalement que Jésus appelle, qu'il invite, à qui il veut donner du secours. Venez à moi, dit-il, vous qui êtes en peine, vous qui êtes accablés. Vous qui souffrez tant de combats et de résistances, quelque indignes que vous soyez de mes secours, ayez confiance, et je vous secourrai, je vous soulagerai, je vous délivrerai, je vous couronnerai : j'y trouverai même ma gloire ; car quelle est l'âme qui glorifie plus le Seigneur ? dit un prophète. C'est celle qui est triste à cause de la grandeur des péchés qu'elle a commis ; qui marche courbée et abattue sous le poids de ses iniquités ; dont les yeux sont dans la défaillance et la langueur ; qui est dévorée par la faim et par la pauvreté ; c'est celle-là qui, revenant à Dieu dans sa misère, lui rendra plus de gloire par son retour.

C'est ainsi que Dieu nous encourage dans notre faiblesse. Est-ce donc en vain qu'il nous invite ainsi ? Nous presserait-il de nous jeter entre ses bras, dit saint Augustin, s'il n'avait dessein de nous y recevoir ? Ses promesses ne seraient-elles pas fausses et trompeuses, s'il exceptait quelqu'un de nous, de cette miséricorde surabondante qu'il nous offre à tous. Celui qui hésite s'il se jettera entre ses bras, qui n'ose s'approcher de lui, qui craint plus qu'il n'espère, ne fait-il pas injure à celui qui s'est donné tant de soins de le rassurer dans ses défiances.

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