Foi et Contemplation

La Miséricorde Divine

La Miséricorde Divine

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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu

PREMIÈRE PARTIE

Paragraphe XIII

Bonté de Dieu plus sensible dans sa tendresse pour les pécheurs.

L'impossibilité de faire sentir toute la grandeur de tant de bienfaits m'oblige, comme l'on voit, de n'en parler qu'en général. Il n'y a qu'une chose sur laquelle je ne puis me taire. C'est cette bonté continuelle avec laquelle Dieu ménage la conversion du pécheur. Il le cherche, il l'appelle en particulier, comme s'il n'y avait que celui-là sur la terre qu'il voulût gagner. Il l'attend, il le reçoit, il lui pardonne. C'est cette miséricorde continuelle, et, pour ainsi dire, personnelle, que je ne puis me lasser d'admirer, et qui doit plus, ce me semble, intéresser notre espérance.

Qu'est-ce qu'aimer l'homme, sinon l'appeler, le rechercher, le caresser, le combler de biens dans le temps même de ses égarements et de son péché ? N'est-ce pas là porter la tendresse aussi loin qu'elle puisse aller ? Que Dieu aime les hommes qu'il a créés, cela paraît juste ; ce sont ses créatures et l'ouvrage de ses mains, et par cet endroit ils peuvent, pour ainsi dire, mériter son attention. Qu'il les aime tout déchus qu'ils sont de l'état d'innocence, et dans celui de misère où ils sont réduits par le péché de leur premier père : dans cet état qu'ils doivent à leur seule origine, hélas ! ils sont plus dignes de pitié que de colère ; et je ne suis pas si surpris qu'un Dieu de bonté ait pour eux des sentiments de compassion. Mais que des hommes non seulement pécheurs dans leur origine, mais qui, par une malice continuelle, ajoutent le mépris aux crimes, et l'insulte au mépris ; qui abusent des propres bienfaits de Dieu pour lui faire la guerre ; qui s'autorisent de sa patience pour augmenter leur rébellion et leur insolence ; que des hommes, dis-je, dans cet état, soient l'objet de la tendresse de Dieu ; qu'il les aime, qu'il les souffre, qu'il les caresse, pour ainsi dire, qu'il les comble de biens, voilà ce qu'un Dieu seul peut faire, et ce que l'homme ne peut comprendre.

Et c'est là ce que l'auteur de l'Ecclésiastique ne pouvait se lasser d'admirer. Il est vrai, disait-il, qu'en un sens on peut dire que la miséricorde de Dieu sur les pécheurs est bornée, puisqu'il en a déterminé le cours à celui de leur vie, qui ne va pas jusqu'à cent années ! et qu'en fixant ainsi le nombre de leurs jours, il semble avoir prescrit des limites étroites à la durée de ses bontés. Mais il veut d'une autre manière nous en faire sentir toute l'étendue par l'abondance infinie des grâces dont il nous comble. Il ne nous donne pas seulement quelque part à sa miséricorde, mais il la répand tout entière, pour ainsi dire, et avec profusion. Il se hâte de prévenir le moment qui, en terminant notre vie, doit commencer sur nous le règne de sa justice. Il se presse, comme s'il craignait d'en être surpris. Malgré nos rébellions, il ne laisse pas de nous aimer, de nous supporter, de nous appeler, de nous combler de biens. Il dissimule, parce que le temps est court, et qu'il veut que chacun de nos moments soit marqué par quelques nouveaux traits de sa miséricorde. Cependant il n'ignore pas que notre cœur ingrat et superbe prend occasion de cette bonté pour nourrir sa présomption, et s'autoriser dans sa malice. Il le voit, il en est témoin, parce qu'il pénètre les replis secrets de notre âme, et qu'il en découvre toute la corruption. Un spectacle si indigne devrait lasser sa patience. Néanmoins cette patience ne se rebute point ; et de notre malice consommée, il en fait l'occasion de consommer sur nous sa miséricorde infinie. Au lieu d'irriter sa colère, elle ne fait qu'exciter sa compassion. Il dispute en bonté avec cette créature ingrate, et il espère toujours de la vaincre par ses caresses. Nous sommes orgueilleux, il nous humilie. Nous sommes insensibles, il nous attendrit. Nous sommes enchaînés, il brise nos liens. Nous fuyons, il nous poursuit. Point de temps, de lieu, d'occasion, de disposition dont il ne profite pour nous faire entendre sa voix. A mesure que nous faisons des démarches de rébellion pour nous éloigner de lui, il fait après nous des démarches de miséricorde pour se rapprocher de nous.

Voilà ce qu'admirait le sage ; mais voilà ce que nous ressentons tous les jours. Disons-le à notre confusion : voilà le portrait et de la rébellion opiniâtre de notre cœur, et des miséricordes infinies de notre Dieu. Mais quoique je les ressente à chaque moment, quoique tous les pécheurs les ressentent comme moi, voilà ce que ni eux ni moi ne comprendrons jamais. Qu'est-ce donc que l'homme, m'écrierai-je ici avec le Prophète, qu'est-ce donc que l'homme ? ô mon Dieu ! que vous ménagez avec tant de soins, et que vous couronnez de tant de bienfaits ? Quoi ! un rien, un souffle de vie, un amas de corruption tiré du néant, et qui doit être réduit en poussière ? Un esprit volage, léger, inconstant, plein d'ignorance et de ténèbres ? Mais qu'est-il par rapport à vous ? un rebelle et un ingrat, qui, après avoir été votre ennemi avant que de naître, a voulu mille fois rentrer par sa propre malice dans l'état de rébellion où il était par son origine, et d'où vous l'aviez tiré. Est-ce donc là, ô mon Dieu, l'objet de vos empressements et de vos soins ? En lui vous placez votre amour et votre tendresse. Hélas ! n'était-ce pas assez pour lui d'être dans cet état l'objet de votre compassion ? Oui sans doute, c'était assez pour nous, et cependant il a fait de nous l'objet même de ses caresses et de ses complaisances. C'est cette bonté de Dieu qui m'étonne et qui m'attendrit plus que tout le reste de ses miséricordes. En faut-il davantage pour exciter en nous la plus vive confiance ? Que deviendra à ce souvenir tout ce qui excite notre timidité et nos craintes ? Nos défiances peuvent-elles avoir quelque fondement quand on trouve un fondement si solide de n'en plus avoir aucun ? Ne nous semble-t-il pas entendre ce Dieu de miséricorde dire lui-même à chacun de nous, ce qu'il faisait dire par son Prophète au peuple chéri : Voici ce que dit votre Dieu, le Dieu de Jacob et le Créateur d'Israël : Ne craignez point, parce que je vous ai racheté. Je vous ai appelé par votre nom, vous êtes à moi, et je serai avec vous lorsque vous passerez par les eaux. (On sait que dans le style prophétique, les eaux ce sont les afflictions et les tentations.) Lorsque vous passerez par les eaux, les flots ne pourront vous submerger ; et quand vous passerez par le feu, il ne vous nuira point, car je suis avec vous, et je suis votre Sauveur. Ecoutez, mon serviteur, dit-il un peu après, je vous ai choisi. C'est moi qui vous ai formé ; dés le sein de votre mère vous avez éprouvé mes bontés, ne craignez point. Quel plus grand sujet de se rassurer, que d'entendre Dieu lui-même nous dire avec bonté : Ne craignez point. Peut-on hésiter de tout espérer de celui qui nous prévient pour nous donner tout ? Heureux l'homme qui trouve en Dieu tant de miséricorde, et tant de raison de se confier en lui ! Plus heureux de ce que, non seulement il peut se confier en son Dieu avec assurance, mais même de ce que ce Dieu de bonté exige sa confiance, et se trouve offensé si on la lui refuse, ou si on donne à cette confiance qu'il attend, des bornes trop étroites ! Il faut ajouter ici, que non seulement cette confiance dont je parle est solide ; mais qu'elle paraît absolument indispensable, et qu'elle est un des plus pressants devoirs du christianisme.

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