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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu
PREMIÈRE PARTIE
Paragraphe XII
Autres preuves de la vérité précédente. Trois fondements solides de notre confiance. Le principal, c'est la bonté de Dieu.
Achevons de donner un nouveau jour à cette vérité, et pour découvrir de plus en plus l'esprit du christianisme sur la confiance dont je parle, étudions encore ici tout ce qui est plus propre à nous en faire connaître le prix, la solidité, la nécessité, les fruits, les avantages, et surtout la consolation qui l'accompagne inséparablement, et qui en fait, pour ainsi dire, le propre caractère. Ensuite il nous sera aisé de lever les doutes que forment les âmes timides, et de répondre à leurs objections.
Ce que je veux considérer d'abord, ce sont les solides fondements de cette tendre confiance que je voudrais inspirer à tous les justes. Quels sont ces fondements ? C'est la vérité infaillible de Dieu, c'est la toute-puissance de Dieu, c'est la bonté infinie de Dieu : notre confiance peut-elle trouver des appuis plus inébranlables ?
Celui qui met dans l'homme sa confiance est maudit dans l'Écriture. Entre les raisons qui le rendent condamnable, on peut dire que c'est l'imprudence de cette confiance qui se repose sur un fondement trop fragile, qui ne peut que tromper ses vaines espérances. Car quel bien et quel secours peut-on attendre de celui qui manque presque toujours, ou de vérité, ou de volonté, ou de pouvoir ? Tel est l'homme ici bas. Son cœur est plein de mensonge ou de malignité. Rarement veut-il faire du bien ; il le promet, et ses promesses sont fausses. S'il le veut sincèrement, ce n'est que faiblement ; s'il le veut vivement, ce n'est pas constamment ; et quand il le voudrait sincèrement, vivement, et constamment, quand même il voudrait se donner toutes sortes de soins pour réussir, souvent sa bonne volonté est infructueuse. Elle s'épuise en vains désirs, parce que son pouvoir, trop borné, ne suit pas son cœur ; et si son amitié n'a pas de bornes, sa puissance en a de si étroites, qu'il ne peut pas faire beaucoup pour celui qu'il aime. Quelle folie par conséquent de mettre sa confiance en celui de qui on a si peu de secours à attendre !
Or, ce qui manque à l'homme, c'est là précisément, ce qu'on trouve en Dieu seul. Une vérité éternelle, immuable et infaillible, qui est aussi éloignée du mensonge que du néant, et qui ne promet rien qu'il n'exécute avec plus de magnificence qu'il ne l'a promis. Une puissance qui n'a point de limites, à qui tout obéit dans le ciel, sur la terre et jusqu'aux enfers ; qui change les éléments et anéantit, s'il veut, les créatures ; qui porte le monde dans sa main, selon la noble expression de l'Ecriture. Au milieu de la majesté que donne cette puissance, et qui nous fait sentir tout ce que l'amour peut inventer de bienfaits pour enrichir, et tout ce que la bonté peut avoir de miséricorde pour pardonner. Trois choses, disait Saint Bernard, animent mon espérance ; la vérité de Dieu, qui me fait des promesses ; la puissance de Dieu, à qui l'exécution de ses promesses est facile ; la charité de Dieu, qui m'adopte pour être son enfant. La vérité de Dieu, qui me promet toutes les richesses que l'adoption peut faire espérer ; la puissance de Dieu, que ces richesses ne peuvent appauvrir ; l'adoption de Dieu, qui me donne le droit de les attendre, de les demander et de les obtenir.
Je ne m'arrête point ici à ce qui regarde la vérité et la puissance de Dieu, premiers fondements de notre espérance. Le juste et le pécheur, qui n'en doutent point, tireraient peu de fruit du soin que nous prendrions de les en convaincre. Il leur est plus utile de parler de sa bonté, que l'on connaît en gros, mais qu'on ne médite pas assez.
Mais quoi ! Entreprendrai-je d'approfondir cette bonté et cette miséricorde ? N'est-ce pas un océan qui n'a point de fond, et dont on ne peut voir les bornes ? N'y aurait-il pas de la témérité à vouloir l'épuiser ? Que dire sur la production de toutes ces créatures que Dieu a assujetties à nos besoins, qu'il a créées même pour nos amusements et nos plaisirs ? Non seulement, disait un Père, il a pourvu à nos nécessités, sa tendresse a voulu même pourvoir à nos délices. Que dire sur cette providence continuelle, qui, par mille ressorts admirables, nous conserve, nous soutient, nous défend, nous protège, nous ménage des moments favorables pour notre salut ? Que dire de cette Rédemption admirable d'un Dieu fait homme, pour nous rendre heureux par ses larmes et par ses souffrances, pour nous procurer le repos par ses travaux, pour nous donner la vie aux dépens de la sienne. Disons-le hardiment avec saint Léon : Pour nous faire part de sa divinité, nous placer sur son trône, et faire pour ainsi dire de nous autant de dieux.
Ces bienfaits sont communs entre tous les hommes. Ils sont préparés pour tous, mais ils n'en montrent pas moins la bonté de Dieu. Au contraire, c'est là ce qui montre plus clairement l'étendue infinie de cette bonté, qui n'exclut pas même entièrement les endurcis et les ingrats, de ces secours qu'il veut donner à tous, parce qu'il nous aime tous. D'ailleurs, tout communs que sont ces bienfaits, ils sont, en un sens, particuliers à chacun de nous, parce qu'ils sont appliqués à chacun de nous, comme s'il n'y avait que nous sur la terre pour en profiter. L'amour qui nous les a préparés est un amour personnel, qui, nous distinguant tous comme un pasteur qui appelle chacune de ses brebis par le nom qu'il lui a donné, nous aime chacun en particulier, comme s'il n'y avait que nous qu'il pût aimer. Oui, sans doute, tout ce que la création de l'univers a de grandeur, tout ce que la Providence a de consolant, tout ce que la toute-puissance a de richesses, tout ce que la récompense éternelle a de magnifique, tout ce que la Rédemption, les souffrances, le sang, la mort de Jésus-Christ a de tendresse, tout cela nous appartient, et appartient en particulier à chacun de nous, Comme s'il n'y avait que lui sur la terre. C'est là ce qui mérite, je ne dis pas notre étonnement et notre reconnaissance, ces termes sont trop communs pour des bienfaits si grands ; mais nos ravissements, nos transports, nos extases. Qu'on m'aide à trouver des termes plus forts pour exprimer des sentiments qui puissent répondre à tant de bontés.
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