Foi et Contemplation

La Miséricorde Divine

La Miséricorde Divine

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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu

PREMIÈRE PARTIE

Paragraphe XI

Ceux qui se conduisent par l'amour et par la confiance doivent être plus agréables à Dieu, et plus selon le vrai esprit du christianisme.

Jugeons de ce que nous venons de dire, par les idées que la nature même nous donne, et portons-en le jugement que la raison seule nous apprend à former. Que préférerions-nous, nous-mêmes, s'il était question de notre service ? Il me semble que nous préférerions un homme plein d'affection et de ferveur, à un autre qui ne nous approcherait qu'avec tristesse, et qui ne nous servirait qu'avec crainte. Qu'aime-t-on en effet le plus, ou de se faire aimer, ou de se faire craindre ? A quoi la plus noble ambition peut-elle se porter ? Est-ce à s'attirer des respects forcés, exigés par la crainte et par la terreur ? les hommages volontaires, inspirés par l'amour et dictés par la reconnaissance, me paraissent infiniment plus précieux. Celui qui saurait enchaîner tous les cœurs serait à mon sens, plus admirable que celui qui pourrait dompter toutes les nations. Si ces fameux conquérants dont parle l'histoire ont ambitionné de se rendre maîtres du monde par la terreur de leurs armes, c'est sans doute dans l'impossibilité où ils étaient de le conquérir par les charmes de l'amour.

Voilà ce que la raison seule nous dicte ; mais cette même raison, fortifiée par la foi, ne doit-elle pas nous faire reconnaître que notre Dieu, infiniment plus équitable que nous, trouve qu'il lui est plus glorieux de gagner nos cœurs par l'amour, que de les dompter par la crainte ? En effet, ce Dieu si bon, qui pouvait nous contraindre à le servir, a bien voulu se contenter de nous y inviter, de nous presser, de nous attirer par les douceurs de son amour. Il a quitté, dit saint Pierre Chrysologue, il a quitté, ce semble, sa qualité de maître, pour prendre celle de père, parce qu'il aimait mieux régner sur nous par l'amour que par la puissance. Il prend donc la qualité de père ; et si cette qualité a encore pour nous quelque chose de trop majestueux, il y ajoute celle d'époux, celle d'ami, celle de Sauveur. Il se donne à nous sous la figure de pain, et il s'est montré aux hommes sous la forme d'un enfant.

Qu'on réfléchisse un moment sur cette dernière pensée, sur la forme que le Fils de Dieu a prise en venant sur la terre. On reconnaîtra aisément quel est le sentiment qu'il a voulu nous inspirer principalement, si c'est celui de la crainte ou celui de la confiance. En vérité, s'il n'y était venu apporter que les châtiments et la terreur, eût-il pris une forme si douce, si faible, si aimable ? Un enfant, un petit enfant, qui semble ne pouvoir rien que par le secours de sa mère ; un enfant qui n'a que des charmes et de la douceur ; un enfant pauvre, nu, abandonné, qui nous attendrit par ses larmes, et qui pousse des cris capables de percer le cœur d'un barbare ! Hélas ! il me semble qu'il ne les fait entendre que pour se plaindre de ce qu'on ne veut pas l'aimer, quoiqu'il fasse de son côté tant d'avances. Il cache, il déguise, il enveloppe tout ce qu'il a de grand et de terrible : il se dépouille de tout ce qui paraît le plus inséparable de la grandeur ; l'éclat, les richesses, la puissance, la majesté. Il est aisé de reconnaître son dessein. Il veut nous attirer à lui, et nous rendre son abord facile ; il veut nous rassurer ; il veut anéantir toutes nos défiances et nos timidités ; il veut nous donner un accès si libre auprès de lui, que rien ne puisse nous servir de prétexte pour nous en éloigner.

C'est donc là le dessein de Dieu, et par conséquent ce qu'il demande de nous ; c'est l'amour, la tendresse, la confiance. Jugez maintenant quel est celui qui répond le plus à ses desseins, qui entre le mieux dans ses vues, et qui prend les sentiments qui lui sont plus agréables. Est-ce celui qui est timide, qui s'effraie, et qui ne se rassure qu'avec peine ? Ou bien, est-ce celui qui est plein d'une respectueuse confiance, qui l'aime, et qui, humble dans son amour, goûte toute la douceur que la tendresse peut y faire trouver ? Pour moi, je pense que le tribut de la grandeur et de la majesté, c'est la crainte ; mais que celui de la bonté, c'est la confiance et l'amour. Puisque notre Dieu se montre à nous comme un Dieu que la bonté rend aimable, c'est donc par l'amour et la confiance qu'il faut s'approcher de lui.

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