Foi et Contemplation

La Miséricorde Divine

La Miséricorde Divine

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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu

PREMIÈRE PARTIE

Paragraphe X

Portrait d'un autre juste qui se gouverne principalement par la crainte.

L'autre juste, dont je parle, est bien différent. Il voudrait aimer son Dieu, et il l'aime en effet ; mais inquiet sur son amour, il n'ose se dire à lui-même qu'il l'aime véritablement. Attentif à toutes les fautes qu'il a commises et qu'il peut commettre chaque jour, ingénieux à se faire des péchés nouveaux, subtil dans les raffinements du scrupule, il s'exagère à lui-même chacun des défauts qu'il a, ou qu'il croit avoir. Il oublie la miséricorde qui les pardonne, et ne songe qu'à la justice qui les punit. Dieu est pour lui un Dieu irrité et un Dieu terrible. Il vit avec lui, non comme un enfant avec un bon père, ou comme une femme vertueuse avec son époux aimable, mais comme un domestique avec un maître, dur et fâcheux, qui voit tout, et qui ne pardonne rien.

A la vérité, il marche avec fidélité dans les routes du salut et des commandements de Dieu, mais c'est avec tristesse et avec pesanteur. A tout moment il s'arrête, pour prévoir les tentations. Il les excite quelquefois à force de les craindre, il les augmente à force de les combattre. Il n'y a point de victoire qui ne lui fournisse mille sortes de scrupules. Tout lui coûte, tout lui est pénible, parce que la joie ne le soutient pas.

Dans cet état, il ne peut presque se résoudre d'approcher des sacrements. Persuadé de son indignité, il s'imagine qu'il les profane au lieu de s'y purifier. Il tremble chaque fois qu'il faut se présenter au tribunal de la pénitence ; et inquiet sur l'examen de ses péchés, sur leur accusation, sur la qualité et la mesure de sa contrition, il met son esprit à la gêne pour épuiser toutes les précautions. Ses scrupules multipliés à l'excès, et qui ne finissent point, font de sa conscience un chaos horrible, où il n'aperçoit lui-même que des ténèbres. La sainte communion ne l'effraie pas moins, et il faut toute l'autorité d'un directeur habile pour l'obliger d'approcher de son Dieu ; encore souvent la frayeur l'emporte sur l'obéissance ; et la crainte d'irriter Dieu par son indignité, qu'il a toujours devant les yeux, l'empêche d'aller à lui, nonobstant les douces invitations de ce Dieu de bonté, qui se plaît à s'unir à nous. Ces troubles et ces craintes redoublent au souvenir de la mort. Il n'a presque d'autre idée de Dieu, que celle d'un Dieu juste et vengeur. Il sait qu'il est terrible de tomber dans les bras de sa colère, et il regarde avec effroi le moment qui doit le faire paraître devant lui. Ses alarmes redoublent à mesure que ce moment approche, il voudrait l'éloigner, non pas par attachement à la vie, mais parce qu'il en regarde la fin comme la terrible entrée à une éternité où il ne voit que des feux et des supplices qu'il croit destinés pour lui.

Il est aisé de sentir que les deux portraits que je viens de faire ne sont pas des portraits faits en l'air, ni des portraits d'imagination. On peut reconnaître dans le premier tant de saints dont les transports, la ferveur et la tranquillité nous étonnent lorsque nous lisons ce que leurs histoires nous en rapportent. peut-être plusieurs âmes dévotes et timorées pourront se reconnaître elles-mêmes dans le second. Mais, quoi qu'il en soit de l'application, il est juste d'en tirer la conséquence que j'avais en vue.

Je ne demande pas ici lequel de ces deux états est le plus heureux, et où le sort est le plus doux. Mais je demande lequel des deux est le plus parfait. Quel est celui qui aime le plus ? Est-ce celui qui est transporté par cette charité qui bannit la crainte ? Quel est celui qui est le plus conforme à l'esprit du christianisme, cet esprit dont nous disions tantôt après saint Paul, que ce n'est pas un esprit d'effroi, mais un esprit d'adoption et de tendresse.

Je demande enfin lequel de ces deux états est le plus glorieux à Dieu, le plus agréable à Dieu, le plus selon le cœur de Dieu ? Peut-on douter que ce ne soit le premier ; car Dieu demande-t-il de nous autre chose que ces dispositions de tendresse, de joie et de confiance que j'y ai dépeintes.

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