Foi et Contemplation

L'Esprit-Saint

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Le Saint-Esprit dans la Vie Chrétienne

Chapitre XV
Le progrès spirituel

« La route des Justes est comme une lumière resplendissante qui augmente et s'accroît jusqu'au plein midi. »
(Prov. IV, 18.)

I. – La loi du progrès

Nous avons vu quel admirable organisme de dons et de vertus l'Esprit-Saint crée dans l'âme du juste. Or, l'homme intérieur est incorporé au Christ, son chef. Du Christ lui vient la lumière, la vie, le mouvement. Vraie tête du juste, le Sauveur sans cesse le stimule par sa grâce et par ses sacrements, qui sont comme une extension de son corps, cet instrument de ses merveilles pendant sa vie. Au premier rang de ces grâces nous trouvons l'enseignement de l'Église, la liturgie, la doctrine et l'exemple des saints. Toute la vie de l'Église est vivifiante pour ceux qui sont dans l'Église, et toutes ces mystérieuses influences chrétiennes viennent du Christ vivant au Ciel. Du sein de sa gloire il nous envoie le Saint-Esprit, qui nous est donné en personne, et qui est comme le cœur de notre vie surnaturelle dont le Christ est le principe. Nous sommes sous l'influence continue de ces deux personnes divines, qui nous actionnent tant que nous demeurons en l'état de grâce. Prenons conscience de ce dynamisme divin.

La grâce sanctifiante est comme une greffe chargée de vie divine, insérée dans le sauvageon de notre nature, pour perfectionner toute sa sève, diviniser son énergie et lui faire produire des fruit magnifiques. Le Christ, en infusant la grâce dans l'âme, l'a pourvue d'organes : ce sont les vertus théologales, la foi qui nous met en relations avec le vrai Dieu, l'espérance qui nous fait chercher en lui notre bien, la charité qui s'empare de ce bien, par l'affection du cœur, et aspire à jouir de sa présence, dans la parfaite union.

Sous, l'inspiration de ces vertus, la prudence gouverne les vertus particulières implantées dans nos puissances pour les soumettre à Dieu : la justice qui rend à chacun son dû, la force et la tempérance qui gouvernent les passions violentes et les concupiscences d'en bas.

Nouveau secours, le Saint-Esprit fait intervenir ses initiatives personnelles; il veille sur nos défaillances, nous stimule sans cesse pour nous mettre en haleine vers le plus parfait; il opère ces effets par ses dons qui sont en nous à l'état d'attente, de puissances impressionnables, et qu'il active par ses inspirations personnelles, par ses initiatives singulières, si nous sommes attentifs et fidèles à suivre son impulsion.

Rien n'est beau, fort et grand, rien n'est puissant comme l'homme juste ! Rien n'est omis pour qu'il marche vers la vie éternelle, et déjà il la tient en substance dans l'obscurité de la foi : fides, sperandarum substantia rerum...

Quelle est la loi de cette vie éternelle commencée dès ici-bas avec les énergies mises à notre disposition sous l'influence de nos deux Maîtres, et aussi du Père qui les envoie ?

C'est une loi de progrès. Nous devons tendre à la perfection. C'est là notre vie: la vie doit être pour nous comme cette lumière qui commence par l'aurore, se renforce, augmente, progresse encore et parvient au plein midi. Lumière sans cesse accrue ! Route aussi sur laquelle nous avançons ! « La route des enfants de Dieu est comme une lumière grandissante. »

II. – Comment progresse-t-on en grâce et en charité

En quoi consiste ce progrès ? Comment une âme, qui est sans cesse en haleine, avance-t-elle vers la vie éternelle ?

Dans l'ordre de la nature, le progrès moral, comme le progrès en art, ou tout autre, s'obtient par la répétition des actes. Faits avec attention, les actes, peu à peu, engendrent des habitudes, comme si leur force créait un ressort pour les reproduire. C'est donc par les actes répétés que nous progressons dans nos habitude, que nous arrivons à produire facilement, naturellement, des choses qui, auparavant, nous semblaient difficiles, inaccessibles.

Il est impossible d'obtenir cet accroissement dans l'ordre surnaturel par la simple répétition des actes, par la seule application de notre volonté. Le surnaturel vient de Dieu. De même qu'en y pensant, nous ne saurions donner à notre taille une coudée de plus, nous ne pouvons, par nos seuls efforts, accroître notre vie surnaturelle (Cela ne veut point dire que le progrès de la grâce se fasse sans efforts, et que la répétition des mêmes actes ne soit point requise : mais la vraie cause du progrès n'est pas dans cette répétition, dans cet exercice et dans ces efforts, elle est dans le don de Dieu, récompensant nos efforts ou nous portant à des actes meilleurs, comme l'auteur l'expliquera plus loin. Note de l'éditeur). A tous ses degrés comme dans son établissement, la grâce est un don; elle participe à la nature de Dieu qui est hors de nos prises. Il faut donc que Dieu donne la grâce et ses accroissements, un à un, Cela devrait nous rendre bien humbles: si nous faisons le bien, nous devons dire avec saint Paul : « C'est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis (I Cor., XV, 10.). »

N'y a-t-il donc rien à faire qu'à attendre ? Il y a lieu, au contraire, d'être actifs. Si l'honnête homme, l'artiste, progresse par ses efforts, le chrétien progresse par ses mérites : nous pouvons mériter. Mériter, c'est-à-dire poser devant Dieu certain droit à recevoir cette augmentation de vie surnaturelle. Nous ne pouvons pas déclencher seuls, par nos propres forces, le mouvement de la perfection, nous pouvons mériter cet accroissement de la vie divine : à celui qui a fait fructifier les talents, le Maître donne pour récompense une plus grande richesse.

Il y a deux espèces de mérites : le mérite de convenance (de congruo) et le mérite de stricte justice (de condigno).

Un honnête homme qui ne connaît pas la loi de Dieu, mais qui vit raisonnablement, mérite-t-il en stricte justice un bien de l'ordre surnaturel ? Non. Il ne peut pas poser devant Dieu un droit strict à la grâce, il n'est pas au niveau de la vie divine. Mais il est convenable qu'il soit récompensé. Il convient, dis-je, que l'homme faisant ce qu'il peut, Dieu fasse aussi ce qu'il peut. Cet homme n'ayant pas la vie divine ne peut mériter en toute rigueur de justice un divin salaire, mais il mérite les miséricordes du Seigneur. Tel est le mérite des pécheurs. Il obtient son effet par les bonnes œuvres; ces œuvres ne sont pas, d'une certaine façon, nécessitantes vis-à-vis de Dieu, mais elles le disposent, si l'on peut dire, à donner sa grâce miséricordieuse. Ce n'est pas le pécheur qui se dispose lui-même au salut, seule une intervention d'en haut peut l'introduire dans la grâce; mais celui qui fait ce qu'il peut attire sur lui infailliblement la bonté infinie de Dieu, toujours prompte à se répandre. Tel est le mérite de convenance.

Mais pour les âmes en état de grâce, il en va autrement. Elles ont un fond de divinité qui est une participation à la nature divine. Le chrétien sanctifié par la grâce est enfant de Dieu; cet acte porte en lui une perfection surnaturelle, un effet de la vie même de Dieu; il est à hauteur pour recevoir une participation plus élevée de la vie divine. C'est le mérite de stricte justice, lequel rend digne de recevoir les accroissements de la charité; mérite de celui qui, ayant reçu des talents, les a fait fructifier et est en droit de recevoir sa récompense.

Pour chaque effort, pour chaque acte, fait en état de grâce et par amour pour Dieu, une récompense. Là est le moyen et tout le secret du progrès spirituel. En posant des actes divins, nous obtenons, en toute justice, une récompense divine, qui ne peut être qu'un accroissement de la vie éternelle commencée en nous.

Ce qui fait ce mérite, ce n'est pas l'acte pris en lui-même, dans sa pure matérialité, ni la difficulté, ni la peine qu'il coûte; c'est ce fond de grâce, cette élévation, cette surnaturelle destination de nos œuvres à la récompense divine : voilà ce qui nous rend dignes de la gloire de Dieu, et non pas l'effort. On s'imagine à tort que le sacrifice, la difficulté, sont la cause d'un plus grand mérite. La raison d'un plus grand mérite, c'est une plus grande charité. Accomplir un acte insignifiant, comme il y en a beaucoup dans la vie chrétienne, avec un grand amour, est plus méritoire que d'entreprendre une œuvre difficile avec peu de charité (L'effort et le sacrifice cependant sont d'ordinaire le signe d'une plus grande charité : on ne fait que par grand amour des choses difficiles. Note de l¹Editeur.). Ce qui fait le mérite de nos actes, dit saint Augustin, c'est ce que Dieu y met : « Quand tu couronnes nos mérites, Seigneur, tu couronnes tes dons (préface de la Toussaint). »

III. – Objet du mérite

Que méritons-nous ainsi, en justice ?

Par chacun de nos actes, en cet état de sainteté, nous méritons la vie éternelle. Un seul acte de charité, n'eussions-nous eu la raison que juste le temps de pousser un soupir d'amour vers Dieu, mérite la vie éternelle. Dans toute une existence chacun des actes faits ainsi mérite la vie éternelle.

C'est notre premier progrès dans la vie de la grâce; tous ces actes faits dans l'état de justice, moyennant les vertus et les dons, vont s'accumulant; ils forment ces « trésors qui ne peuvent être rongés par les vers (Matth., VI, 20.) ». Nous nous faisons ainsi des bourses remplies de pierres précieuses, dont chacune peut acheter le bien de l'immortalité.

Il y a donc, par l'accumulation des actes bons, comme un poids grandissant de mérites pour la vie éternelle. Saint Paul a dit qu'une tribulation d'un moment (soufferte par charité) opère un poids éternel de gloire (II Cor., IV, 17.). Qu'en sera-t-il si ces poids s'amoncellent ?

Cette pensée doit nous donner confiance en face de nos péchés véniels qui se trouvent ainsi contrebalancés par tous nos actes d'amour.

Mais qui peut plus, peut moins. Si Dieu donne le ciel pour chacun de nos actes méritoires, à plus forte raison donnera-t-il un accroissement de vie éternelle en notre état présent.

Ainsi par chacun de nos actes bons, nous méritons un accroissement de grâce, une augmentation de charité. Saint Paul dit : « Je vais vous montrer une voie plus excellent... la charité (Cor., XII, 31.) » La charité est comme une route qui avance, qui se déplace et nous fait avancer avec elle.

IV. – Comment grandit la charité

Comment la grâce et la charité peuvent-elles grandir et, avec elles, la vie éternelle qu'elles commencent ? Cet accroissement ne peut se faire par l'objet; l'objet de la charité ne peut, en nous, devenir plus grand : c'est Dieu même. Un seul degré de grâce déjà fait face à la vie éternelle, et nous donne droit à la posséder entièrement. Nous n'aurons pas plus ou moins la vie éternelle. Comment, dès lors, faut-il comprendre ce progrès ?

La grâce, la charité et les vertus qui en découlent sont comme des greffes insérées dans notre nature; elles peuvent l'être plus ou moins profondément; elles peuvent se soumettre plus ou moins les énergies naturelles de l'âme et les accorder plus ou moins à l'idéal divin.

Dans la nature, les greffes prennent bien ou mal et, entre ces deux extrêmes, que de degrés! Si la greffe prend bien, elle attire à elle toute la sève du sauvageon, lequel va maintenant fructifier parfaitement. Si elle prend moins bien, le sauvageon pousse des rejetons plus ou moins forts; s'ils sont forts, ils absorbent toute la sève et la greffe meurt; s'ils sont faibles, ils ne font pas de bien à l'arbre greffé, mais ne l'épuisent pas.

Cette image nous permet de suivre le travail de la grâce en notre âme. C'est par enracinement dans notre nature sauvage que la grâce et la charité progressent. Si elles se la soumettent entièrement, rien ne leur échappe, tous les actes sont faits en vertu de la grâce... Et revêtent sa qualité; la greffe, en ce cas, a pris souverainement. Il y a bien quelques petits actes qui échappent à cette divine force, ils viennent de l'amour-propre : péchés véniels, imperfections, qui n'empêchent pas la divine frondaison des vertus. C'est néanmoins autant de pris sur l'amour de Dieu. Seul, cependant, le péché mortel, qui tire à lui toute la sève au bénéfice de la nature pécheresse, peut arrêter cette vie de la grâce et de la charité.

S'il en est ainsi, chaque fois que nous faisons un acte dans la charité, avec les vertus et les dons, nous méritons un enracinement de grâce; notre nature est davantage maîtrisée, la sève de nos énergies natives passe plus abondante dans la vie surnaturelle, et par la continuelle production de tels actes la nature est enfin prise tout entière sous l'influence divine : il n'y a plus en nous une fibre, comme dit saint François de Sales, qui ne vibre pour Dieu. La greffe divine tire ainsi toutes les forces à elle, avant de les lancer dans la vie où elles fructifieront.

V. – Rôles des actes ordinaires de Charité dans cet accroissement – L'acte le plus intense

Cependant nous faisons quelquefois des actes de charité bien faibles, par routine; nous n'avons pas une pensée vive de Dieu et, par torpeur, notre amour n'est point fort. Ces actes, faits négligemment, sont sans vigueur. Les vertus sont respectées, mais elles sont contrariées dans leur élan par les instigations de la nature; leurs actes pourraient être plus parfaits, plus fervents, étant donnée la grâce que nous possédons. Ces actes bons mais relâchés vont-ils diminuer notre trésor intérieur ? Non. Rien n'est perdu. Nos actes ne méritent pas toujours en vertu d'un amour actuel de Dieu, mais tout dans le juste est pour l'amour de Dieu, sauf le péché. Nous n'abdiquons pas cet amour, nous avons formé l'intention de tout faire dans cet amour; du moment qu'un de nos actes n'est pas un péché, il a une saveur de vertu, il a un mérite divin. Que mérite-t-il ? Quelle est l'augmentation de la grâce et de la charité due à un si petit acte ? Il ne nous en donne pas une augmentation sensible, actuelle, mais il nous dispose à la recevoir. Il ne produit pas un degré de charité de plus, mais une disposition nouvelle, une préparation à la croissance. Il n'entraîne pas de déchéance, il accroît au contraire ce mystérieux potentiel de vie, qui s'accumule en notre cœur, et prépare une éclosion plus parfaite, une augmentation sensible de l'amour : ces actes thésaurisent leurs forces au fond des puissances de l'âme, et l'organisme surnaturel est de la sorte entretenu, enrichi. Pour ceux qui aiment Dieu en vérité, rien n'est perdu, même de ce qui est mollement accompli, si c'est un acte de vertu. Tout ce qui n'est pas péché, en l'état de grâce, nous rapproche de Dieu ou nous dispose à une plus grande union.

Par suite de ces petits actes bons souvent répétés il arrivera qu'un jour, au moment où il nous faudra prouver à Dieu un plus grand amour, pardonner une injure, soigner un malade, accomplir un devoir difficile exigeant tout notre effort, nous serons spontanément à la hauteur de notre devoir : notre âme jaillira en un acte de charité intense que nous aurons ainsi préparé de longue main, et nous serons dignes de recevoir un degré supérieur de grâce. Souvent cette augmentation de la charité s'accomplira dans la communion; l'Eucharistie n'est-elle pas le sacrement nourricier de la vie divine en nous? La nourriture matérielle augmente les chairs, la communion accroît l'esprit. Ce sera une communion où nous nous serons donnés tout entiers, nous laissant vraiment manger par Celui que nous mangeons, et nous obtiendrons, à titre définitif, en vertu des actes méritoires précédents, un degré d'amour nouveau qui nous est acquis pour toujours, si nous ne revenons pas en arrière.

VI. – Le péché véniel ne diminue pas la Charité

Mais il n'y a pas que des actes faibles, il y a le péché. Nous avons le redoutable pouvoir d'arrêter le mystérieux passage de la sève humaine dans la greffe divine : nous pouvons perdre ainsi cette vie surnaturelle par le péché mortel. Quant au péché véniel, on le sait, il ne détruit pas la grâce. Peut-il la diminuer ? Non ! Aucun péché véniel ne nous fait perdre le degré de charité auquel nous sommes parvenus par nos mérites. Le péché véniel porte sur des moyens de perfection qui ne sont pas nécessairement liés avec la charité. Il regarde telle prière, telle observance, tel acte de charité, un ensemble de choses qui ne sont pas indispensables à la vie surnaturelle, que nous pouvons omettre par conséquent sans perdre l'amour de Dieu, ou commettre sans le ruiner. Pour une négligence dans la prière ou une impatience nous ne perdrons pas notre état de grâce.

Cette doctrine est sage. La charité regarde Dieu notre fin; le péché regarde le moyen. Si le moyen est essentiellement lié avec la charité, de telle sorte qu'il fasse l'objet d'un commandement, on ne peut aller contre le moyen sans aller aussi contre la fin; nous ne pouvons pas dire que nous aimons Dieu si nous n'accomplissons pas ses volontés. L'objet des petits manquements n'est pas ainsi lié avec la charité, il n'est pas absolument incompatible avec la fin divine de l'amour. Sans doute nous ne pouvons pas dire que nous aimons Dieu par le péché véniel, nous ne cessons pourtant pas, même alors, de l'aimer habituellement par-dessus tout. Il ne serait pas juste qu'ayant fait une faute en chose si petite, nous soyons punis par la perte du trésor acquis par une foule d'actes, ou peut-être par un acte héroïque; ce serait hors de proportion. Les dons de Dieu sont sans repentance. Si nous ne l'offensons pas mortellement, nous conservons la grâce ou le degré de grâce auquel nous étions arrivés par nos mérites et la miséricorde de Notre-Seigneur.

Cependant, le péché véniel n'est pas inoffensif. Il opère des dispositions fâcheuses. Ce sont comme de petits rejetons qui poussent au bas du sauvageon et diminuent d'autant la vigueur de la greffe. Si les rejetons se multiplient, ils épuisent l'arbre; et s'il en vient un plus fort, c'en est fait de la vie de la greffe entière. Le péché véniel dispose au péché mortel, il diminue l'activité surnaturelle des habitudes vertueuses, il est un danger pour la vie de la grâce.

VI. – Accroissement indéfini

Jusqu'où ira l'accroissement de la vie divine sur terre ? Il est sans limites, non pas infini, mais indéfini. Il n'y a pas d'abord de limite en la charité même, laquelle est une émanation de l'amour que Dieu a pour lui-même et pour nous. Notre charité est une image petite, mais expresse de l'amour du Saint-Esprit : ses aspirations sont infinies; elles vont à Dieu même, qui est infini.

Il n'y a pas de limites non plus en la capacité de notre âme. Notre cœur n'est pas comme un vase aux dures parois; il peut se dilater sans mesure et la charité accroît, sans cesse par ses acte, son pouvoir d'aimer. L'âme aimante est possédée du désir de l'infini, elle cherche le bien parfait, le Dieu vivant : chaque accroissement de grâce, au lieu de combler la capacité sans limite de notre volonté, la dilate. Aussi voyons-nous certains saints, comme saint Dominique, sainte Catherine, sainte Thérèse, croître toujours plus en amour et être toujours plus en haleine d'aimer davantage. Plus nous buvons à cette source, et plus nous avons soif. Au rebours des nourritures terrestres, plus on absorbe la nourriture spirituelle, et plus on la désire, plus on a le pouvoir de l'assimiler.

Point de limite non plus en la puissance qui meut l'amour. La charité, les vertus et les dons nous tiennent sans cesse sous la motion du Saint-Esprit dont la vertu est infinie; plus il nous meut, et plus il peut nous mouvoir. De ce côté, l'accroissement de notre vie divine est encore sans mesure.

Cet accroissement, nous l'avons dit, s'opère par le mérite. Croissance perpétuelle, telle « une lumière qui va grandissant jusqu'au plein midi ». Nous sommes passés de l'obscurité à la lumière, nous marchons vers ce plein jour, qui ravit de bonheur les élus dans la gloire du Dieu vivant.

Voilà notre vie. Ne nous contentons pas d'inscrire la perfection de notre devise. Tendons vers elle ! Nous ne devons jamais nous arrêter; Dieu nous a donné, pour arriver à ce sommet, de telles ressources ! Divinement organisés pour réaliser cet accroissement, pour atteindre la plénitude du Christ, n'ayons rien de plus à cœur.

La vie n'a qu'un sens pour nous : croître dans l'amour de Dieu, croire davantage, espérer davantage pour aimer davantage, Saint Thomas, disait : « Faites, mon Dieu, que toujours je croie plus en vous, que j'espère mieux en vous, que je vous aime plus ardemment. » Tel est le sens profond, définitif de la vie. Bienheureux sommes-nous, puisque nous le savons. Il nous faut maintenant marcher sur cette route de Dieu. De ce progrès nous connaissons les moyens. Nous possédons les ressources que cette marche exige. Progressons, avançons vers le Seigneur, objet de notre amour. Que notre vie grandisse comme la lumière qui monte – « jusqu'à ce que nous arrivions au plein midi ».

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