Foi et Contemplation

Éducation

L'Éducation

Responsabilité des Pères de Familles
dans l'Éducation Chrétienne de ses enfants

Introduction - La liberté, ce don - Au service de la liberté - Conseils et soluces

 

3. Conseils et soluces

Commencer par le début

Pour entreprendre cette tâche impossible de faire naître une liberté chez quelqu'un, il faut commencer par soi-même. C'est une priorité absolue, mais elle n'est pas chronologique. Le meilleur moyen d'éduquer une liberté, est d'éduquer sans cesse la sienne propre, de laisser la place à l'Esprit Saint en nous, de combattre nos péchés, de faire grandir notre amour, d'accroître notre culture. Où en est notre vie de prière ? Comment espérons-nous être un père sans prier, sans demander cette grâce à Dieu que saint Paul nomme comme la source de toute paternité (Ep 3,14) ? Comment osons-nous corriger nos enfants sans nous confesser avant ? La prière est un moment où l'on ouvre notre être au Seigneur pour qu'il le transforme de l'intérieur (cf mise à jour Windows). Nous avons besoin (et spécialement les laœcs) des sept dons du Saint-Esprit : crainte, piété, force, conseil (surtout peut-être ces deux-là pour l'éducation), science, intelligence, sagesse. Il faut que le Christ les réactualise en nous en permanence (nous n'avons pas besoin de les demander explicitement, il suffit que notre cœur s'ouvre à Dieu dans la prière régulière).

Faisons attention à la paille et la poutre quand nous reprenons nos enfants. Et si vous ne voyez pas nettement ce qu'il faut reprendre en vous, demandez conseil à votre épouse ! La correction fraternelle fait partie de notre vie de charité, et de votre vie de couple.

Notre vie spirituelle doit être une vie, pas une mémoire, pas une photo sur un présentoir, pas une simple intention pour jeune couple exalté. Elle doit être active, patiente, laborieuse. Elle se voit sans s'exhiber, elle rayonne par elle-même sur vos enfants sans que vous ne vous en rendiez compte - et tant mieux. Attention au pharisaœsme, à trop "montrer" aux jeunes notre vie de prière, en oubliant le précepte du Christ : "quand tu pries, retire-toi dans le secret de ta chambre". Les enfants voient nos failles cachées, les imitent à notre insu, et notre parole ne peut évidemment pas contredire ce qui n'est pas bien ajusté dans notre propre vie. Le travail sur nous-mêmes est absolument primordial, l'ouverture à Dieu dans la prière est indispensable.

Conseils

" . Pour aider à faire grandir la liberté chez un enfant, il faut demander la grâce de la voir. Le regarder comme une personne bientôt adulte plutôt que comme un chien à dresser veut dire le regarder comme un frère en Christ avant même de le voir comme un fils. Voici quelques points que je voulais souligner.

" . Attention au temps qui passe. Prenez bien conscience de la différence entre un jeune de 14 ans et un de 17. Vous n'avez pas vu passer ces trois ans, ils furent une éternité pour lui.

" . Comme dernier rempart de la liberté spirituelle, de la vie réelle, vous êtes à un poste difficile et pénible parfois. Mais votre présence (physique) est requise. Discernez bien ce qui vous pousse à rentrer tard le soir, à travailler seul dans votre bureau. Est-ce bien les nécessités du travail, ou est-ce une paresse, ou une peur, qui vous fait refuser le conflit domestique ? Tout repos, tout confort vous est enlevé, à l'intérieur et à l'extérieur. La croix se profile.

" . Mais si vous lâchez votre poste, la guerre va être très difficile à gagner.

" . Entrer de temps en temps dans leur monde. Il faudrait que vous partagiez des distractions avec vos jeunes. Mais comme adulte, et c'est là tout le problème. Si vous jouez au jeune, soit ce sera fau~ soit ce sera démagogique, c'est-à-dire que vous ne leur êtes d'aucune utilité si vous n'êtes pas un adulte à leur côté (voir Ce que veulent les femmes, où le père se met à regarder Friends avec sa fille, mais elle le lui reproche avec violence). Ils ont assez d'adolescents autour d'eux sans cesse pour ne pas en ajouter un de plus. En revanche, si comme adulte vous partagez une fois une émission, un film, un jeu, qui fait partie de leur vie, faites-le avec le maximum de bienveillance, mais sans mensonge. Ne dites pas que cela vous plaît si cela ne vous plaît pas, mais sachez voir les qualités, sachez vous forcer un peu pour y entrer. Donc : avec bienveillance, mais sans jeunisme.

" . Vérifier leur vie scolaire, non seulement comme un juge du "c'est bien, ça peut être mieux", mais pour les aider à trouver leur formamentis, leur tournure propre, leurs goûts, même lorsqu'ils sont jeunes. Il faut les aider dans la découverte des matières qu'ils aiment moins, les aider à garder les portes ouvertes. Il ne faut pas se projeter en eux, les voir réussir comme vous. Ont-ils du mal à l'école ? ce n'est pas nécessairement un manque de travail, mais un manque de goût. Aidez-les à s'intéresser, pas seulement à travailler pour les notes ou les résultats. Attention aussi au sentiment d'humiliation qui vient des difficultés scolaires des jeunes.

" . Sollicitez-les culturellement, avec humilité : qu'ont-ils appris, qu'ont-ils lu, écouté, vu, qu'ont-ils compris de notre monde ? Cela pour ensemble comprendre un peu mieux notre univers et nous-mêmes. Il faut que le jeune, quand il grandit, se sente considéré de plus en plus comme un adulte. Bien sûr, il n'a pas votre expérience, il va être tout blanc ou tout noir, il va répéter l'avis de ses profs Et alors ? Parlez, écoutez, laissez-le expliquer un fait qu'il vient d'apprendre, laissez-le donner un avis, creusez-le avec lui. Evitez d'être l'oracle du ciel à dire ultimement le vrai et le faux. Gardez-vous de l'orgueil contre leurs professeurs. A l'Oratoire, saint Philippe demande que l'on "mortifie son rationnel", que l'on accepte de ne pas toujours avoir raison.

" . Je mets un peu à part la question de la politique. Il est urgent de parler politique avec vos enfants, donc s'y intéresser soi-même. En cela, il est dommage de ne faire que critiquer : nous devons apprendre à débattre, donc à considérer favorablement le point de vue d'un adversaire. Là encore, il ne faut pas attendre qu'ils aient un point de vue large et cultivé pour aborder ces questions. Les jeunes trop souvent s'en désintéressent et c'est assez grave.

" . Les regarder comme des fières, cela veut dire aussi les reprendre comme des frères s'ils s'écartent de la vérité, ou les encourager s'ils y sont fidèles. Comme des frères, cela veut dire non comme les sujets d'un roi. Il n'est pas rare, quand ils grandissent, de se faire reprendre par eux - ils encouragent assez tard en général : comment réagit-on alors ? Aurons-nous le courage de leur demander pardon quand ils relèvent une faute chez nous ? Humilité, la vraie vie chrétienne, la voie de la liberté.

" . Quand ils commencent à atteindre la fin de l'adolescence, il est bon aussi de les consulter sur les questions de famille. C'est ce que l'on appelle un gouvernement collégial : il y a un moment où le jeune devrait sentir que son avis est reconnu. Mais peut-être pas trop tôt on grillerait les étapes nécessaires !

Soluces

" . Si la vie psychique est une grave tentation chez le jeune, si la liberté du " je fais ce que je veux " a gagné tout son être, vous êtes le représentant ultime pour lui de sa propre conscience, de son propre devoir, et en tant que tel vous êtes un ennemi. Vous subissez une guerre qui n'est pas contre vous mais contre le jeune lui-même, et votre rôle devient infernal. Là il ne reste qu'à vivre cette période à la pointe de votre âme, avancer dans la nuit en prenant soin de vous régler sur votre raison : " ai-je agi justement, injustement ? Ai-je été coléreux, ai-je été orgueilleux ? "

" . Faire émerger une liberté veut dire évidemment ne jamais être paresseux - la vie de mes enfants me concerne au plus haut point, mais en même temps il n'est pas impossible de perdre. Nous ne sommes pas les sauveurs du monde (tentation typiquement masculine !) Ils s'écartent du Christ ? Ils font n'importe quoi ? Ils échouent dans leurs études ? Vous n'avez pas été parfait (personne ne le prétend), mais s'ils sont libres, ils courent le risque de se casser la figure. Je veux dire : vous ne pouvez pas déduire la qualité de votre éducation sur le résultat, puisque précisément la liberté et l'autonomie faussent complètement le lien entre les deux ! Donc, pas d'excessive culpabilité (ou si il y a vraiment un point qui n'a pas été, il faut pouvoir se demander pardon).

" . Lorsqu'une conduite d'un jeune est objectivement mauvaise (par exemple : vivre à la colle), la désapprobation tacite suffit parfois.

" . Je veux dire : vous dites une première fois que vous réprouvez cette situation, et si l'occasion se présente à nouveau, vous redites votre point de vue ; mais vous n'êtes pas obligé d'y revenir sans cesse. Le jeune connaît votre avis, et le travail se fait en lui malgré même votre silence - les grosses ruptures sont parfois sans grande utilité. Rappelez vous le silence de Thomas More qui n'était pas une désapprobation publique. J'ai cependant vu des cas où une rupture semblait absolument nécessaire.

" . N'oubliez jamais de faire aimer la vie d'adulte. C'est un point très important, spécialement dans les familles séparées. La plupart des jeunes ne font pas l'effort de se libérer de leur adolescence parce que la vie d'adulte n'a pour eux aucun attrait. Quelle est votre attitude quand vous revenez du travail ? Si vous êtes toujours en train de vous plaindre, si .vous cultivez le remplissage à l'excès de votre emploi du temps (il y a parfois de l'orgueil à se montrer "très pris"), comment voulez-vous donner envie de devenir adulte ? Bien souvent, on souligne nos difficultés professionnelles ou autres pour montrer un peu a contrario combien nous sommes courageux - nous avons tant besoin d'être reconnus dans ce que nous faisons ! Au contraire, notre vie doit sentir la liberté, je ne dis pas le divertissement, grâce à Dieu ! La liberté ! Je dis cela spécialement pour les familles séparées, parce qu'un enfant qui voit son seul parent déprimé tout le temps aura du mal à accepter d'entrer dans la vie d'adulte. Evidemment, être joyeux et dynamique n'est pas facile dans de telles conditions. Mais il faut y aller franco. Sortir le môme dans des restos d'adultes, où on lui fait goûter les grands vins, faire des folies, ou bien au contraire une soirée pizza-télé, quelque chose d'agréable.

" . On peut même entrer plus avant dans un rapport de confidence, une fois que la vie de distance est bien posée. Vos enfants sont vos plus grands amis, ou du moins sont-ils appelés à l'être un jour.

Pour finir

L'évolution de la vie psychique des jeunes est telle que je me demande parfois si pour préserver un élan religieux dans le cœur d'un jeune, il ne faut pas s'écarter purement et simplement de la sous-culture actuelle. La question se pose. Pouvons-nous tenir l'Évangile dans une société fondée entièrement sur le divertissement ? Il est trop tôt pour tenir des positions fermes, mais je ne crois pas que nous pourrons avoir notre place dans une telle situation. L'Évangile ne peut pas s'imposer sur un terrain qui ne veut pas de la vérité, ou qui s'en moque. L'Évangile est une réponse pour les chercheurs, pour les tourmentés, il ne dit rien à qui ne l'interroge pas, il n'impose pas sa violence à qui ne désire que le rêve. Pour nous, peut-être l'objectif de saint Paul doit-il être notre horizon : " je me suis fait tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns ".

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