Foi et Contemplation

Éducation

L'Éducation

Responsabilité des Pères de Familles
dans l'Éducation Chrétienne de ses enfants

Introduction - La liberté, ce don - Au service de la liberté - Conseils et soluces

 

1. La liberté, ce don

Nommer l'univers

Dans le livre de la Genèse, Adam est invité par Dieu à nommer les êtres de l'univers. En même temps qu'il les nomme, il se sent étranger à eux, avant que Dieu ne crée la femme, son semblable. Cela veut dire que l'homme est à une place tout à fait originale dans l'univers : nous y vivons, nous en faisons partie - nous sommes matériels, et en même temps nous nous y sentons étrangers.

Que veut dire le fait qu'Adam nomme les êtres de l'univers ? Cela veut dire que l'homme les pose devant lui comme distants de lui. Pour un bébé, le monde est un flux indéterminé. Quand grandit sa raison, son intelligence, il parvient à distinguer les choses, puis à les nommer. Il prend de la distance par rapport à ce qui est devant lui. Cette distance est ce qui nous distingue de tout le cosmos, ce qui nous donne aussi du pouvoir sur lui. Soudain, nous ne faisons plus partie des enchaînements mécaniques de l'univers, nous y intervenons. Cette distance qui fait partie de notre nature humaine, est notre liberté.

La liberté comme une conquête

Notre liberté est une merveille. Nous savons aujourd'hui que les atomes qui forment les molécules de notre corps sont nés dans les supernova aux premiers âges de l'univers. L'extraordinaire, le miracle est là : des atomes de l'univers nomment d'autres atomes, les pensent, les aiment, etc. Nous sommes des êtres de matière, mais nous ne sommes pas que matière. Notre liberté nous écarte de la matière, mais cet écartement est aussi un arrachement.

Nous ne naissons pas libres, nous le devenons. Notre vie est l'histoire d'un arrachement à l'univers, aux enchaînements programmés. La liberté chez nous n'est pas comme pour l'ange une condition de départ, c'est un aboutissement, c'est la fin d'une histoire. Cette histoire commence avec l'arrachement de la naissance. Peu à peu, nous mettons notre monde à distance, comme je le disais plus haut, par le langage. Plus tard nous devons mettre à distance, par l'éducation au sens large, nos conditionnements divers : culturels, sociaux, familiaux, personnels. Je prends un exemple: un enfant qui a un caractère avare va être repris par ses parents pour l'être moins, pour le forcer à prêter ses affaires. Un tempérament colérique est repris, soit à la maison, soit à l'école. Ces moments d'éducation concourent à mettre à distance son propre caractère. C'est un point très important : peu importe de quoi nous partons dans la vie, ce qui compte est le chemin que nous traçons pour devenir libres.

L'endroit où tous les conditionnements aboutissent constitue par nécessité l'endroit le plus ennemi de notre croissance libre, et c'est notre vie psychique. La vie psychique en nous est le lieu de notre autodéfense, le lieu où l'on réagit aux nécessités du monde. Mon corps a faim et j'ai un tel sentiment en moi. Je ressens le besoin de défendre mon territoire, de perpétuer l'espèce, et tous ces instincts sont chez nous rationalisés : je défends mon avis comme un territoire, je tombe amoureux j'ai des besoins matériels ou spirituels etc. Tout cela en soi est bon mais risque de dominer notre liberté. Nous pouvons être le jouet (appréciez le terme !) de nos sentiments, de nos passions, de notre imagination déréglée - telle est la vie des malades mentaux. Notre liberté consiste aussi à mettre à distance cette vie en nous, notre vie émotionnelle - non pas à la tuer, mais à la mettre à distance, à l'ordonner à la raison. Je suis amoureux : est-ce que je peux m'engager dans cette voie, pour elle comme pour moi ?

Liberté et péché

La vie psychique en nous, avec son cortège d'émotions, de sensations, de besoins, de désirs, peut attaquer notre liberté, en nous rendant dépendants de tout cela. En particulier, les instincts d'autodéfense dont je parlais ne sont pas le dernier mot de notre nature humaine. Notre nature est appelée à aller jusqu'au don d'elle-même, elle est faite pour aimer.

Je prends un exemple historique : quand Maximilien Kolbe prend la place d'un prisonnier, est-il conditionné par sa condition de religieux ou bien est-il au contraire le plus libre de tous ? Ou bien qui est le plus libre, le client qui choisit quel appareil photo numérique il va se payer, ou Mère Teresa qui renonce à tout confort pour sauver les plus pauvres ?

La liberté est à son comble quand nous renonçons à nous-mêmes. Cette liberté est la sainteté. Elle est l'accomplissement de la volonté de Dieu, "aime le Seigneur et ton prochain comme toi-même".

Mais ce n'est pas tout. Lorsque nous refusons de renoncer à nous-mêmes, nous sommes prêts à nous replier sur nous-mêmes, nous retenons ce que nous devrions donner. La conservation de nous-mêmes est conservation de nos biens, et si quelqu'un a besoin de mon aide, je puis très bien dire : "non, garde ton argent pour toi ; il est à toi, tu l'as gagné !" Dans certains cas, ce peut être un péché, c'est-à-dire un retour sur moi-même, un refus de donner. Il est légitime que je protège ma vie, mes biens, mon honneur, mon confort il est légitime que je cherche à agrandir mes biens, mon honneur, mon confort, mais il n'est pas légitime que je préfère cela à tout. Je voudrais la dernière BM, ce désir peut être légitime. Si je dois voler pour l'avoir, ou tuer, ou sacrifier les études de mes enfants, ce n'est plus légitime : j'ai préféré la défense de mes intérêts à l'amour des autres.

D'où le paradoxe : la liberté se tue si elle se prend elle-même comme objet ultime. D'où aussi toute la morale chrétienne : le péché est l'ennemi ultime de notre liberté, c'est un repli sur soi-même qui brise la dynamique de don pour laquelle nous sommes faits. Le péché n'est pas à comprendre comme une faute par rapport à un code extérieur à nous, qui serait la volonté de Dieu, aléatoire et lointaine, le péché est un acte qui répond à un pli dans notre cœur, un court-circuit de notre amour. "Celui qui pèche se fait tort à soi-même", dit Ben Sirac (19,4).

Le péché est l'ennemi de la liberté, et la grâce est au contraire donnée pour que notre liberté grandisse. L'histoire de l'Église nous renseigne en particulier sur sept replis de l'âme que l'on appelle les sept péchés capitaux : l'orgueil, la colère, l'avarice, l'envie, la paresse, la gourmandise, la luxure. Sept manières de préserver notre propre vie qui deviennent envahissants et causent la plupart de nos péchés. La lutte contre le péché devient souvent une lutte contre ces péchés intérieurs, ces tendances, et la vie psychique est leur relais habituel. Ils étouffent notre liberté comme des mauvaises herbes, mais la grâce du Christ est notre libération. Le cri de saint Paul doit toujours résonner à nos oreilles : "là ou est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté" (2 Co 3,17). Notre histoire surnaturelle poursuit notre quête de liberté en même temps que notre histoire naturelle : nous grandissons dans notre savoir, dans notre expérience, nous prenons de la bouteille, comme on dit, et en même temps, grâce à Dieu, nous progressons dans l'amour de Dieu et dans l'amour de nos frères.

Pour résumer ce qu'est la liberté et comment le péché peut la perdre, reprenez la parole de Jésus : "Celui qui veut garder sa vie la perdra et celui qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera" (Mt 16,25). On peut aussi rappeler la prière attribuée à saint François : "C'est en s'oubliant soi-même que l'on se retrouve soi-même."

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