Notre Dame de Banneux
par Mgr Kerkhofs
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Le Symbole (extraits)
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- La Vierge arrive pour inviter Mariette. Dans toutes les apparitions antérieures à celle-ci, les voyants aperçoivent la Vierge et s'en approchent timidement. Ici c'est la Vierge qui vient à Mariette. Le mystère de la Visitation se renouvelle.
D'un geste de l'index, Elle invite la petite à sortir. Ce geste est une nouveauté absolue. Nulle part dans l'iconographie on ne trouve rien de semblable. Aucun de nous dans ses pieuses méditations ne s'est représenté la Vierge de la sorte. C'est une idée, comme on dit, qui ne vient pas.
Ces deux nouveautés, l'Apparition en forme de visite inattendue et le geste d'invite correspondent au caractère tout premier de la Médiation mariale. Marie est « la grâce prévenante ». Il lui appartient de nous préparer, de nous disposer. A quoi servirait le Sauveur si, faute de préparation, nous n'étions aptes à l'union avec Lui ? Toute grâce, tout mouvement salutaire de notre part, est un don gratuit, et dépend donc d'une initiative qui n'est pas la nôtre. De qui vient-elle ? Que nous pensions seulement à la Vierge pour nous jeter à ses pieds, c'est que déjà Elle est venue à nous, en reproduisant le geste de Banneux.
Ce soir-là l'enfant ne répondit pas à l'appel, sans mauvaise volonté de sa part. Les faits ont été racontés plus haut. Nous n'écrirons pourtant pas : « tentative avortée ». Car le sourire et le geste de la Vierge n'avaient pas seulement affecté les yeux de l'enfant, ils avaient touché l'âme en son fond. Quand le regard de la Vierge s'est porté sur une âme, celle-ci en reste marquée. Posons la question : est-ce que l'enfant envisageait un retour possible de la Vierge ? L'examen scrupuleusement minutieux de tous les documents nous oblige à répondre : certainement pas. Cependant, le mercredi suivant, à l'heure même de la première apparition, elle ressentit un désir irrésistible de sortir, d'aller au-devant de Celle qui le dimanche précédent l'avait appelée en vain. Ce ne fut pas contrainte, cela aussi est certain. Mais il est des poussées si puissantes que la résistance devient impossible. Tous nous le savons par expérience. L'enfant obéit. Elle sort dans la nuit malgré sa terreur innée, presque pathologique, des ténèbres. Renversant les rôles, elle se jette sans la voir, au-devant de Celle qui l'avait appelée en vain, tandis que lumineuse Elle était sous ses yeux. La foi était née dans cette petite âme sincère et droite.
Le premier caractère de la Médiation Mariale (grâce prévenante) s'avère ainsi avec une netteté et une fermeté qui ne laissent rien à désirer. « Posuit me in initio viarum suarum. Il m'a mise au commencement de ses voies ». (Texte de la Sagesse que l'Église applique à Marie). Marie est le commencement. Sans Elle rien ne se ferait dans l'ordre du salut, parce que rien ne commencerait.
- En ce même mercredi (deuxième apparition) la Vierge après sa descente du ciel est d'abord restée immobile durant vingt-cinq minutes environ. Elle souriait et remuait doucement les lèvres comme si Elle priait. Elle priait sans aucun doute. C'est la seule fois que Mariette a eu cette vision des lèvres priantes et silencieuses.
- Après sa longue prière silencieuse la Vierge se déplaça. Elle progressait à reculons, c'est-à-dire en restant tournée vers l'enfant. Le regard de la Vierge fixé sur Mariette est une nouvelle circonstance originale, inattendue et significative. Ce n'est ni par contrainte, ni par commandement, c'est en attirant que Marie se fait suivre. A quelle force obéit la petite ? A-t-elle en vue quelque point d'arrivée ? Non, elle subi la grâce, le sourire, la beauté de la Vierge, et c'est tout. Elle serait allée ainsi, fascinée par la vision radieuse, à Pepinster, à Verviers, et au-delà, jusqu'à extinction totale de ses forces.
- Nous venons de rappeler que Marie glissait à reculons tournée vers l'enfant. La Vierge franchit la petite barrière et à peine sur la route, s'arrêta. L'espace parcouru était très court, cinq ou six mètres tout au plus.
Nous savons par la suite de l'apparition que l'intention de la Vierge était de conduire l'enfant à la source. Alors pourquoi cet arrêt comme si quel qu'obstacle l'empêchait d'avancer ?
La raison est obvie (évidente). Si la prière de Marie est nécessaire, si elle doit précéder la nôtre, la nôtre n'est pas moins indispensable. Sans notre correspondance à la grâce prévenante, sans notre prière, la Vierge est en quelque sorte paralysée. Elle n'ira pas plus loin. La petite se met donc à genoux. Dans le symbole, sa génuflexion est le signe de notre correspondance. Mais cet acte de Mariette fut-il tout à fait spontané ? Il n'y a pas eu de contrainte, c'est certain, mais dans plusieurs documents on trouve des détails instructifs. La petite « s'est sentie mettre à genoux », « elle s'est vue à genoux ». Le fait a un sens. Il faut prier afin que, conduits par Marie, nous arrivions à la source, mais cette prière indispensable est autant la prière de Marie que notre propre prière est personnelle. Dans un sens qui n'est pas purement métaphorique, mais très réel, la Vierge Médiatrice vit, agit et prie en nous.
La Vierge s'arrêta une deuxième fois à mi-distance environ entre le point de départ et la source. Pourquoi ces deux arrêts qui ont interrompu le trajet ? Nous y voyons la transposition dans le symbole de l'enseignement du Christ : « Il faut toujours prier et ne pas cesser de prier ». La première partie de la formule dit la simple nécessité de la prière, la deuxième ajoute la persistance poussée jusqu'à l'importunité laquelle, nous le savons par les paraboles évangéliques, force la main de Dieu.
Nous estimons, sauf meilleur avis, que les arrêts de la Vierge et les trois « priez beaucoup » sont l'élément capital et le but de toute l'apparition.
Marie conduit Mariette à la source
- Pourquoi la marche à reculons ? On n'y a vu, généralement qu'un détail charmant dans la plus charmante des apparitions. Dans cet ensemble très sobre, très dense et systématiquement doctrinal, une particularité aussi singulière doit avoir son sens propre. Ce sens doit être suggéré par le signe.
Or, la marche à reculons, où et quand l'observe-t-on dans la vie des hommes ? Chez une seule personne, et dans une seule circonstance : c'est lorsque la mère apprend à l'enfant à faire ses premiers pas. On peut affirmer qu'elle est un acte authentiquement maternel.
Les personnes qui ont joui de ce spectacle ne s'en souviennent qu'en souriant. Le bébé est planté sur ses petites jambes. Devant lui la mère inclinée ouvre les bras et recule légèrement. Jamais la mère n'apparaît plus maternelle qu'en ce moment : tout en elle : attitude, geste, regard, sourire, rayonne de maternité. L'enfant, de son côté, remue ses petits pieds en chancelant, ses yeux ne quittent pas les yeux de sa mère. Et quand il va perdre l'équilibre, il n'a même pas le temps de tomber […] il est déjà dans les bras de sa maman, couvert de baisers. Le petit ne voulait pas autre chose. Avait-il le souci d'apprendre à marcher ou de se rendre dans un endroit quelconque ? Tout son dynamisme se concentrait dans un désir unique : rejoindre sa mère et se sentir enveloppé de tendresse.
Dieu a mis au commencement de l'Humanité ce pur reflet de son amour créateur qu'est le cœur de la mère […]
- Mariette marche vers la source sans préméditation ni prévision de sa part. Arrivée à la source, elle en reçoit l'intelligence, et comprend tout à la fois pourquoi et vers qui elle a été conduite. Ainsi se passent les choses dans la réalité spirituelle. Le Christ est le grand Inconnu. Il n'est connu que dans la mesure où Il est déjà possédé. Il est le trésor caché. Or c'est tout ensemble que l'on apprend l'existence du trésor et que l'on s'en empare. Les conquêtes de la grâce sont souvent préparées par Marie dès longtemps à l'avance. […]
- Le symbole parait achevé. Un théologien se serait peut-être arrêté ici. Mais point ne suffit d'être mis en la présence du Christ, il faut prendre contact, et, par un acte personnel et libre, s'unir à Lui. La rencontre avec le Christ est généralement redoutée. On sait qu'un renoncement sera demandé. N'est-ce pas en prévision du sacrifice à faire que tant d'âmes refusent de suivre Marie ou la lâchent en chemin ?
L'œuvre de Marie n'est donc pas encore achevée. Car sa mission ne consiste pas à mettre en présence les termes qui doivent se rejoindre, mais à opérer la jonction.
Dans le symbole, l'achèvement ne pouvait être représenté que sous la forme d'un acte extérieur : « Poussez vos mains dans l'eau ». En apparence ce n'est qu'une invitation verbale. En réalité, les paroles de la Vierge atteignirent l'âme de l'enfant en son fond. On lui demanda un jour : « Comment as-tu eu le courage de plonger tes mains dans cette eau glacée ? » « Parce qu'Elle me l'avait commandé, répondit l'enfant, avec feu. Je me serais fait tuer si Elle l'avait demandé ». La Vierge Médiatrice agit au dedans de nous, et, sans faire violence à notre liberté, facilite les soumissions qui, sans Elle, seraient impossibles à notre misérable nature déchue.
Le symbole est parfait. Marie prévient, attire par sa douceur maternelle, prie la première et suscite dans nos cœurs l'indispensable prière, met en présence du Christ, Le révèle, opère notre union avec Lui. Découvre-t-on quelqu'autre caractère de la Médiation mariale qui n'y serait pas ? Les théologiens ont proposé des analogies, mais combien sommaires et imprécises : l'aqueduc, le cou par lequel passent les influences de la tête, la main dans laquelle Dieu dépose ses dons, et d'autres peut-être du même genre.
Le symbole de Banneux est le chef-d'œuvre de la théologie analogique. Original, simple, clair, facile, ingénieux, complet, en même temps que d'une grâce qui conquiert les cœurs, il défiera à tout jamais n'importe quelle tentative pour l'égaler.
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