Foi et Contemplation

Chapelle de Banneux

Notre Dame de Banneux

par Mgr Kerkhofs

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Mgr Kerkhofs bénit la Chapelle de Vandoeuvre-les-Nancy le 17 Mai 1953

Mgr Kerkhofs bénit la Chapelle de Vandœuvre-les-Nancy le 17 Mai 1953…

Introduction

LE MILIEU

Banneux est un petit hameau des Ardennes belges, dépendant de la commune de Louveigné, situé sur un haut plateau qu'encadrent les belles vallées de la Vesdre, de la Hoègne, de l'Ambléve et de l'Ourthe.

Au nord, vers la Vesdre, le paysage est prestigieux. La route en corniche, qui monte de Nessonvaux, surplombe un cirque boisé d'une impressionnante beauté. Cette route dénommée « Voie royale » est bordée de chapelles qui rappellent certains titres royaux de Marie.

Une autre voie monte depuis Trooz jusqu'à Louveigné. Elle suit le cours du ruisseau de Mosbeux, qui serpente entre de hautes collines empanachées de sapins.

De Fraipont, une route ombragée se glisse à travers les futaies et rejoint Louveigné (cette voie offre à la prière des pèlerins ses 15 jolies stations qui évoquent les mystères du Rosaire.)

A l'est, de Pepinster, confluent de la Hoëgne et de la Vesdre, part une route très raide, qui aboutit au sanctuaire de Tancrémont, célèbre dans toute la contrée.

Le sanctuaire abrite un crucifix en bois, le « vieux Bon Dieu », très vénéré par de nombreux pèlerins.

Depuis Tancrémont jusqu'à Banneux, la route découvre toute une région coupée de bois et de pâturages. A l'arrière-plan, la ville de Spa. À l'avant-plan, le pays de Franchimont avec les ruines de son vieux château féodal (Des stations échelonnées tout au long de cette voie rappellent les sept douleurs de Marie).

Au sud, vers l'Amblève, deux routes conduisent l'une vers Remouchamps et ses grottes universellement réputées, l'autre, à travers la forêt, vers la cascade de Coo.

A l'ouest, l'horizon est barré par les crêtes de Beaufays et de Sprimont, qui dominent la vallée de l'Ourthe et ses sites ravissants.

De Banneux, l'oeil accroche des espaces qui s'étendent jusqu'à la Hollande et l'Allemagne. Les monts Hercyniens, dont fait partie le plateau de Banneux, s'élèvent à l'est jusqu'à 700 m. C'est l'Eifel, très visible en d'immenses étendues appelées la Fagne. La Fagne (déformation du mot français fange) est le nom donné à ces hauts plateaux marécageux dont les tourbières aujourd'hui encore sont exploitées par endroits.

Avant la révolution française, Banneux dépendait de la Principauté ecclésiastique de Stavelot-Malmédy. Les moines bénédictins en avaient la garde matérielle et spirituelle. Du Prieuré de Louveigné, les religieux rayonnaient dans tous les environs.

En 1361, le Prince Abbé Hugues d'Auvergne présentait à la cour de Wetzlaer une charte selon laquelle, de temps immémoriaux, les habitants de « Banneux » jouissaient d'un privilège de banalité, c'est-à-dire d'un droit d'usage sur les prés et bois de la région. De là l'origine du mot Banneux, « lieu banal », pour désigner cette portion du territoire de la Principauté, laissée à l'usage des habitants de cet endroit, dont la condition était alors très modeste.

Au nom de Banneux s'ajouta par la suite celui de Notre-Dame, non pas, comme on pourrait le penser, à cause des apparitions de la Sainte Vierge, mais en hommage de reconnaissance pour la protection remarquable dont le village fut favorisé en 1914, lors de la première guerre mondiale.

Les communes environnantes du pays de Herve apparaissaient au loin livrées à l'incendie. Terrorisés, plusieurs habitants s'étaient réfugiés au château de Banneux. Sous l'impulsion de la châtelaine, Mme Clynans, ils firent le vœu d'appeler leur village Banneux Notre-Dame s'ils étaient préservés. Les soldats mirent à feu et à sang le village voisin de Louveigné, tandis que Banneux ne subit aucun dommage.

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En 1933, Banneux compte environ 325 habitants. Il y règne la vie paisible et laborieuse de la ferme. Une jolie église (L'église de Banneux est dédiée à la Sainte Vierge et à saint Léonard, patron des prisonniers et des mineurs.
Le double patronage de saint Léonard s'explique par le fait que les prisonniers étaient condamnés au travail des mines.)
construite au siècle dernier, émerge des petites maisons qui encadrent la grand-place.

De l'église un chemin s'amorce et s'en va, en biais, rejoindre la route de Pepinster-Verviers. Un kilomètre plus loin, la route rencontre un grand bois de sapins, en un endroit humide et marécageux appelé la Fange. A l'entrée du bois, à gauche, une petite maison est blottie, isolée. C'est la maison des Beco-Wégimont.

Par devant, un jardinet. La grand-route sépare la maisonnette du bois de sapins qui lui fait face.

C'est une classique et simple demeure d'ouvrier: aucun ornement.

Au rez-de-chaussée, surhaussé de trois marches, s'ouvre la porte; à droite une fenêtre carrée assez grande. Deux chambres : celle de derrière est la chambre à coucher des enfants; celle de devant est la cuisine. Un étage avec deux fenêtres en façade.

La famille est composée du père, de la mère et de sept enfants (En 1950 la famille Beco comptera onze enfants.).

Le père, Julien Beco, est un ouvrier franc et droit; ayant vécu honnêtement, il ne craint aucun regard et parle sans détours, parfois avec une certaine brusquerie. Type du manuel honnête et courageux. il est surtout père de famille : il sort rarement; il ne fréquente ni le café, ni le cinéma; il ne lit jamais les journaux. Il s'occupe peu de l'opinion et ne recherche pas les sympathies.

Souvent la misère règne au foyer, alourdissant la tâche de la maman, petite paysanne humble, effacée et laborieuse.

Chez les Beco, on ignore le protocole le plus élémentaire. On n'y soupçonne pas qu'on puisse dire bonjour, bonsoir, témoigner autrement que par un jeu de physionomie son contentement ou son dépit. L'expression est directe et franche : le oui et le non, sans nuances et sans intermédiaires. On y emploie des mots de terroir et des bribes de français que renforce une mimique expressive.

La franchise nue et brutale caractérise les Beco.

Au dossier de l'enquête, les dépositions des témoins et des visiteurs qui ont eu un contact direct avec la famille Beco sont toutes concordantes. C'est une note unanime de sympathie et même, à certains égards, d'admiration à l'endroit des époux Beco.

Le courage, très rare aujourd'hui, d'accepter les charges d'une très nombreuse famille et le total dévouement qu'ils consacrent à leur tâche sont suffisants pour juger de leur qualité d'âme.

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C'est dans ce milieu fruste, dépouillé de toute convention sociale comme de toute pratique religieuse régulière qu'a grandi Mariette, la première des enfants Beco, née le Vendredi Saint 25 mars 1921, au jour anniversaire de l'Annonciation. Issue de cette souche humble et saine, elle a poussé toute seule, sauvage, au grand air, dans la brousse.

Le Dr Heuse, médecin de la famille, atteste que sa croissance fut régulière et que l'enfant fut toujours bien portante et robuste.

Sa tâche principale est de veiller sur ses frères et sœurs. Elle acquiert un esprit pratique qui la porte peu à la rêverie, d'autant qu'en dehors des bois elle ne connaît aucune distraction, ni livres, ni journaux, ni cinéma.

Dépouillée de tout artifice, elle ignore la feinte. Au jeu, elle passe inaperçue; elle ne cherche pas à le conduire mais en accepte difficilement la discipline. Elle est obéissante, mais aussi très raide, parce qu'elle-même doit imposer obéissance à ses frères et sœurs.

Elle est tout le contraire d'une fillette émotive, à soubresauts. Elle est d'un tempérament positif, accordé avec les soucis matériels dont déborde sa famille. Elle est réfléchie et sait garder son sang-froid.

Son développement intellectuel est un peu en retard; elle est réaliste, sans verbiage, sans imagination. Elle a la mémoire des choses plus que des mots. Elle oublie facilement les circonstances ou incidents secondaires dont les faits sont encadrés. Elle se souvient d'un détail sans le relier à l'ensemble dont il fait partie. L'expertise officielle du médecin chargé de mesurer ses capacités d'imagination (test de Binet-Simon) conclut à une étonnante pauvreté de cette faculté.

Mariette n'était pas pieuse. Elle reflétait l'image de son milieu familial, qui n'avait guère le souci des choses religieuses.

Elle avait été admise au petit catéchisme le 20 mai 1931. Durant cette première année qui se terminait en avril 1932, elle avait été peu assidue. Souvent même elle avait manqué à la messe du dimanche. Ses trois bulletins trimestriels portent la mention : zéro.

Au début de la seconde année, Mariette fut plus régulière au catéchisme; mais elle comprenait très peu. Elle est classée cinquième sur cinq. Après les grandes vacances, les anciennes habitudes reprirent le dessus. Du 15 septembre au 29 octobre 1932, elle assiste quatre fois aux leçons. Pas une fois elle ne répond convenablement aux interrogations. Son bulletin mentionne à nouveau : zéro sur toute la ligne.

Les instances du chapelain n'eurent d'autre résultat qu'une rupture complète.

- Puisque le curé te tracasse, ne va plus au catéchisme, disait le père Beco à sa fille.

Aussi bien, à partir du 29 octobre 1932, ne la vit-on plus ni aux leçons ni à la messe.

Elle évitait de rencontrer le chapelain; elle s'esquivait quand elle l'apercevait. Si, à l'occasion d'une visite à l'école, le chapelain l'exhortait à mieux faire, elle ne répondait rien, butée et têtue. Elle n'ignorait pas qu'à s'obstiner ainsi, elle serait refusée à la communion solennelle. Elle n'en était pas peinée et ses parents paraissaient indifférents.

De tout le village, Mariette semblait l'enfant la plus éloignée de Dieu et la moins préparée à une manifestation mystique.

A cette époque, le chapelain de Banneux était M. l'abbé Louis Jamin, né à Liège le 18 octobre 1898.

Ordonné prêtre en mai 1923, il avait exercé les fonctions de vicaire en la paroisse Saint-Barthélemy de Liège jusqu'au 2 février 1928. À cette date, pour raison de santé, il avait été transféré à Banneux. On espérait que l'air vivifiant de la contrée et les loisirs que laissait un ministère peu chargé lui rendraient bientôt ses forces.

Voici le témoignage que donne de lui la Commission d'enquête :

« L'élément qui domine dans son caractère est la volonté, non pas raide et cassante, mais ferme et constante. L'Abbé Jamin donne l'impression d'un homme qui se surveille et qui est arrivé à se posséder habituellement. Il n'est certes pas crédule, mais il est sympathique au surnaturel. Sa droiture est au-dessus de tout soupçon. Il est assez attentif et perspicace pour qu'on doive reconnaître que chez lui l'illusion, si elle se présente, ne sera jamais grossière ».

Placé subitement en face de graves responsabilités, M. l'Abbé Jamin, dès les premiers jours, est resté en contact étroit et constant avec son Évêque. Il n'entreprit quoi que ce soit sans son conseil et sans son approbation.

On doit à la prudence de M. l'Abbé Jamin des documents précieux.

D'abord, les interrogatoires auxquels il a soumis la petite voyante après les apparitions. Ensuite deux autres recueils intitulés : Exposé des faits et Les à-côté, où il relate toute observation concernant les événements de Banneux et ses réflexions à leur sujet.

Le Secrétariat de Sa Sainteté Pie XII approuve le livre “Banneux Notre-Dame” écrit par Monseigneur Kerkhofs.

Entête du Secrétariat de sa Sainteté Pie XII

Entête du Secrétariat de sa Sainteté Pie XII

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