Foi et Contemplation

Chapelle de Banneux

Louis Jamin

Chapelain de Banneux de 1927 à 1961

Amand Geradin

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Préface de Jacques Leclerc

H. RESSAIN : Editeur 1962

Imprimatur : Leodii, 184196 J. Heuschen, Vic. Gen.

J'ai connu Banneux… avant Banneux, ou avant que Banneux fût Banneux Notre-Dame, quand c'était le petit village perdu aux environs de Louveigné, qu'Amand Géradin décrit au III des pages qu'on va lire.

Je passais une partie de mes vacances à Remouchamps où j'avais de la famille, et un de mes amis m'avait dit : « Quand tu iras à Remouchamps, va voir le chapelain de Banneux, l'abbé Jamin. C'est un jeune prêtre maladif qu'on a mis là pour qu'il reprenne des forces, et c'est un homme de Dieu. » J'ai toujours aimé les hommes de Dieu. D'autres préfèrent les stars de cinéma.

Je m'en fus donc un après-midi. De Remouchamps qui est sur l'Amblève, on monte à Louveigné, et Banneux est un peu plus loin. Une promenade d'une heure et demie de marche ; en ce temps-là on faisait cela tout naturellement.

Je trouvai Banneux comme Amand Géradin le décrit, sauf que l'église me parut assez laide. Mon opinion n'a pas changé. Géradin la juge autrement ; je ne sais s'il se croit obligé de la trouver belle, parce que c'est l'église de Banneux. Je me souviens de la petite place autour de l'église. Du presbytère, je n'ai gardé aucun souvenir. Le chapelain paraissait assez chétif, comme on me l'avait dit. Je ne me souviens plus du tout non plus de ce que nous avons dit ; je me souviens seulement que je sortis enchanté, avec l'impression qu'effectivement, j'avais rencontré un prêtre vraiment surnaturel.

Cela devait se passait en 1929. Je ne l'ai plus jamais revu. Peu après sont arrivés les événements de Banneux ; ils ont fait de l'abbé Jamin un homme fort occupé ; et il me semble plus délicat de ne pas déranger les hommes occupés.

Naturellement, je suis souvent retourné à Banneux depuis lors ; j'ai suivi les événements et je me suis rendu compte que tout cela « sentait bon ».

Je ne sais si le lecteur comprend cette expression, mais il me semble que c'est la seule façon de s'exprimer. En tout cas, on comprendra dans un instant.

Tout d'abord, en lisant le récit des événements de Banneux, j'ai été frappé par la façon dont le chapelain avait mené l'affaire. Il avait évité tout ce qui pouvait susciter des mouvements de foule, toujours un peu suspects ; il avait interrogé Mariette en particulier, n'avait rien dit qui fût de nature à gonfler l'affaire, affectant au contraire de n'y attacher aucune importance. Puis, quand tout a été fini, il est allé trouver son évêque. Tout cela était sérieux, pondéré.

Une toute petite chapelle

Une toute petite chapelle

Par la suite, quand je suis venu à Banneux, j'ai trouvé une toute petite chapelle et, dès la première fois, une grande maison pour les pauvres. La Sainte Vierge avait dit : « Je suis la Vierge des pauvres ». Le chapelain l'a prise au mot ; il a d'abord fait une maison pour les pauvres. On lira plus loin la description de la chapelle, et cette description donne l'impression que cette chapelle est un monument fort important. Ai-je l'esprit mal tourné ? J'ai toujours eu l'impression qu'elle était étrangement insignifiante en regard des bâtiments pour les pauvres, pour les malades, pour les enfants débiles qui poussaient de tout côté, constituant cette « Cité mariale » dont il est aussi question plus loin.

Une toute petite chapelle et de grands bâtiments où s'exprime la charité envers les malheureux de toute espèce.

La chapelle est jolie, l'abbé Jamin était un homme de goût ; mais là n'est pas la question. Il aurait pu vouloir d'abord construire une basilique ; il a construit une petite chapelle et de grands bâtiments pour les pauvres, pour les malades, pour les enfants. Quelques années après les apparitions, quand je retournais à Banneux, je trouvais le village tout bruissant de cris d'enfants.

La Cité mariale est une cité de charité. Charité de qui ? De la Sainte Vierge pardi, et de l'abbé Jamin aussi. C'est la même. Elle a dit : « Je suis la Vierge des pauvres ». Il a sauté dessus et il l'a prise au mot. Banneux s'occupera donc d'abord des pauvres. Sans doute, la Sainte Vierge a-t-elle dit cela, parce qu'elle savait qu'il y avait là un chapelain qui la comprendrait.

Ici des sceptiques vont me dire : « Il a compris cela, parce qu'il l'avait en tête. » Mais non, c'est à Mariette qu'elle l'a dit, et Mariette était une petite fille arriérée qui ne pensait à rien et ne savait même pas que se pose aucun des problèmes auxquels nous pensons.

La Sainte Vierge aime les malheureux. Le chapelain a compris que, pour lui plaire, il faut réunir auprès de son sanctuaire les malheureux. L'intérêt de Banneux est d'être une cité de misères.

Tout cela sent bon. J'espère que le lecteur comprend maintenant. Et c'est vraiment la sainte Vierge. On la reconnaît : c'est comme cela qu'elle est. L'abbé Jamin ne s'est pas trompé ; il la connaissait bien.

Il est vrai qu'il avait des tentations contre la foi. On doit le croire, puisque c'est écrit : on le verra plus loin. Je ne me charge pas d'expliquer, mais je puis simplement dire que, quand je l'ai vu, il ne m'a pas donné cette impression.

Et il faut encore y ajouter l'évêque. Toute la Belgique sait que Monseigneur Kerkhofs était un homme de Dieu. Il avait sans doute d'autres qualités, mais Dieu mangeait tout. C'était simplement un homme de Dieu, ouvert à tout ce qui vient de Dieu, ayant un flair qui paraissait connaturel, pour sentir ce qui vient de Dieu. Et il a accompli ce petit prodige, étant Limbourgeois et Flamand, de se faire aimer par les Liégeois, comme aucun évêque ne l'a peut-être été. Sans rien faire d'ailleurs pour se rendre populaire, simplement en étant ce qu'il était, un homme de Dieu.

Le chapelain de Banneux était son fils spirituel ; c'est lui qui l'avait formé. Quand le chapelain vint lui raconter l'histoire, lui aussi perçut sans doute que cela « sentait bon ».

Mais oui, dans tout cela, il y a quelque chose de clair, de propre, de simple.

Je n'ai pas parlé de Mariette. On en parlera dans les pages qui suivent, un peu plus, mais sans insister, car il s'agit ici d'une vie de l'abbé Jamin. Je dirai simplement que Mariette est du genre des enfants auxquels la Sainte Vierge apparaît. Des enfants qui n'y penseraient jamais par eux-mêmes, et qui sont trop peu développés et trop peu instruits pour inventer quelque chose. La Sainte Vierge n'apparaît jamais à des enfants de riches, ni à des premiers de classe. C'est un peu humiliant, mais s'il y a des enfants de riches et des premiers de classe qui lisent cette histoire, je dois bien les prévenir : ils n'ont aucune chance que la Sainte Vierge leur apparaisse.

Et je dois encore dire, avant de terminer, que je suis, moi-même, de ces malheureux qui n'ont aucune chance que la Sainte Vierge leur apparaisse. A moins qu'elle ne veuille un jour me faire la nique. Car je dois aussi dire que je n'aime pas beaucoup les apparitions. Ma religion n'a pas besoin de cela, et je préférerais même que la Sainte Vierge n'apparaisse pas. Mais elle ne me demande pas mon avis ; et s'il lui plaît d'apparaître, si c'est vrai, je dois bien le reconnaître. Refuser de reconnaître la vérité, quand elle ne s'accorde pas à votre système, est prétentieux et malséant. Il y a d'ailleurs beaucoup de gens qui font cela.

Je n'ai donc pas besoin d'apparitions. Je m'entends fort bien avec la Sainte Vierge sans cela ; je l'aime beaucoup et je crois qu'elle m'aime bien aussi. En tout cas, elle est très bonne pour moi. Mais, en ce qui concerne les apparitions, je suis un peu comme saint Louis, le roi de France, à qui on racontait que Notre-Seigneur était apparu dans une hostie, que tout le monde courait voir, et à qui on demandait pourquoi il n'y allait pas aussi. « Je crois à la présence réelle », répondit-il, « cela n'ajoutera rien à ce que je sais de voir le Christ dans une hostie ». Ma religion est de ce genre.

Quand elle veut comme elle veut

Où Elle veut quand Elle veut…

Et peut-être mon témoignage a-t-il par là plus de valeur.

En terminant je m'aperçois que j'ai oublié l'essentiel. Quand on écrit une préface, on doit d'abord faire l'éloge du livre qu'on préface, et de l'auteur. Mais je ne pense jamais à faire ce qu'on doit faire. Je suis un être parfaitement inconvenant.

Et je ne trouve qu'une chose à dire : lisez le livre et vous verrez.

Jacques LECLERC

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