Foi et Contemplation

Chapelle de Banneux

Louis Jamin

Chapelain de Banneux de 1927 à 1961

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Chapitre I

Le futur chapelain de Banneux naît à Liège, le 18 octobre 1898, en la fête de Saint-Luc, second enfant d'une famille qui devait en compter huit. Ses parents, Henri Jamin et Jeanne Winandy, lui donnent au baptême le prénom de Louis. Que sera la vie de Louis Jamin, sinon celle d'un enfant de Dieu et de Marie, dont les yeux ne se sont jamais détachés du ciel et qui aimait comme il respirait ? Enfant de Dieu et de Marie : Le don d'enfance qu'il a reçu avec l'existence ne s'est jamais altéré en lui. L'a-t-il jamais possédé plus pleinement qu'à l'époque de ses cheveux blancs, quand fillettes et garçons du Home piaillaient autour de lui comme des poussins ? Mais nous sommes encore loin du château des Fawest et du plateau banneusien. Le foyer Jamin-Winandy, qui compte déjà trois fils, Albert, Louis et Marcel, vit dans une maison de la rue du Pont où la grand'mère maternelle avait commencé un commerce d'aunages et de denrées coloniales. Ce sera le premier de la chaîne des magasins de la Vierge Noire.

Louis a cinq ans. Il a souvent décrit le monde qui l'entoure à cet âge où il prend conscience de son existence. Sa mère, qui, comme toutes les mamans, doit peiner au sortir d'une jeunesse dorée, est douce et belle ; la bonté est le trait marquant de son père, qui continue l'industrie paternelle.

La première sortie du gamin liégeois est une manière d'expédition dans cette vieille artère de la Cité ardente toute proche des Halles et de la place du Marché, que martèlent les sabots de la plèbe, où les jurons se croisent dans un wallon savoureux, où les chiens sommeillent sous les charrettes des gagne-petits, où les éventaires débordent sur les trottoirs, étalent leurs couleurs et répandent leurs senteurs. Quelle richesse d'imagerie parisienne, et pourtant, dans la souvenance de Louis, quel sentiment de frustration ! Le bambin étouffe dans ce couloir d'où ses yeux ne découvrent qu'une tranche du ciel mélancolique ; il s'étiole dans une maison parcimonieuse d'air et de lumière.

Madame Jamin a confié à ses frères la responsabilité du commerce dont le magasin est orné d'une statue de la Vierge Noire des Récollets de Verviers. Ainsi, la famille Winandy, originaire de la ville lainière, avait posé la première pierre d'un vaste édifice qui devait un jour compter plus de vingt-cinq maisons.

Quand Louis revoit par la pensée le nid de son enfance, il monte un escalier obscur en colimaçon et atteint sa chambre à coucher où, dans la pénombre, gronde un poêle à feu continu. Double souffrance, car il a une horreur instinctive du feu et de la nuit.

La famille Jamin ne séjourna pas longtemps dans cette triste demeure. Elle put s'installer presqu'en face, dans une maison plus confortable, où fut ouvert le second magasin de la Vierge Noire. La nouvelle chambre de Louis donnait sur la rue ; les silhouettes des passants s'y reflétaient ; il voyait déambuler à son plafond des ombres mystérieuses qui le portaient à la rêverie.

Est-ce à dire que rien n'éclaire les sombres journées du petit citadin ?

Déjà, il s'attache à la vie paroissiale dans laquelle l'intègre la piété de ses parents, il aime sa vieille église Saint-Antoine dont il sent fortement l'ambiance et surtout il est entouré d'affection. Son père, sa mère, ses frères et sa marraine le choient d'autant plus que sa santé n'est pas brillante. Nous avons dit « sa marraine ». Il s'agit de sa tante, Mademoiselle Louise Jamin. Ange de dévouement, celle-ci avait renoncé à un mariage brillant pour seconder sa mère qui eut jusqu'à dix-sept enfants. A la naissance de Louis, elle reporta sur son filleul tous ses sentiments maternels et elle exercera sur lui une heureuse et profonde influence.

La santé de cet enfant peu robuste exige de continuels ménagements, ses poumons ont un besoin inassouvi d'air vivifiant. De là, sans doute, provient son amour de la campagne et, particulièrement, la passion qu'il a vouée à Vivegnis. Car, à Vivegnis, sur les coteaux verdoyants de la Meuse, sa famille possède une maison de campagne, où elle passe dimanches, congés et vacances.

Même à la fin de sa vie, il ne pourra reparler de Vivegnis sans que des larmes mouillent ses yeux. Vivegnis fut le paradis terrestre, le Banneux de sa première enfance. C'est là que ses yeux ont découvert la nature, que son cœur s'est enfin épanoui.

Un jour de printemps de l'an 1923, âgé de vingt-cinq ans, Louis voulut revoir avec son frère Marcel ce pays de Vivegnis qui avait ensoleillé ses premières années.

L'abbé Louis Jamin séminariste

L'abbé Louis Jamin séminariste

Au soir de ce pèlerinage, il nota ses impressions : « - Les heures d'antan renaissent avec leurs souvenirs que cachaient les eaux, ils se lèvent en foule.

Parlez-moi, anciens amis.

- Là-bas, vois ton ancien village, le plus joli pour toi, car il a vu ton premier printemps.

Plus que le printemps d'un an, celui de ta vie.

Tu l'as cru mort, et le revoici plus jeune que jamais.

Il reste dans ta mémoire comme ces jardins fleuris où les lourds pavots balancent leurs graines.

Et Dieu les fait revivre, malgré ton art à les voiler.

Sa miséricorde te les rend.

La première vision qui te jeta, troublé, en Lui n'est pas morte.

Je dis : Merci, Père.

- Le ciel est de son plus pur azur au-dessus de ma tête.

Il n'a pas changé comme celui de mon âme œ »

C'est bien un Jamin. Tous les Jamin naissent, un pinceau à la main.

Chaque dimanche, le père de Louis peignait d'après nature. Quatre membres de la famille se mesuraient dans une émulation affectueuse. Ils consacraient leurs loisirs du dimanche à tâcher de rapporter le meilleur tableau. Le chef de file, l'abbé Isidore Frison , également doué pour la sculpture, était curé à Koningsheim, pays de cocagne des artistes. Il joua un rôle déterminant dans la vocation de ses neveux, Émile et Léon Jamin, qui se sont fait un nom dans la peinture liégeoise.

Accaparé par son industrie, Henri - le père de Louis - ne put guère céder à son amour de l'art ; il n'en fut pas moins un amateur remarquable. Quant à la marraine, la tante Louise, elle adorait à ce point les fleurs qu'elle vivait dans les géraniums, les pétunias et les capucines.

Quand Louis se remémore ses vertes années, sa passion de la nature est intimement liée à son amour naissant pour Dieu. Il se revoit dans l'herbe tendre des prairies d'Oupeye, couché sur le dos, le nez en l'air, les bras croisés sous le cou. Il entend la cloche de l'église, il regarde courir les nuages blancs, et ses yeux boivent l'azur du ciel.

Il vit intensément une parole que la sœur répète tous les jours à l'école : Dieu est partout. Même la Sainte Vierge n'est pas absente de Vivegnis. Au croisement de deux chemins poudreux qui descendent vers le canal, sont blotties deux petites chapelles blanches érigées en l'honneur de l'Immaculée. Quand la famille passe par là, le père Jamin prend Louis dans ses bras, le hisse jusqu'à hauteur des barreaux.

L'enfant distingue alors l'image de la Mère du Ciel et récite un ave en lui jetant des fleurs. C'est une petite chapelle comme celle-là que le Chapelain de Banneux bâtira un jour pour la Vierge des Pauvres.

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