Foi et Contemplation

Marie

Maximes éternelles,
ou méditations
pour chacun des jours de la semaine.
De Saint Alphonse de Liguori

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Actes préparatoires à la Méditation.

I.

Ô mon âme ! ranime ta foi en la présence de Dieu. Mets-toi devant lui et adore-le profondément.

II.

Humilie-toi aux pieds de ton Dieu et demande-lui pardon de tout ton cœur.

III.

Demande à Dieu ses lumières pour l'amour de Jésus-Christ. Recommande-toi à la très Ste-Marie et aux Saints. Ave Maria, Gloria Patri.

Lisez ensuite doucement la méditation. Après chaque point, considérez la maxime éternelle qui en fait le sujet. La considération étant faite, prenez la résolution spéciale de renoncer à tel ou tel défaut, et faites les actes suivants.

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MÉDITATION POUR LE DIMANCHE.
MÉDITATION POUR LE LUNDI.
MÉDITATION POUR LE MARDI.
MÉDITATION POUR LE MERCREDI.
MÉDITATION POUR LE JEUDI.
MEDITATION POUR LE VENDREDI.
MÉDITATION POUR LE SAMEDI.

MÉDITATION POUR LE DIMANCHE.
La mort.

I.

Considère, ô mon âme ! que l'être dont tu jouis, c'est Dieu qui te l'a donné, en te créant à son image, quoique tu en fusses indigne ; il t'a adoptée pour sa fille par le saint baptême, il t'a aimée plus qu'un père, et il t'a créée pour que tu l'aimasses et le servisses en cette vie, afin d'aller ensuite jouir de lui dans le Paradis. Tu n'as pas reçu la vie pour jouir des plaisirs, être riche et puissante, pour manger, boire et dormir comme les brutes ; mais uniquement pour aimer ton Dieu et faire ton salut éternel. Dieu a mis les choses crées à ton usage, comme des moyens d'arriver à ta glorieuse fin. Malheureux que je suis ! j'ai pensé à tout excepté à ma destination ? ? mon père ! pour l'amour de Jésus, faites que je commence une nouvelle vie toute sainte et conforme à votre divine volonté.

II.

Considère qu'à l'heure de la mort tu éprouveras de grands remords, si tu n'as été attentive à servir le Seigneur. Quelle sera ta douleur lorsqu'à la fin de tes jours tu t'apercevras qu'il ne te reste plus qu'un peu de fumée de toutes tes richesses, tes grandeurs, tes gloires et tes plaisirs ! Tu te désoleras de voir que, pour des vanités et des choses viles., tu as perdu la grâce de Dieu, et que tu n'es plus à temps de réparer le mal et de rentrer dans le bon chemin. Ô désespoir ! ô tourment ! tu sauras alors combien le temps est précieux, mais il sera trop tard ! tu voudras l'acheter au prix de ton sang, mais tu ne pourras. Jour amer pour qui n'a pas aimé Dieu !

III.

Considère combien on néglige sa fin. On pense à amasser des trésors, on pense à manger, à danser, à s'amuser, et l'on ne pense pas à servir Dieu, et l'on ne songe pas à sauver son âme ! on regarde l'éternité comme une fable ! Ainsi la plupart des chrétiens buvant, chantant, dansant, courent au gouffre infernal ! Oh ! s'ils savaient ce que veut dire ce mot : Enfer ! Ô hommes que de peines vous vous donnez pour vous damner, et vous ne faites rien pour vous sauver. Le secrétaire d'un roi d'Angleterre mourut en disant : Malheureux que je suis ! j'ai employé tant de papier pour écrire les lettres de mon maître, et je n'en ai pas employé une seule feuille à l'examen de mes péchés ! Philippe III, roi d'Espagne, prononça ces paroles au lit de la mort : Oh ! si j'avais passé ma vie, dans un désert, à servir Dieu ! Oh ! si je n'avais jamais été roi ! Mais que servent au mourant ces regrets et ces plaintes ? Ils ne font qu'augmenter son désespoir. Apprenez aux dépens des autres à travailler à l'œuvre de votre salut, si vous ne voulez faire comme eux une mort désolée. Songez que tout ce que vous faites, dites ou pensez sans le but de plaire à Dieu, est entièrement perdu. Allons ! il est temps de changer de vie. Eh ! quoi, attendrez-vous pour vous désabuser d'être aux portes de l'éternité, à l'entrée de l'enfer, en ce moment où il n'est plus temps de réparer son erreur ? Mon Dieu ! pardonnez-moi, je vous aime par dessus tout. Je me repens infiniment de vous avoir offensé. Marie, mon espérance, priez Jésus pour moi.

MÉDITATION POUR LE LUNDI.
Importance du salut.

I.

Considère, ô homme, combien il t'importe d'obtenir ta fin. Il y va de tout pour toi ; car, si tu l'obtiens cette fin, tu seras rassasié à jamais, heureux à jamais dans ton âme et dans ton corps ; mais si tu la laisses échapper, tu perdras ton âme et ton corps, Dieu et le Paradis ; tu seras éternellement misérable, tu seras pour toujours damné. La première des affaires, la plus pressante de toutes, la seule nécessaire, c'est donc de servir Dieu et de sauver son âme. Ne dites donc plus : Maintenant je veux me satisfaire ; ensuite, je me donnerai à Dieu, et j'espère me sauver. Oh ! combien de chrétiens cette folle espérance a entraînés dans l'abîme ! Eux aussi ils disaient ce que vous dites maintenant. Ils sont damnés et perdus sans retour. Aucun d'eux n'aurait voulu se damner. Dieu punit ceux qui pèchent par l'espérance du pardon. Maledictus homo qui peccat in spe. Vous dites : Je vais faire ce péché, puis je m'en confesserai. Qui sait si vous en aurez le temps ? Qui vous garantit que vous ne mourrez pas tout de suite après le péché ? En attendant, vous perdez la grâce de Dieu ! et si vous ne pouviez plus la recouvrer ! Dieu est miséricordieux pour ceux qui le craignent, et non pour ceux qui le méprisent. Et misericordia ejus timentibus eum. (Luc. I.) Ne dites pas : Autant se confesser pour trois péchés que pour deux ; car il vous en pardonnera deux, et ne vous pardonnera pas le troisième, Dieu supporte pendant un certain temps, mais il se lasse enfin. In plenitudine peccatorum puniat. (2, Mach. 6. 14.) Quand la mesure est comblée, Dieu ne pardonne plus ; il châtie, il fait mourir le pécheur et l'abandonne. De péché en péché celui-ci tombe dans l'enfer ; châtiment pire que la mort. Faites attention, mon frère, à ce que je vous dis : Rompez avec le monde, donnez-vous à Dieu. Craignez que ce ne soit ici le dernier avertissement de Dieu ; vous l'avez assez offensé, il vous a assez supporté. Tremblez ! peut-être un nouveau péché mortel scellera votre sentence ! Songez qu'il s'agit de votre âme et de l'éternité. Que d'hommes cette grande pensée de l'éternité a retirés du monde et envoyés vivre dans les cloîtres, dans les déserts et dans les cavernes ! Malheureux ! que me reste-t-il de tous les péchés que j'ai commis ! j'ai troublé mon cœur, j'ai attristé mon âme, j'ai mérité l'enfer, j'ai perdu Dieu. ? mon Dieu, ô mon père, enchaînez-moi à votre amour !

II.

Considère que l'affaire du salut est la plus négligée ; on songe à tout, excepté à se sauver. On trouve du temps pour tout, excepté pour Dieu. Qu'on dise à un mondain de fréquenter les Sacrements, de faire une demi-heure d'oraison par jour ; il répondra : J'ai des enfants, j'ai des neveux, j'ai des terres, j'ai affaire ! Insensé ! N'as-tu donc pas d'âme ? engage tes richesses, appelle tes enfants, tes neveux, pour t'aider à l'heure de la mort, et te tirer de l'enfer si tu es damné. Ne te flatte pas de pouvoir accorder ensemble Dieu et le monde, le Paradis et le péché. L'affaire de ton salut n'est pas une affaire à traiter tout à ton aise ; il faut te faire violence à toi-même, si tu veux obtenir la couronne immortelle. Que de chrétiens comptaient servir Dieu plus tard et se sauver, qui sont maintenant en enfer ! Quelle folie de penser toujours à ce qui finit si vite, et de penser si peu à ce qui ne doit finir jamais ! Chrétien, prends garde à ce que tu fais ! Songe que dans peu tu disparaîtras de cette terre, et que tu iras dans la maison de ton éternité. Malheur à toi, si tu te damnes ! ton infortune sera sans remède !

III.

Considère, chrétien, et dis : J'ai une âme ; si je la perds, tout est perdu. J'ai une âme ; si en la perdant je gagne un monde, quel sera mon profit ? Si je deviens un grand homme, et que je perde mon âme, à quoi me servira ma gloire ? Si j'amasse des trésors, si j'illustre ma maison, si j'agrandis mes enfants, et que je perde mon âme, de quelle utilité tout cela me sera-t-il ? de quoi ont servi les grandeurs, les plaisirs, les richesses à tous ceux qui ont vécu dans ce monde, et qui maintenant pourrissent dans leur fosse et brûlent dans l'enfer ? Si donc mon âme est à moi, si j'ai une âme, et que je la perde, elle est perdue pour toujours.
Je dois donc songer à me sauver. C'est un point trop important. Il s'agit d'être toujours heureux ou toujours malheureux. Ô mon Dieu ! j'avoue que jusqu'à présent j'ai vécu en aveugle ; j'ai erré loin de vos saintes voies, je n'ai pas songé à sauver mon âme. Ô Père ! sauvez-moi, pour l'amour de Jésus-Christ, je consens à perdre tout ce que j'ai, pourvu que je ne vous perde pas, ô mon Dieu ! Marie, mon espérance, sauvez-moi par votre intercession.

MÉDITATION POUR LE MARDI.
Le péché mortel.

I.

Considérez qu'ayant été créé par le Seigneur pour l'aimer, vous vous êtes révolté contre lui avec une infernale ingratitude ; vous l'avez traité en ennemi, vous avez méprisé sa grâce et son amitié. Vous saviez que vos péchés lui causaient du déplaisir, et vous les commettiez. Celui qui pèche tourne le dos à Dieu ; il l'insulte, il lève la main pour lui donner un soufflet ; il afflige son cœur. Et afflixerunt spiritum sanctum ejus (Is. 153.). Le pécheur dit à Dieu par son péché : Éloigne-toi de moi, je ne veux pas t'obéir, je ne veux pas te servir, je ne veux pas te reconnaître pour mon roi, je ne veux pas te reconnaître pour mon Dieu ; mon Dieu, c'est mon plaisir, c'est mon intérêt, c'est ma vengeance. C'est ainsi que vous dites en vous mêmes quand vous préférez la créature à Dieu. Ste-Madeleine du Pazzi ne pouvait concevoir qu'un chrétien fît un péché mortel, les yeux ouverts ; et vous, lecteur, qu'en dites-vous ? combien en avez-vous commis ! Mon Dieu ! pardonnez-moi, ayez pitié de moi. Je vous ai offensé, ô bonté infinie ! Je hais mes péchés, je vous aime, je me repens de vous avoir outragé si injustement, ô Dieu digne d'un amour infini !

II.

Considérez que lorsque vous étiez sur le point de faire un péché, Dieu vous disait : Mon fils, je suis ton père et ton Dieu ; c'est moi qui t'ai tiré du néant ; je t'ai racheté au prix de mon sang. Je te défends de faire ce péché sous peine de ma disgrâce. Mais vous, en péchant, vous direz à Dieu : Seigneur, je ne veux pas vous obéir, je veux jouir des plaisirs, et peu m'importe que cela vous déplaise, je me soucie peu de votre grâce. Dixisti non serviam. Ô mon Dieu ! C'est ce que j'ai fait plusieurs fois. Comment avez-vous pu le supporter ? Que ne suis-je mort avant de vous avoir offensé ! je ne veux plus vous déplaire, je veux vous aimer, ô bonté infinie ! Donnez-moi la persévérance ; donnez-moi votre saint amour.

III.

Considérez que, quand les péchés montent à un certain nombre, Dieu abandonne le pécheur. Dominus patienter expectat ut cum judicii dies advenerit in plenitude peccatorum puniat. (Mach. 6. 14). Mes frères, si vous êtes tentés de nouveau ne dites plus, je m'en confesserai après. Et si Dieu vous faisait mourir alors ! alors si Dieu vous abandonnait ! que deviendriez-vous pour toute l'éternité ? C'est ainsi que tant de pécheurs se sont perdus. Ils attendaient le pardon, mais la mort vint et ils se sont damnés ; tremblez que la même chose ne vous arrive ! Il est indigne de miséricorde celui qui se prévaut de la bonté de Dieu pour l'offenser. Après tant de péchés que Dieu vous a pardonnés, vous avez raison de craindre qu'au premier péché mortel que vous ferez, Dieu ne vous pardonne plus. Remerciez-le de vous avoir attendus jusqu'à présent, et prenez dès aujourd'hui la résolution de plutôt mourir que de pêcher encore. Dites : Seigneur, je vous ai assez offensé ; je ne veux plus vous offenser à l'avenir, car vous ne le méritez pas ; je veux employer ma vie à vous aimer et à pleurer les offenses que je vous ai faites. Je m'en repens de tout mon cœur ; mon Jésus, je veux vous aimer ; donnez-m'en la force ! Marie, ma mère, aidez-moi. Amen.

MÉDITATION POUR LE MERCREDI.
La mort.

I.

Considère, ô homme, que cette vie doit finir ; déjà ta sentence est prononcée : tu dois mourir ! La mort est certaine.
Mais on ne sait pas quand elle viendra. Que faut-il pour que tu meures ? Une goutte de sang qui tombe sur ton cœur, une veine de ta poitrine qui se rompe, une suffocation de catarrhe, un mouvement impétueux du sang, un petit animal venimeux qui te morde, une fièvre, une piqûre, une plaie, une inondation, un tremblement de terre, un coup de foudre suffit pour t'ôter la vie. La mort viendra te surprendre quand tu t'y attendras le moins. Combien de personnes le soir se sont couchées, et ont été trouvées mortes le lendemain ! Cela ne peut-il t'arriver aussi ? Qu'il y en a qui sont morts subitement qui n'auraient jamais cru faire une telle mort, et qui cependant l'ont faite ? Et s'ils moururent dans le péché, où sont-ils maintenant ? Où seront-ils éternellement ? Quoi qu'il en soit, il est certain qu'un temps viendra où il fera nuit pour toi, et jamais plus jour ; ou bien éternellement jour, et jamais plus nuit. Je viendrai, dit Jésus-Christ, secrètement et à l'improviste, comme un voleur. Ton bon maître te le dit, d'avance, parce qu'il veut ton salut. Profite de son avertissement, réponds à son attente, prépare-toi à bien mourir avant que la mort soit venue. Estote parati. Il ne faut pas alors se préparer, mais se trouver prêt. Il est certain que tu dois mourir, le drame de la vie doit finir pour toi, et tu ne sais pas quand. Peut-être dans un an, dans un mois, demain même, peut-être tu ne seras plus ! Mon Dieu, éclairez-moi, pardonnez moi.

II.

Considère qu'à l'heure de la mort tu te trouveras étendu dans un lit, assisté par le prêtre qui te rappellera ton âme ; tes parents t'entoureront et te pleureront ; le crucifix sera sous tes yeux, un cierge à tes pieds ; tu seras sur le point de passer dans l'éternité. Ta tête sera pesante, tes yeux seront obscurcis, ta langue sera brûlante, tes dents fortement serrées, ta poitrine oppressée, ton sang glacé, ta chair desséchée, ton cœur brisé ; tu quitteras tout ; nu et livide, on te jettera dans une fosse fangeuse ; les vers et les rats viendront y manger ton corps, et il ne restera de toi que quatre ossements arides, un peu de poussière infecte ; et rien de plus. Ouvre un tombeau et vois ce qu'est devenu ce riche, cet avare, cette femme si vaine ! Ainsi finit la vie. A l'heure de la mort tu te verras entouré de démons qui feront passer sous tes yeux tous les péchés que tu as commis dès ton enfance. Aujourd'hui le démon, pour t'entraîner dans le péché, excuse tes fautes. Il dit que ce n'est pas grand mal que ta vanité, tes plaisirs, tes vengeances, tes haines ; que cette fréquentation n'a rien que d'innocent. Mais la mort te montrera toute l'énormité de tes fautes, et à la clarté de l'éternité où tu seras près d'entrer, tu verras combien tu as eu tort d'offenser Dieu. Hâte-toi donc de réparer le mal que tu as fait, puisqu'il en est temps encore.

III.

Considère que la mort n'est qu'un instant d'où dépend l'éternité. Vois l'homme près d'expirer, le voilà à la porte des deux éternités, et c'est son dernier soupir qui décidera de son bonheur éternel ou de son éternel malheur. Ô soupir ! ô dernier souffle ! ô moment d'où dépend une éternité de gloire ou de peine ; une éternité toujours heureuse, ou toujours malheureuse, toute de plaisirs, ou toute de souffrances ; une éternité de tous les biens ou de tous les maux, l'éternité du Paradis ou l'éternité de l'enfer ! Si dans ce dernier instant tu te sauves, tu n'éprouveras plus de douleurs, tu seras toujours content et heureux ; si tu te perds, tu seras toujours misérable et désespéré tant que Dieu sera Dieu. A l'instant de la mort tu sauras ce que veulent dire ces mots : Paradis, enfer, péché, Dieu irrité, loi de Dieu méprisée, péchés cachés dans la confession, biens non restitués. Malheureux que je suis, dira le mourant ! d'ici à peu de minutes je paraîtrai devant Dieu, et qui sait quelle sera ma sentence ? Qui sait où j'irai ? Au Paradis ou à l'enfer, heureux parmi les anges, ou misérable parmi les damnés ? Serai-je enfant de Dieu ou esclave de Satan ? Hélas ! dans peu je le saurai. Où je logerai la première fois, j'y demeurerai éternellement. Dans quelques heures, dans quelques instants que serai-je devenu ? Que deviendrai-je si je ne répare ce scandale, si je ne restitue cet objet, si je ne rétracte cette calomnie, si je ne répare cette médisance, si je ne pardonne de cœur à mon ennemi, si je ne me confesse pas bien ? Alors tu maudiras cent fois le jour où tu eus le malheur de pécher, tes plaisirs, tes haines, tes vengeances ; mais il sera trop tard ! Le repentir sera inutile, parce qu'il ne sera causé que par la crainte du châtiment. Ah ! Seigneur, je me convertis, je retourne à vous dès ce moment ; je ne veux pas attendre la mort ; je vous aime, je vous embrasse, et veux mourir dans vos bras. Marie, ma mère, faites que je meure sous votre protection, venez à mon secours à ce terrible instant.

MÉDITATION POUR LE JEUDI.
Le jugement dernier.

I.

Considère, chrétien, qu'à peine l'âme sera-t-elle sortie du corps, elle sera conduite devant le tribunal de Dieu pour être jugée. Le juge est un Dieu tout puissant que tu as offensé et irrité. Les accusateurs sont les démons, tes ennemis ; tes péchés sont la matière du jugement, et la sentence est sans appel. Le châtiment est l'enfer. Plus d'amis, plus de parents pour te défendre ; tu es seul devant Dieu, tu verras alors combien tes péchés sont hideux, tu ne pourras pas les excuser comme tu fais à présent ; on examinera tes péchés de pensées, de paroles, de complaisances, d'actions, d'omissions et de scandale. Tout sera pesé clans la grande balance de la justice divine, et si tu es trouve en défaut sur un seul point, tu seras perdu. Mon Jésus et mon Dieu, pardonnez-moi avant d'être mon juge.

II.

Considère que la justice divine jugera tous les hommes dans la vallée de Iosaphat, lorsque après la fin des mondes les corps ressusciteront pour recevoir avec leur âme la récompense ou le châtiment de leurs actions. Réfléchis que si tu te damnes, tu reprendras ce corps que tu as maintenant pour servir de prison éternelle à ton âme désolée. A cette amère réunion, l'âme maudira le corps, et le corps maudira l'âme ; de sorte que l'âme et le corps qui cherchent de concert tous les plaisirs défendus seront après la mort unis malgré eux pour être les bourreaux l'une de l'autre. Au contraire, si tu te sauves, ton corps ressuscitera beau et resplendissant, et en corps et en âme tu seras appelé aux délices du ciel : ainsi finira la scène de ce monde ; toutes les grandeurs crouleront, tous les plaisirs s'évanouiront, toutes les pompes disparaîtront, tout finira ! Il ne restera plus que deux éternités, l'une de joie et l'autre de tourments, l'une heureuse et l'autre malheureuse. Dans le Paradis, les justes ; dans l'enfer, les pécheurs. Malheur à ceux qui auront aimé le monde et qui pour les misérables plaisirs de cette terre auront tout perdu, leur âme, leur corps, le Paradis, et Dieu même !

III.

Considère la sentence éternelle ; Jésus-Christ juge se tournera vers les réprouvés et leur dira : C'en est fait ! Ingrats ! c'en est fait ! votre heure est venue, heure de vérité et de justice, heure de colère et de vengeance ! Scélérats ! vous avez aimé la malédiction ! Qu'elle tombe sur vos têtes ! Soyez maudits dans le temps et dans l'éternité ; sortez de ma présence, soyez privés de toute joie, brûlez éternellement ! Discedite a me, maledicti ! ira ignem aeternum. Ensuite Jésus se tournera vers les élus et leur dira : Venez, ô mes enfants ! venez, je vous bénis. Entrez dans le royaume des cieux préparé pour vous. Je ne vous appelle plus pour porter la croix derrière moi, mais pour partager ma couronne ; venez être les héritiers de mes trésors et de ma gloire, venez chanter éternellement mes miséricordes ; sortez de l'exil, rentrez dans votre patrie ; sortez de la douleur, enivrez-vous de joie ! séchez vos larmes, ouvrez vos lèvres au sourire, quittez vos travaux pour jouir du repos éternel ! Venite, benedicti patris mei, possidete paratum vobis regnum. Mon Jésus, j'espère aussi être un de ces bienheureux, je vous aime pardessus tout. Bénissez-moi, Seigneur : Marie, ma mère, bénissez-moi aussi.

MEDITATION POUR LE VENDREDI.
L'enfer.

I.

Considère, ô homme ! que l'enfer est une prison terrible pleine de feu ; les damnés sont plongés dans ce feu ; un abîme de feu est sur leur tête, un abîme de feu est autour d'eux, un abîme de feu est sous leurs pieds. Le feu est dans leurs yeux, le feu est dans leur bouche, ce feu est partout. Tous les sens ont leur torture particulière. Les yeux sont aveuglés par la fumée et épouvantés par l'aspect des démons et des autres damnés ; les oreilles entendent continuellement des hurlements horribles, des plaintes, des blasphèmes. L'odorat est infecté par la puanteur de ces innombrables corps à demi pourris ; le goût est dévoré par une soif ardente, par une faim de tigre, sans pouvoir jamais obtenir ni une goutte d'eau, ni un morceau de pain. Ces malheureux, brûlant de soif, calcinés par le feu, rongés par la faim, brisés par toutes les tortures, pleurent, hurlent, se désespèrent, mais jamais ils ne seront consolés, ni même soulagés. Ô enfer ! enfer auquel tant d'hommes ne croient qu'après y être tombés ! Qu'en dis-tu, lecteur ? Si tu devais mourir en ce moment, où irais tu ? Tu ne peux supporter la brûlure d'une étincelle, et tu as la présomption de t'exposer à être plongé dans un lac de feu, où tu n'auras plus ni espérance, ni consolation durant toute l'éternité !

II.

Considère les peines qui seront infligées à l'âme dans ses puissances. La mémoire sera sans cesse déchirée par les remords de la conscience ; l'idée qu'il s'est damné volontairement pour quelques moments de satisfaction sera pour le damné un vautour éternel qui rongera ses entrailles. Ô Dieu ! que seront pour lui les plaisirs dont il a joui sur la terre, après cent mille ans, après mille millions d'années d'enfer ? Il se rappellera combien de moyens Dieu lui offrit pour réparer ses fautes, les facilités qu'il lui donna de se sauver, le bon exemple de ses amis, les promesses qu'il fît et qu'il ne tint pas, et il verra qu'il n'y a plus de remède à son malheur. Oh Dieu ! oh Dieu ! quel double enfer sera celui-ci ! La volonté n'aura jamais ce qu'elle voudra, et aura toujours ce qu'elle ne voudra pas, c'est-à-dire toutes les peines. L'intellect connaîtra les biens qu'il a perdus, Dieu et le Paradis. Ô Dieu, ô Dieu, pardonnez-moi pour l'amour de Jésus-Christ.
? pécheurs qui ne craignez pas de perdre Dieu et le Paradis, vous connaîtrez quel a été votre aveuglement, quand vous verrez les justes triompher et jouir des délices du ciel, tandis que vous vous serez chassés de votre patrie céleste, de la présence de Dieu, de la compagnie de Marie, des saints Anges et des Saints. Alors vous crierez en vous tordant les bras, ô Dieu infini ! tu n'es plus à moi, tu ne seras jamais à moi ! Repentez-vous, changez de conduite, n'attendez pas qu'il soit trop tard pour vous aussi. Donnez-vous à Dieu, commencez à l'aimer sincèrement ; priez Jésus, priez Marie, d'avoir pitié de vous.

MÉDITATION POUR LE SAMEDI.
L'éternité des peines.

I.

Considère, chrétien, que l'enfer n'a pas de fin ; on y souffre toutes les peines, et elles sont toutes éternelles. Cent ans passeront, mille ans passeront, et l'enfer ne sera qu'à son commencement ; cent mille ans, mille millions d'années et de siècles passeront, et l'enfer sera toujours. Si un ange venait porter à un damné la nouvelle que Dieu le délivre de l'enfer... mais quand ? quand il se sera écoulé autant de millions de siècles qu'il y a de gouttes d'eau dans la mer, de feuilles dans les forêts, de grains de sable sur la terre ; ceci vous épouvanterait ; cependant le damné serait plus content que vous ne le seriez si on vous faisait roi d'un grand royaume, car il dirait : Oui, tous ces siècles doivent passer, mais enfin ils passeront. Mais tous ces siècles passeront, et l'enfer ne finira pas. Tous ces siècles se multiplieront, si l'on veut autant que les grains de sable, autant que les gouttes d'eau, autant que les feuilles, mais l'enfer durera toujours. Il n'est pas de damnés qui ne fît volontiers cet arrangement avec Dieu : Seigneur, augmentez mes peines autant qu'il vous plaira, prolongez-les autant qu'il vous plaira, j'y consens, pourvu qu'elles aient un terme. Mais ce terme ne viendra jamais. Si du moins le malheureux damné pouvait se tromper lui-même et se dire, qui sait ? peut-être un jour Dieu aura pitié de moi et me tirera de l'enfer ! Non, le damné aura sans cesse écrite sous ses yeux la sentence de sa condamnation éternelle. Il dira : toutes les peines que je souffre, ce feu, cette douleur, ces cris ne finiront jamais ! jamais ! et combien dureront-elles ? toujours ! toujours ! oh, jamais ! oh, toujours ! ô éternité ! ô enfer ! Les hommes croient à vous, et ils pèchent, et ils continuent de pécher.

II.

Mon frère, songez que l'enfer est pour vous, si vous péchez ; déjà sous vos pieds brûle cet horrible fournaise, et en cet instant même combien d'âmes y tombent ! Songez que si vous y entrez une fois, vous n'en sortirez plus. Si vous avez déjà quelquefois mérité l'enfer, remerciez Dieu de ne pas vous y avoir envoyé tout de suite. Hâtez-vous donc de réparer vos fautes, de les pleurer et de prendre les moyens les plus efficaces pour vous sauver. Confessez-vous souvent, lisez chaque jour ces méditations ou tout autre livre spirituel ; prenez une vraie dévotion à la Sainte Vierge, récitant par exemple, le rosaire chaque jour, ou jeûnant tous les samedis en son honneur ; résistez aux tentations en invoquant souvent Jésus et Marie ; fuyez les occasions du péché, et si Dieu vous appelle même à quitter le monde, obéissez, obéissez. Tout ce qu'on fait pour échapper à une éternité de tourments est peu de chose ou rien. Nulla nimia securitas ubi periclitatur æternitas. (S. Bern.). Pour s'assurer l'éternité on ne prend jamais assez de précautions : Voyez combien d'anachorètes, pour fuir l'enfer, sont allés vivre dans les grottes, dans les déserts ! Et vous, que faites-vous après avoir tant de fois mérité l'enfer ? que faites-vous ? que faites-vous ? vous voyez que vous vous damnez ! donnez-vous à Dieu, et dites-lui : Seigneur, me voilà, je ferai tout ce que vous voudrez. Marie, aidez-moi.
Vivent Jésus, notre amour, et Marie, notre espérance !

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