Foi et Contemplation

Marie

Prier

Le Secret de La Prière
Du Cardinal Newman

IV - Le Culte Public - Remède aux Passions

" Quelqu'un d'entre vous est-il dans l'affliction ? Qu'il prie. Quelqu'un est-il joyeux ? Qu'il chante les psaumes "

(Jacques, V, 13) - Parochial sermons III, pp, 336 -348

Il semble résulter de ces paroles de saint Jacques qu'il y a dans le culte public, de quoi satisfaire à tous nos besoins spirituels, de quoi convenir à chaque disposition d'esprit et à chaque variété de circonstances, en plus de l'assistance céleste et surnaturelle qu'il nous est permis d'en espérer. Prière et louange semblent être, ainsi entendues, un remède universel, une panacée, comme on dit, dont il convient d'user sans tarder, quelle que soit la cause de ce qui nous trouble. Et, comme cela résulte de cette vertu universelle qui leur est attribuée, elles produisent des effets très opposés selon nos besoins, calmant ou enlevant, selon le cas, la fièvre de l'âme. L'Apôtre ne parle pas de péché ; il parle des émotions de l'âme, joyeuses ou tristes, de bonnes ou mauvaises dispositions. Pour ces troubles et tous autres semblables, prière et louange sont une médecine. Le péché, certes, a lui aussi ses remèdes appropriés, et plus sérieux même, tels que pénitence, humiliation, triomphe sur soi, mortification et autres semblables. Mais le texte suppose le cas d'un chrétien, non d'un simple pénitent, le cas non de perversité scandaleuse, mais d'émotion, d'agitation d'esprit, de regret d'impatience dans le désir ;d'allégresse, de transport ou de ravissement ; et il est dit, pour de tels troubles, prière et louange sont le remède qui convient.

L'indisposition du corps se traduit d'une manière ou d'une autre par une douleur ; une détresse qui devient l'objet de nos pensées, les concentre sur elle, entrave notre manière d'être ordinaire et détruit l'équilibre de notre esprit. Ainsi en est-il de l'indisposition de l'âme quelle qu'en soit la nature, passion ou affection, espoir ou crainte, joie ou tristesse. Elle nous arrache à la claire contemplation du monde à venir, nous agite et nous laisse surexcités. C'est là, en un mot, ce que nous appelons une agitation d'esprit. Les excitations sont l'indisposition de l'esprit et, de celles-ci, en différentes manières, les services du culte sont l'antidote approprié. Comment ils le sont, c'est ce qu'il nous faut maintenant considérer.

1. Les causes d'agitation sont de deux sortes : séculières et religieuses. Envisageons d'abord les premières, la poursuite d'un bénéfice par exemple, d'un pouvoir ou de l'ambition. Les divertissements sont des excitations, les applaudissements d'une foule encore, les rivalités, les espérances, les risques, les querelles, les contestations, les désappointements, les succès enfin. En ce cas, l'objectif poursuivi absorbe évidemment l'esprit, excluant toute pensée qui ne le concerne pas. Ainsi un homme se voit-il devenir esclave de ce monde. Il n'a en tête qu'une idée, et une seule, qui devient son idole. Jour par jour, elle l'accapare et son cœur lui rend un culte. Elle peut l'attirer ou par l'imagination ou par la raison ; elle peut faire appel à son cœur ou à son égoïsme personnel ou à son orgueil. Au surplus, que l'on soit jeune ou vieux, riche ou pauvre, chaque âge, chaque situation a sa manière propre de s'agiter, qui arrive à fasciner l'œil de l'esprit, à nous affaiblir et à nous ruiner. Non pas tout d'un coup, Dieu merci, mais graduellement, jusqu'à ce que toute pensée religieuse finisse par se perdre devant la contemplation de ce bien plus immédiat.

Le sujet de trouble le plus ordinaire, en ce pays du moins, est la poursuite du gain. On peut voir une personne vivre de semaine en semaine en proie à la fièvre d'une avidité décente, donnant à celle-ci une raison spécieuse, par exemple le désir de faire son devoir pour sa famille, jusqu'à ce que le cœur de toute religion soit rongé au-dedans de lui. Elle peut vivre ou mourir dans sa ferme ou son négoce, travailler en vue de quelque distinction dépendant de la manière heureuse dont elle se sera comportée en certaines circonstances d'épreuve, ce qui réclame au préalable une laborieuse préparation ; ou encore se laisser oiseusement accaparer par quelque objet sensible ou futile qui la remplit de vains rêves et de douleurs sans profit, engagée dans le train général de la vie, pleine de plans, de projets, de manigances et d'efforts politiques, de haine, de jalousie, de ressentiment ou de triomphe s'occuper à mener, à persuader, à dépasser, à maîtriser d'autres hommes. Elle peut être également dans l'une ou l'autre de ces situations, non pour toute une vie, mais pour un certain temps, ce qui est le cas le plus général. De toute façon, qu'il s'agisse d'une durée plus ou moins longue, voilà cette personne occupée, ce qui fait que toute pensée de religion va être, pendant ce temps, exclue par la force même de l'agitation qu'elle éprouve.

Voyons maintenant le remède : " Quelqu'un est-il affligé ? Qu'il prie ; est-il joyeux qu'il chante les psaumes ". D'où l'importance qu'il y a pour nous à tous user de la prière et de la louange comme coupant court à la trame des pensées profanes. C'est là précisément le bénéfice propre d'un culte à temps fixe de nous faire rompre officiellement avec ce que les agitations du monde ont de pressant. Notre prière quotidienne du matin et du soir interrompt nos occupations pour ce qui est du temps et des sens. C'est le cas en particulier des prières de chaque jour imposées par l'Église. Je dis " en particulier ", car une personne engagée dans la vie d'affaires est souvent tentée, sous la pression de ses obligations, de se dérober aux pratiques de dévotions privées. Elle n'a pas beaucoup d'instants à leur donner, et si, par hasard, on vient l'interrompre, le moment passe et est perdu. Le service public, par contre, est d'une certaine longueur et ne peut être interrompu ; il est assez long pour calmer et équilibrer notre esprit. Il y a l'Écriture à lire, les psaumes à chanter, les prières à réciter. Chaque chose vient en son temps. Aussi j'estime, grâce à Dieu, qu'il est impossible que quelqu'un qui observe le service quotidien de l'Église " avec respect et crainte de Dieu ", avec le désir de s'efforcer d'y attacher ses pensées, ne se trouve pas par lui équilibré et porté en lui-même. Quoi de plus charmant, quand quelqu'un est agité, que de voir un ami placer sa main sur lui, en guise d'avertissement, pour le faire tressaillir et le rappeler à lui ? Cela a souvent pour effet de nous éviter des paroles de colère, des propos déplacés, des plaisanteries inconsidérées ou des résolutions précipitées. Tel est précisément le bienfait du culte public sur les chrétiens distraits par une foule de choses : il les fait se souvenir de l'unique nécessaire et leur évite de se laisser attirer dans le grand tourbillon du temps et des sens.

C'est là, la chose à noter, un important bienfait de l'institution du jour du Seigneur. Non seulement il nous apporte le privilège d'un jour sur sept de festivité religieuse, mais il peut être considéré par le chrétien comme une trêve miséricordieuse à ses occupations usuelles qui l'empêche d'être accablé. La plupart des gens en réalité s'en rendent compte qui se sentent recouverts de la poussière de ce monde quand vient le samedi et comprennent quelle miséricorde c'est pour eux de ne pas être obligés de travailler sans répit. Et pourtant il n'en manque pas qui, n'était là un ordre exprès de la religion, se sentiraient tentés ou même considéreraient comme leur devoir de continuer leur labeur séculier, bien que la coutume de la société leur permette de se reposer. Cette tentation, en fait, ils l'éprouvent par moments, quand ils ont quelque objet présent en vue qui les amène à conclure qu'ils n'ont pas un seul jour à perdre. La plupart l'éprouvent toujours, ceux, par exemple, qui sont dans certaines professions, - le commerce entre autres, - qui, plus ou moins, échappent à toute règle de temps et de lieu. Nombreux sont, c'est à craindre, ceux qui cèdent à la tentation, ne tardant pas à en toucher du doigt à divers égards le résultat déplorable qui va parfois jusqu'à la dégradation de leur santé et de leur raison. La liturgie hebdomadaire de prière et de louange, en tout cas, se présente à nous comme une aimable détente, comme une pause d'avec le monde, comme un reflet du troisième Ciel, empêchant que le monde ne nous dérobe notre espérance, et que ne nous asservisse ce maître tyrannique qui complote notre éternelle destruction. Vous voyez par là quel remède apporte le culte aux agitations du siècle en les brisant et les rendant sans effet.

2. Il nous faut considérer ensuite comment l'agitation religieuse est opportunément combattue par la même médecine divine. Si nous avions toujours persévéré dans la voie de lumière et de vérité, soumis à Dieu depuis notre enfance, nous ne connaîtrions, à n'en pas douter, que peu de ces mouvements tumultueux de l'âme, si communs parmi nous. Ceux qui ont grandi dans la foi et la crainte de Dieu ont une piété calme et égale, à ce point qu'on les accuse souvent, pour cela même, d'être ternes, froids, formalistes, insensibles, morts pour le monde à venir. Or, il va de soi que quelqu'un qui a toujours l'œil fixé sur ses privilèges évangéliques, s'efforçant de s'en rendre digne, n'éprouvera pas cette surprise agitée et cette joie véhémente qu'il ressentirait, et très légitimement, si, auparavant, il n'avait rien connu d'elle. Le gardien de prison de l'Apôtre qui, pour la première fois, entendit parler du salut qui vient, par le Christ, donna des signes non douteux de transport. Voilà, qui assurément, est naturel et normal, mais ce n'en est pas moins un état d'agitation, et, s'il m'est permis de le dire, de tels états ont des tendances dangereuses. De sorte qu'on ne peut jamais être sûr d'un nouveau converti, car, dans sa première ferveur, l'affectivité a une plus grande part que la raison ou la conscience, et, s'il n'y prend garde, elle peut l'entraîner, à la façon d'un vent, en une fausse direction. Il n'a d'autre stabilité que celle qui repose sur la pointe d'un esprit agité, et il lui est facile de choir. Ce danger n'existerait pas, il est vrai, du moins communément et sérieusement, si les gens se tournaient vers Dieu dès leur première enfance. Mais, en fait, ils ne s'y tournent pas, hélas, ouverts qu'ils sont en réalité à l'influence de l'agitation, dès qu'ils commencent à le chercher. La question est de savoir comment les traiter par la suite.

Il arrive souvent qu'on donne à ces personnes le conseil suivant : "Laissez-vous aller à l'inspiration ; quand une activité languit, cherchez-en une autre ; vivez dans la pensée de Dieu ; efforcez-vous de bien faire ; que votre lumière rayonne devant les hommes ; dites-leur ce que Dieu a fait pour votre âme ". Ce qui signifie, pour entrer dans les détails, qu'il convient qu'elles s'imaginent avoir quelque chose de plus que les autres ; qu'elles négligent ce qui est leur occupation dans le monde ; du moins qu'elles ne s'y plient que comme à une croix ; qu'elles s'agrègent à un groupe à part de fanatiques, s'incorporent à telle ou telle société religieuse, aillent écouter des prédicateurs extraordinaires et importunent leurs proches à temps et à contretemps de leurs nouveaux sentiments et de leurs opinions nouvelles.

J'ai ici en vue la tournure d'esprit non de ceux qui professent d'adhérer à l'Église, mais de ceux qui, plus ou moins, se détachent de sa discipline, et la raison pour laquelle je les cite est celle-ci : on entend dire souvent que le schisme et la dissidence ne sont que les accidents d'un tempérament religieux ; que ceux qui s'y laissent choir, s'ils sont pieux, ressemblent foncièrement aux gens d'Église, séparés qu'ils sont d'eux simplement par quelque différence extérieure de forme et de circonstance. Ainsi la mentalité d'un dissident, quand on le considère de près, est tout à fait distincte de la mentalité du Christ et de sa sainte Église catholique (Il est à remarquer que Newman parle ici de l'Église catholique en toute candeur, comme s'il se trouvait dans la véritable, l'Église anglicane étant, selon lui, l'une des branches de l'Église catholique, les deux autres, l'Église romaine et l'Église orientale. Qu'il soit " dissident " lui-même, cela ne lui vient même pas à l'idée).

Qu'elle soit très éloignée, en tout cas, de la mentalité et de l'esprit de l'Église primitive, cela résulte nettement de l'histoire. S'il fut un temps où ces cas particuliers d'irrégularité doctrinale, maintenant si communs, étaient sujets à se multiplier, c'était dans la primitive Église. Des gens qui avaient vécu toute leur vie indiciblement souillée par le péché, enveloppés dans l'obscurité du paganisme, furent brusquement conduits à la lumière de la vérité chrétienne. Leurs péchés étaient généreusement pardonnés, dûment lavés dans les eaux du baptême. Un nouveau mode d'idées s'ouvrait à eux, et les objets les plus étonnants s'offraient à leur croyance. Quel état de transport ne devait pas, dès lors, être le leur ! Qu'il en fut ainsi, nous le savons par leur propre témoignage dans les Actes. Le geôlier de l'Apôtre " se réjouit, croyant en Dieu avec toute sa maison ". Et quel état d'exaltation critique n'était pas le leur, critique et dangereux dans la proportion même où il était réellement une bénédiction, car c'est dans la mesure des privilèges dont nous jouissons que nous risquons d'en mal user. En dépit de la bénédiction qui s'attachait à eux, ils couraient un risque, cela en raison même de l'agitation de leurs esprits. Comment purent-ils échapper à cet enthousiasme qui, maintenant, prévaut, à cette irrévérence, à cette impudeur, à cette grossièreté ? Je le répète, s'il est un temps où cet esprit de fièvre si répandu aujourd'hui eût dû s'affirmer, c'est bien au début de l'Évangile. Comment se fait-il que nous n'apprenions pas que se soit passé en général ce qui se passa, dans une mesure limitée et pour un moment, dans l'Église de Corinthe, où l'on vit des chrétiens professer que leurs propres cœurs étaient les meilleurs juges en matière religieuse et désobéir à leurs directeurs, censurer ceux-ci à leur gré, adoptant leurs propres professeurs et, de la sorte, déchirer l'Église du Christ en dix mille morceaux ? S'il fut un temps où le cadre extérieur du christianisme fut en danger, ce fut sûrement alors. Comment les éléments ingouvernables qui étaient en lui, n'arrivèrent-ils pas à faire éclater et à réduire en pièces le vaisseau qui les contenaient ? Comment, pendant quinze cents ans, l'Église fut-elle préservée des tares mentales spéciales et de ces aberrations de sentiment et de conduite qui, maintenant, la tourmente comme une fièvre ?

Quand on regarde aux causes extérieures et secondes, il est certain que les miracles ont beaucoup contribué à maintenir, chez les premiers chrétiens, cette bienheureuse maîtrise. Ils les ont gardés de l'obstination et de l'extravagance et assagis selon l'esprit de la crainte divine. Ainsi saint Paul, une fois converti, ne fut-il pas livré à lui-même, si l'on peut dire. La miséricorde du Seigneur garda la main sur lui et dirigea chacun de ses pas, de peur qu'il ne fît des écarts et ne déviât de sa route. Aussi ne lui fut-il pas dit de suite ce qu'il avait à faire, bien qu'il le désirât. Le Seigneur lui commanda simplement de " se lever et d'aller dans la ville " ; il lui serait dit là ce qu'il aurait à faire. Il fut conduit par la main, image frappante de son état d'esprit, et amené à Damas. Le voilà, dès lors, trois jours sans voir, sans manger ni boire. Durant ce temps, il est tenu en suspens et ignorant de ce qui doit lui arriver, en profitant pour prier. Un tel isolement, fait d'obscurité, de jeûne et d'incertitude, a plutôt sur lui une influence apaisante. Ananie lui est envoyé alors pour le baptiser. Le voilà ensuite qui, incontinent, se met à prêcher le Christ à Damas, mais il est bientôt empêché, contrecarré, envoyé en Arabie, dans un grand éloignement, trois ans durant. Ensuite, il retourne à Damas et, de nouveau prêchant le Christ, est obligé de fuir à bref délai pour sauver sa vie. Il arrive à Jérusalem et recommence à prêcher. Là, il a d'abord quelque difficulté à se faire admettre par les apôtres, qui, pour un temps, se défient de lui ; les juifs, au surplus, complotent pour le tuer. Comme il prie dans le temple, le Christ lui apparaît et lui commande de quitter Jérusalem. Ses frères le conduisent à Césarée, d'où il passe à Tarse. Qui ne voit, par cette histoire, comment l'Apôtre fut tenu en tutelle et contraint de s'incliner par les clairs commandements de la providence de Dieu, qui l'entraîna de côté et d'autre, sans lui dire pourquoi ? Puis, de nombreuses années s'écoulent avant qu'il ne se consacre à prêcher aux païens, et cela seulement sur un ordre formel.

Il semble donc que la prodigieuse providence de Dieu, une crainte respectueuse réprimant les élans de leur cœur, ait été un des moyens spéciaux qui préservèrent les premiers chrétiens du fanatisme ; les persécutions de l'Église en furent un autre. Mais, parmi les moyens les plus ordinaires, il en est un dont nous pouvons bénéficier aujourd'hui si nous le voulons, à savoir la régularité des services religieux, la ronde de prière et de louange qui, à la vérité, fit aussi partie du programme de saint Paul, ainsi que nous l'avons vu, et qui a sur l'âme agitée et exaltée un excellent effet, lui donnant une échappatoire, tout en la calmant, l'apaisant, la dirigeant et la purifiant.

Pour entrer dans le détail, il arrive souvent que, dans une famille dont les membres ont vécu ensemble, l'un d'eux prend tout à coup ce qu'on appelle une tournure religieuse. Il désire être plus fervent que le reste de la famille, faire quelque chose qui sorte de l'ordinaire, mais sans savoir au juste quoi. On le voit en général s'agréger alors à quelque secte dissidente dans le seul dessein de se prouver à lui-même qu'il est plus rigoriste. L'esprit de cet homme est tout simplement sous l'emprise de l'exaltation. Il semble dire avec saint Paul : " Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? ". C'est là, maintes et maintes fois, le cas de personnes qui se retranchent de l'Église. D'où la notation courante que les groupes dissidents ont en eux plus de vraie religion que celle-ci, pour cette raison, dis-je, que des gens ardents, chez qui s'éveille le sens religieux, désirent faire quelque chose de plus que l'usuel et s'agrègent à des sectes et à des hérésies, afin de calmer leurs esprits et de se libérer de sentiments puissants, qui comprimés en eux, les accablent de leur poids.

Il n'est pas niable qu'à cet égard ces sectes peuvent gagner et l'Église perdre des gens sérieusement religieux ou qui, du moins, le seraient devenus avec le temps. Car il n'est que trop vrai, tandis que les sectes en question se recrutent de cette manière et s'accroissent aux dépens de l'Église, les personnes qui s'y agrègent se font tort à elles-mêmes, perdant la plus grande partie de cette lumière et de cette chaleur religieuse qui les enveloppaient même si, jusque-là, elles avaient été négligentes et ne s'en étaient servies que partiellement. C'est comme s'il arrivait à une main vivante de toucher un fer froid ; le fer en serait quelque peu réchauffé, mais la main refroidie. Ainsi la fleur de la vérité, les promesses de la vraie religion, sont-elles perdues pour l'Église. Les gens commencent bien, mais, séduits par leur propre perversité, se détachent.

C'est ici, à condition de les bien employer, qu'interviennent les cérémonies de l'Église pour tranquilliser et guider les esprits agités " Quelqu'un est-il affligé ? Qu'il prie. Est-il joyeux ? Qu'il chante les psaumes ". Quelqu'un est-il dans le trouble ? Inutile pour lui d'aller à des prédicateurs ou à des meetings excentriques pour se soulager de son malaise. Nous pouvons lui donner une règle de vie plus stricte et plus sûre. Notre Seigneur ne fait-il pas une distinction entre la vie de Marthe et celle de Marie et, sans blâmer Marthe, qui fut troublée à cause de lui par les soucis du ménage, ne loue-t-il pas davantage Marie qui s'assit à ses pieds ? Saint Paul ne distingue-t-il pas entre les devoirs nécessaires à un chrétien et ceux qui sont convenables et dignes d'éloges ? Si les personnes agitées veulent bien s'appliquer à adorer l'église, cela mettra leurs esprits en harmonie avec la loi du Christ, tout en les déchargeant d'un fardeau. Saint Paul ne pria-t-il pas durant trois jours où il fut aveugle ? Il priait aussi par la suite dans le Temple quand lui apparut le Christ. Voilà qui mérite considération. Nous pouvons bâtir des maisons de Dieu sans nombre en tel et tel point de la terre, comme c'est notre devoir. Nous pouvons multiplier les ministres résidents - (ceci, contre l' " absentéisme ", qui tenait éloignés de leurs paroisses maints pasteurs anglicans et le " pluralisme " qui leur en faisait attribuer plusieurs qu'ils négligeaient également) - ; nous pouvons, avec un zèle moins louable, faire notre possible pour plaire au grand nombre et aux riches, cela n'enlèvera rien de leur attrait et de leur charme aux groupes dissidents - (Même illusion de Newman sur sa position religieuse que celle déjà signalée) - ; tels qu'ils sont, leur force est de paraître plus stricts que les membres de l'Église. Tant que nous n'agissons pas en conformité plus exacte avec les principes que nous professons ; tant que nous n'avons pas en fait, dans notre pratique actuelle, des services religieux plus fréquents de louange et de prière, des projets plus réellement catholiques pour procurer l'honneur de Dieu et faire du bien à l'homme ; tant que nous ne produisons pas de plus nobles et de plus belles formes de dévotion chrétienne en vue de provoquer l'admiration de l'élite et de la mieux diriger, nous n'avons en quelque sorte rien fait. Il nous faut assurément quelque chose de plus que les murs de pierre ; il nous faut l'" esprit et la vérité " de la Jérusalem céleste, des adorateurs " continuant dans le temple, d'un commun accord, avec joie et simplicité de cœur, à louer Dieu ", persévérant et se montrant supérieurs dans la prière et " ayant ainsi, sans les chercher, les suffrages de tout le peuple ".

Quelqu'un désire-t-il apporter du réconfort à son âme, enfoncer très avant en son cœur la pensée du Christ et faire les plus grandes et plus glorieuses choses pour le monde entier ? J'ai dit comment procéder. Qu'il loue Dieu, que le psautier de David soit comme les paroles usuelles de sa bouche, son service quotidien, toujours répété, et pourtant toujours nouveau et toujours sacré. Qu'il prie, spécialement qu'il intercède. Ne mettons pas en doute la puissance de la foi et de la prière pour réaliser toutes choses en Dieu. Vous avez beau essayer, vous ne pouvez faire des choses comparables à celles que la foi et la prière accomplissent au nom du Christ. Donneriez-vous votre corps pour être brûlé et tous vos biens pour nourrir les pauvres, vous n'arriveriez pas à faire autant que par une continuelle intercession. Peu sont riches, peu sont capables de souffrir pour le Christ, mais tous peuvent prier. Seriez-vous un apôtre de l'Église ou un prophète, vous ne pourriez faire plus que vous ne pouvez faire par la puissance de la prière.

Ne vous fourvoyez pas en inventant de nouveaux modes de servir Dieu et de faire du bien à l'homme. Je vous montre " une meilleure manière ". Venez à nos services, venez à nos litanies ; arrachez-vous à l'égoïsme de votre cœur ; que le péché et les pécheurs absorbent vos pensées ainsi que la contemplation du trône de Dieu, de Jésus médiateur entre Dieu et l'homme, de même que cette glorieuse Église qui a reçu en charge la dispensation de ses mérites. Aspirez à être ce que le Christ veut faire de vous, c'est à dire son ami, ayant sur lui le pouvoir d'être exaucé. D'autres ne prieront pas pour eux-mêmes. Vous pouvez le faire, ainsi que pour l'Église en général, et, tout en priant, vous trouverez encore assez de défauts dans votre prière pour vous souvenir de votre néant et vous garder de l'orgueil, tout en tendant à la perfection.

Que nos agitations, pour finir, viennent des objets de ce monde ou de l'autre, la louange et la prière seront, par la grâce de Dieu, notre remède, empêchant l'esprit de retomber en friche, le calmant, l'adoucissant, l'apaisant, le stabilisant, l'accordant à la volonté de Dieu et à l'intention de l'Esprit, lui apprenant à aimer tous les hommes, à être joyeux, reconnaissant et résigné dans toutes les dispositions de la providence à notre égard.

O ! Puissions-nous connaître notre vrai bonheur, maintenant que le Christ est venu, au lieu d'être, comme les païens, des brebis sans berger. Puisse le Seigneur qui est bon accomplir en son temps les desseins qu'il a sur nous. Amen !

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