Foi et Contemplation

Marie

Prier

Le Secret de La Prière
Du Cardinal Newman

III - Les Heures pour la Prière Privée

" Toi, quand tu pries, entre dans le secret de ta demeure, et, quant tu as fermé ta porte, prie ton Père, qui est présent dans le secret, et ton Père, qui voit dans le secret, te récompensera ouvertement "

(Matthieu VI, 6) - Parochial sermons, I, pp. 244-256

Telle est, en termes simples, clairs et combien aimables, la sanction et la bénédiction attachée par notre Sauveur à la prière. Les pharisiens avaient pour habitude, quand ils priaient, de le faire en public, au coin des rues ; étrange inconséquence eu égard à nos conceptions, " étant donné que, dans notre langage, la prière personnelle est souvent appelée privée. Prière publique et privée : telle était leur pratique en soi contradictoire. Mettant donc en garde ses disciples contre cette forme particulière d'hypocrisie où avait continué de se manifester-là la suffisance de la nature humaine, notre Seigneur promet dans le texte la bénédiction de son Père aux humbles supplications qui seront réellement adressées à Lui et ne viseront pas à obtenir la louange des hommes. Ceux qui cherchent le Dieu invisible, semble-t-il dire, Le cherchent dans leurs cœurs et leurs secrètes pensées, non dans des paroles bruyantes, comme s'Il était loin d'eux. De telles personnes ont coutume de se retirer du monde en des lieux où ne les voit aucun œil humain, afin d'y rencontrer, humblement et pleins de foi, Celui qui se tient " près de leur sentier, de leur lit, et voit toutes leurs actions ". Et Lui, qui sonde les cœurs, de les récompenser ostensiblement. Les prières dites dans le secret, conformément à la volonté de Dieu, sont conservées en trésor dans le divin livre de la vie. Peut-être auraient-elles demandé une réponse ici-bas et ne l'ont-elles pas trouvée. Celui qui les a formulées les a lui-même perdue de vue et le monde ne les a jamais connues. Mais Dieu s'en souvient toujours, et au jour suprême, quand seront ouverts les livres, elles seront dévoilées et récompensées dans le monde entier.

Telle est, dans le texte, l'aimable promesse du Christ reconnaissant et bénissant dans sa condescendance ces exercices de dévotion qui étaient un devoir avant même que l'Écriture ne les prescrivît ; changeant en privilège cette œvre de foi qui, bien que commandée par la conscience et autorisée par la raison avant même qu'Il ne révélât sa miséricorde, est alourdie, pour toute personne qui s'y adonne, par la culpabilité, le remords et la crainte. C'est là l'inexprimable privilège des chrétiens, et d'eux seuls, d'avoir accès en tout temps au trône de grâce par la médiation de notre Seigneur et Sauveur.

Dans ce que je dirai néanmoins concernant la prière, je ne considérerai pas celle-ci en tant que privilège, mais en tant que devoir. Si nous n'avons pas quelque expérience des devoirs de la religion, en effet, nous sommes incapables d'entrer pleinement dans les privilèges. Et ce n'est que trop la mode du jour, de ne voir que dans la prière qu'une simple prérogative qu'il est sans doute imprudent, mais non péché, de négliger, et dont l'usage reste facultatif.

Or, nous savons bien que nous sommes tenus d'être en un sens en prière et en méditation tout au long du jour. Mais la question se pose alors de savoir si nous le sommes de prier de quelque autre manière. Est-ce assez de garder nos esprits fixés sur Dieu durant le jour et de rester avec Lui en communion dans nos cœurs, ou est-il nécessaire, en plus et au-dessus de cette foi habituelle, de nous ménager des heures particulières pour nous exercer plus systématiquement et plus sérieusement à la prière ? Avons-nous besoin de prier à certaines heures du jour d'une manière déterminée ?

Le culte public requiert à la vérité, par sa nature même, des endroits des heures et même des formules précis. Le culte privé ne requiert nécessairement pas des heures fixées d'avance, parce que nous n'avons à tenir compte que de nous et que nous sommes toujours avec nous-mêmes, pas plus qu'elle ne requiert de formules étant donné qu'il n'y a personne d'autre de qui les pensées doivent aller de pair avec les nôtres. Pourtant, si des heures et des formules de prières déterminées ne sont pas nécessaires dans les prières privées, elles n'en sont pas moins hautement expédientes ou, plutôt, les moments nous en sont effectivement commandés par notre Seigneur dans le texte. " Toi, quant tu pries, entre dans le secret de ta demeure et, quand tu as fermé ta porte, prie ton Père, qui est présent dans le secret, et ton père, qui voit dans le secret, te récompensera ouvertement ".

Ces mots nous prescrivent clairement certaines heures pour la prière, à part la pensée secrète de Dieu qui, en nous, doit toujours rester vivante. La pratique des justes dans l'Écriture nous confirme cette prescription. Notre Sauveur lui-même eut ses heures pour entrer en communion avec Dieu. Ses pensées étaient à vrai dire comme un service continu offert à son Père ; néanmoins, nous lisons qu'Il " allait à l'écart sur la montagne pour prier " et encore qu'Il " passait toute la nuit à prier Dieu " (Matt., XIV, 23 ; Luc, VI, 12). L'on se souvient sans nul doute de sa prière solitaire avant Sa passion quand, par trois fois, Il demanda avec insistance que " cette coupe fût écartée de Lui ". Saint Pierre aussi, comme il est rapporté dans le récit de la conversation de Corneille, le centurion romain, au dixième chapitre des Actes, monta sur la partie haute de la maison de son hôte pour prier vers la sixième heure ; c'est alors que Dieu le visita. Il semble bien que Nathanaël était en prière sous le figuier quand le Seigneur le vit et que Philippe l'appela (Jean, I, 48).

Je pourrai multiplier les exemples de ces " israélites sans ruse ", exemples, qui naturellement, se peuvent appliquer à nous, car bien qu'ils fussent sous une économie divine différente à plusieurs points de vue de la nôtre, la religion personnelle n'en reste pas moins la même à toutes les époques. " Le juste " sous quelque économie que ce soit, " vivra de la foi " et, quelques raisons qu'il y ait eu alors pour cette dernière de se déployer et de se maintenir par la prière établie, celles-ci n'en restent pas moins substantiellement identiques maintenant. Deux passages suffisent à le prouver. Le psalmiste dit : " Sept fois par jour, je te loue pour la rectitude de Tes jugements " (Ps., CXIX, 164). La pratique de Daniel nous est dévoilée en une mémorable occasion : " Daniel, quand il sut qu'avait été signé le décret impie interdisant la prière à qui que ce soit sauf au roi Darius, pendant trente jours, monta dans sa maison. Les fenêtres de sa chambre ouvrant vers Jérusalem, il s'agenouillait trois fois par jour, priait et rendait grâces devant son Dieu, comme il avait coutume de le faire jusque-là (Dan., VI, 11.)

Il est évident au surplus que, la tournure dévote que doit revêtir la journée mise à part, des actes cultuels plus solennels et plus précis, réguliers et périodiques, sont exigés de nous par le précepte du Christ et son propre exemple, de même que par l'exemple des apôtres et prophètes sous les deux alliances. Il est donc maintenant nécessaire d'insister sur le devoir qui s'impose d'observer à des heures précises la prière privée que, parmi les soucis et la précipitation de la vie, les hommes sont très portés à négliger. Ce devoir est pourtant beaucoup plus important que ne le croient généralement même ceux qui l'accomplissent.

Important, il l'est pour les deux raisons suivantes :

1. Il a l'avantage de proposer les sujets religieux à l'esprit en une suite régulière. Prier au cours de la journée est, à la vérité, la caractéristique d'un esprit chrétien , mais nous pouvons être sûrs qu'en la plupart des cas ceux qui ne prient pas à des heures précises avec plus de solennité et de manière plus directe, ne prieront jamais bien à d'autres. Nous savons, dans le cours ordinaire de la vie, l'importance qu'il y a à grouper et ordonner nos pensées avec calme et précision avant de procéder à quelque affaire importante et afin de la bien traiter. Ainsi, pour ce qui est de cette occupation qui seule compte réellement, le souci de nos intérêts éternels, si nous voulons que nos esprits soient dans le calme, nos désirs apaisés, nos dispositions intimes tournées vers le Ciel durant toute la journée, il convient, avant de commencer celle-ci, de rester inoccupés régulièrement un moment pour lire au-dedans de nous et méditer en nos cœurs, afin de nous préparer aux soucis et aux devoirs que nous aurons à assumer.

La même raison peut être avancée pour la prière du soir, en ce sens qu'elle nous procure un répit pour jeter un regard en arrière sur la journée écoulée et établir ce compte, que si nous ne le faisons, Dieu n'a pas manqué de faire, Lui, et de transcrire dans le livre qui sera produit au moment du jugement ; un répit pour confesser le péché et prier pour le pardon, remercier pour ce que nous avons fait de bien et pour les miséricordes reçues, prendre de bonnes résolutions en nous reposant sur le secours de Dieu, sceller et mettre en sûreté la journée qui n'est plus en la considérant tout au moins comme un marchepied pour le lendemain.

Les heures précises pour la prière privée ne nous sont sans doute ordonnées en aucun endroit de l'Écriture. Les plus marquantes sont celles que j'ai mentionnées, du matin et du soir. Dans les textes que je viens de produire à l'instant, vous avez entendu qu'il est question de prier trois fois par jour ou sept fois. Cela dépend naturellement des possibilités de chacun. Il est des personnes qui n'ont pas de loisirs, mais pour la prière du matin et du soir, tout le monde peut et doit en trouver.

Des heures fixes pour la prière privée sont donc utiles pour imprimer comme une impulsion à la dévotion qui se doit continuer durant la journée. Elles nous instruisent de ce qui est notre continuel devoir et nous y introduisent. On a coutume de dire que ce qui est l'affaire de tout le monde ne l'est pratiquement de personne : c'est le cas ici. Je le répète, si nous supportons que la religion soit un sujet de pensée pour toutes les heures de la journée également, elle ne le sera en aucune. En toutes choses, c'est par d'humbles commencements et par des voies bien définies qu'il nous est possible d'accéder à des œvres plus étendues. Des heures fixes de prière nous mettent, si je puis dire, dans la posture en laquelle nous devrions être toujours. Elles nous pressent de nous avancer dans une direction céleste vers laquelle le courant nous entraîne alors.

our la même raison, il convient, si possible, de garder à notre culte privé des formes solennels afin d'impressionner nos esprits. Notre Sauveur priait en se jetant à genoux, la face contre terre (Matt., XXVI, 39 ; Luc. XXII, 42) ; ainsi ses apôtres (Actes, XX, 36 ; XXI, 5 ; Eph., III, 14). ; ainsi les saints de l'Ancien Testament. D'où la coutume de nombreuses personnes, dans la mesure où elles en ont la possibilité, de réserver un lieu à part pour leur dévotion privée, toujours pour le même motif, afin de recueillir leur esprit, et, ainsi, que nous le dit le Christ dans le texte, pour " entrer dans le secret ".

2. J'en viens maintenant à la seconde raison d'établir des heures précises pour la prière privée. Celle-ci, en effet, tend non seulement à produire en nous des impressions religieuses durables, sur lesquelles je me suis déjà étendu, mais elle est aussi un moyen plus direct d'obtenir de Dieu une réponse à nos requêtes. Lui-même a ainsi sanctionné cette attitude dans le texte " Ferme ta porte et prie ton Père, qui voit dans le secret de ton cœur, et Il te récompensera ouvertement ".

Nous ne savons pas du tout comment il se peut que la prière reçoive une réponse de Dieu. Il est étrange en vérité que l'homme si faible ait la force de L'émouvoir ; mais c'est notre privilège de savoir que nous avons le pouvoir de le faire. Le système entier de ce monde n'est que l'histoire de la manière dont l'homme contrarie les décrets divins. Si nous avons le triste pouvoir de résister à Sa bonne volonté pour notre ruine - vérité redoutable et incompréhensible que celle-là ; - si quand il nous destine au salut éternel, nous pouvons encore annuler le choix divin qu'Il a fait pour nous et devenir les agents de notre éternelle destruction, encore plus avons-nous le pouvoir de l'émouvoir - et béni en soit son nom - de le faire changer quand Lui, qui cherche les cœurs, discerne en nous la mentalité de ce saint Esprit, qui " intercède pour les saints selon Sa volonté ". Et puisque il a promis une réponse à nos pauvres prières, il n'est pas plus étrange que des prières offertes à des heures particulières et d'une manière particulière puissent avoir sur lui une influence décisive. On peut l'expliquer comme il suit peut-être : c'est la foi qui constitue le moyen approprié d'obtenir toutes les bénédictions de Dieu, - " toutes choses sont possibles à celui qui croit " (Marc, IX, 28). Or, quand, à des heures précises, nous rassemblons nos pensées pour prier et donnons à nos demandes une forme ordonnée et claire, l'acte de foi a bien des chances d'être plus fort et plus profond. Nous réalisons plus parfaitement, ce faisant, la présence de ce Dieu qui a pris sur Lui, une bonne fois pour toutes, le poids de nos iniquités et maladies, afin que, dans toutes nos inquiétudes, nous puissions Le chercher et trouver grâce au jour du besoin. Ce monde, du coup, s'éloigne davantage de notre perspective, et nous pouvons nous approprier plus simplement ces bénédictions qu'il nous suffit de demander humblement pour qu'elles soient nôtres réellement.

Des heures fixes pour la prière sont nécessaires, au surplus, tout d'abord pour mettre l'esprit au calme et rendre plus religieuse notre humeur du moment ; comme moyen, ensuite, d'exercer notre foi avec sérieux et, par là de recevoir en gage une bénédiction plus certaine que nous ne pourrions obtenir autrement. On peut sans doute donner d'autres raisons, mais celles-ci suffisent en tant que thème de pensée pouvant nous être utile, et, en outre, comme moyen de démontrer la sagesse et la miséricorde de ces divines prévisions que la vanité de nos esprits est si portée à mettre en question. Tous les commandements de Dieu en réalité doivent être reçus d'emblée comme matière de foi, même si nous n'en voyons pas la raison. Estimerait-on qu'on a des arguments à leur opposer, ce n'est pas une excuse pour désobéir. Dieu est meilleur juge que nous. Dans sa grande condescendance, Il nous a, il est vrai, permis de voir, en tel cas ou tel autre, les raisons de ce qu'Il fait et ordonne. Et nous devrions conserver précieusement en nous ces indications passagères comme autant de souvenirs pour le temps de la tentation. Lorsque le doute et l'incroyance nous assailliront et que nous nous sentirons perplexes à l'endroit de Sa parole révélée, nous pourrons ainsi rappeler notre esprit à ce premier fond d'expérience où ce qui nous semblait à première vue étrange et difficile nous est finalement apparu, à un examen plus précis, plein de sagesse.

Or, le devoir de nous fixer des heures pour la prière est une de ces observances qui rencontrent, ainsi que je l'ai dit, le plus de scepticisme. On ne sait y voir que formalisme ou, tout au moins, question peu importante, qu'on peut accepter ou négliger à volonté, alors qu'en réalité, étant donné ce nous sommes, il existe la connexion la plus étroite et la plus remarquable qui soit entre les menues observance et le caractère durable de nos principales habitudes et pratiques essentielles.

Il est facile de voir pourquoi l'observance en question est ennuyeuse : c'est qu'elle apporte avec elle son poids d'obligation. C'est un devoir qui réclame notre attention continuelle, et ce qu'il a d'ennuyeux fait que nos cœurs se rebellent ; et ensuite nous cherchons des raisons pour justifier la répugnance qu'il nous cause. Rien n'est plus difficile que d'être disciplinés et réguliers dans notre pratique religieuse. Il est très facile d'être religieux par à coups et par bonds et d'entretenir nos sentiments pas d'artificiels stimulants, mais la régularité semble nous ligoter, et cela nous rend impatients. C'est particulièrement le cas de ceux pour qui le monde est encore neuf et qui peuvent agir à leur guise. La religion est l'affaire principale, celle qui s'offre à eux avec une régularité contraignante. Aussi, la supportent-ils seulement dans la mesure où ils peuvent le faire, c'est-à-dire à la manière des choses de ce monde, comme quelque chose de curieux, de changeant et d'attrayant.

Satan sait qu'il a ici l'avantage ; il ne se rend que trop bien compte que des heures précises pour la prière privée sont le signe distinctif et la sauvegarde de la vraie dévotion pour Dieu, parce qu'elles impriment en nous et y maintiennent une règle de conduite. Celui qui laisse de côté la régularité dans la prière a perdu un des moyens de se souvenir que la vie spirituelle est obéissance à un législateur, non simple affaire de sentiment ou de goût. De la vient que tant d'hommes, dans les rangs policés de la société, en particulier, qui sont à l'abri des péchés graves, se laissent aller à une simple dévotion molle et indulgente qu'ils prennent pour la religion rejetant tout ce qui implique renoncement, prière régulière en particulier. De là vient que d'autres se précipitent en toutes sortes d'extravagances. Cela résulte de ce qu'ayant abandonné la prière privée dans les formes prescrites, ils ont perdu ce qui est la règle essentielle de leurs cœurs. On les entendra, dès lors, récriminer contre la prière régulière, qui est pourtant la médecine de choix adaptée à leur maladie, comme si elle n'était que formalisme ; maintenir que heures, lieux et paroles fixes sont indignes de l'attention d'un chrétien éclairé. D'autres, exposés aux séductions du péché, se perdent également par la même omission.

Soyez-en sûrs, si quelqu'un se permet de négliger les prières du matin et du soir, il dépose par le fait l'armature qui était sa garantie contre les ruses du démon. Avez-vous cessé de les faire ? Il vous arrivera quelque jour de tomber, et cela, au moment où vous ne vous y attendrez pas. Pendant ce temps, vous irez de l'avant, croyant être les mêmes que par le passé ; - les israélites pouvaient aussi bien se reposer sur une provision de manne que vous sur la grâce. Vous priez Dieu pour votre pain quotidien, pour votre pain de chaque jour ; et si vous n'avez pas prié pour lui ce matin, il vous servira peu d'avoir prié pour lui hier. Vous avez prié, et vous avez été exaucé, mais vous n'avez pas obtenu un supplément pour deux jours. En mettant de côté la pratique de la prière à heure fixe, vous vous affaiblissez peu à peu sans le savoir. Samson ne sut pas qu'il avait perdu sa force jusqu'à ce que les Philistins l'eussent attaqué. Vous croirez vous-même que vous êtes toujours le même homme que vous avez été jusqu'à ce que soudain votre adversaire se précipite sur vous avec furie, et vous tomberez alors aussi brusquement que Samson. Vous ne serez capable d'offrir que peu ou pas de résistance. C'est là le sentier qui mène à la mort.

On abandonne en premier lieu la prière privée ; puis, on néglige l'observance de rigueur du jour du Seigneur, qui est un service fixe du même ordre ; on laisse peu à peu s'effacer de l'esprit jusqu'à l'idée même de l'obéissance à une loi fixe et éternelle ; on se permet de faire des choses que la conscience condamne ; on perd finalement la direction de celle-ci qui, à force de mauvais traitements, en arrive à refuser de nous conduire. Abandonné ainsi par notre vrai guide spirituel, on est obligé d'en prendre un autre, la raison cette fois, qui par elle-même, ne sait que peu ou rien de la religion. Alors cette aveugle raison se forge un système du juste et de l'injuste tant bien que mal, flattant nos désirs et se montrant présomptueuse, si elle n'est déjà pas corrompue. Rien d'étonnant qu'une telle conception en vienne à contredire l'Écriture, ce dont on s'aperçoit bientôt. Non pas qu'on s'en rende toujours compte soi-même ; on ne le sait souvent pas, et on s'imagine croire toujours à l'Évangile alors qu'on soutient des doctrines qu'il condamne. Parfois, cependant, on voit bien que ce système ne cadre pas avec l'Écriture. Alors, au lieu d'y renoncer, on fait bon marché de cette dernière, et on professe qu'on n'y croit pas. Tel est le cours de la désobéissance : elle commence par de légères omissions et finit par une incrédulité déclarée ; et toutes les personnes qui marchent dans " la voie large qui conduit à la perdition " n'en sont qu'à des stades différents, l'une plus avancée que l'autre, mais toutes dans la même voie. Si j'insiste là-dessus, c'est pour rappeler le rapport intime qui existe entre cette incrédulité et la négligence des heures fixes pour la prière privée. Au contraire, qui est strict dans l'observance de la prière du matin et du soir, qui prie avec son cœur aussi bien qu'avec ses lèvres, celui-là peut difficilement dévier du droit chemin, car chaque matin et chaque soir lui apportent un moniteur qui le redresse et le refait.

Attention donc à la subtilité de votre ennemi qui voudrait s'emparer de votre position de défense. Ne cédez pas devant ses mauvais raisonnements. Soyez spécialement sur vos gardes quand vous vous trouvez en de nouvelles situations ou circonstances qui vous intéressent et vous plaisent, de peur qu'elles ne vous détournent de votre régularité dans la prière.

Est dangereux pour vous tout ce qui est nouveau ou inattendu. Le fait de pénétrer dans une société mêlée et de voir beaucoup de personnes étrangères, de prendre part à quelques amusements plaisants, de lire des livres intéressants, d'entrer dans une nouvelle ligne de vie, de former de nouvelles relations ou des projets soudains en vue de quelque avantage mondains, ou même de voyager, toutes ces choses et d'autres semblables, quelques innocentes qu'elles soient en elles-mêmes et susceptibles d'un usage religieux, peuvent devenir, si nous n'y prenons garde, des moyens de tentation. Veillez à ne pas être désorientés par elles. Là est le danger ; craignez-le, considérez que la stabilité d'esprit est la première des vertus, car c'est la foi, cela. " Tu les garderas dans une paix parfaite ceux dont l'esprit s'appuie sur Toi, parce qu'ils ont confiance en Toi " (Is. XXVI, 3) - telle est la promesse. Mais " les méchants sont comme une mer houleuse qui ne peut se calmer, roulant de la vase et de la boue ; il n'y a pas de paix, dit mon Dieu, pour les pervers " (Is. XXVI, 3 ; Is LVII, 20-21). Non pas pour les pervers seulement, au sens où nous entendons le mot, mais pour qui, de quelque manière, abandonne son Dieu et court après les biens de ce monde. Ne vous laissez pas aller à la vision de ces biens ; fixez plus haut vos cœurs ; que vos pensées du matin et du soir soient un havre de repos pour l'œil de l'esprit et qu'elles se portent sur la voie étroite de la félicité du Ciel, la gloire et la puissance du Christ, votre Sauveur.

Ainsi vous garderez-vous d'exaltations et de dépressions qui ne conviennent pas, et vous stabiliserez-vous dans une voie équitable. Les gens ne savent en général rien de cela. N'étant pas témoins de vos prières privées, ils vous confondront dans la multitude à laquelle ils sont mêlés, mais vos amis et connaissances gagneront à votre exemple lumière et réconfort. Ils verront vos bonnes œvres et seront portés à faire remonter à leur source secrète l'influence du Saint-Esprit obtenue par la prière. Ainsi glorifieront-ils votre Père du Ciel et Le rechercheront-ils à votre exemple. " Et Celui qui voit dans le secret vous récompensera finalement et ouvertement ".

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