Foi et Contemplation

Marie

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Le Néocatéchuménat

Unité et pluralisme d'application

Dans la lignée de ce que nous avons mis en évidence jusqu'à présent, nous pouvons retenir, à titre d'exemple, quatre types d'expériences - deux du passé et deux contemporaines - qui, dans la vie de l'Église, sont placées sous le signe de l'unité et du pluralisme d'application. Parmi celles du passé, nous pouvons citer la Règle de saint Benoît et les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola.

La Règle de saint Benoît

Dans le contexte historico-Écclésial de son temps, la Règle de Benoît a voulu constituer un ordonnancement dont la finalité principale n'était pas de refléter la perfection de la vie chrétienne, contrairement à l'interprétation qui en a été faite au cours des siècles suivants, mais de considérer l'initiation à la vie monastique comme un nouvel approfondissement de l'initiation chrétienne elle-même et de ses étapes. Il suffit de parcourir la Règle tout entière pour s'apercevoir de la véridicité d'une telle affirmation : Prologue, chapitre IV, les chapitres sur la prière communautaire qui reflètent une grande partie de la prière ecclésiale de l'époque, et le chapitre LXXIII.

L'obéissance du moine, les difficultés de la vie communautaire, la discipline, les différentes étapes de la formation, l'habit monastique, entendaient reprendre cette tradition antique de l'Église qui, de la même manière, préparait ses fils au Baptême.

La Règle bénédictine est surtout christocentrique, mais tend à faire prendre conscience toujours davantage du Baptême, à travers le quotidien.

Les moyens choisis par le Patriarche des moines d'Occident sont les mêmes que ceux que l'Église offrait à ses catéchumènes et néophytes : le Psautier, les Ecritures, la Profession de foi, la Prière du Seigneur.

Benoît ne met pas beaucoup en évidence l'aspect pénitentiel et ascétique du moine (par ex. : l'un des plus hauts degrés de perfection du moine est de savoir suivre ce qui est recommandé par la règle commune du monastère, chap. VII). En effet, le législateur ne prévoit pas de pénitences particulières, mais il fonde toute la vie de la communauté sur les moyens cités ci-dessus. Cela permet de faire ressortir de façon très claire que la vie monastique n'était pas fondé sur - ni ne tendait vers - les différents degrés de l'ascétisme et du mysticisme, mais qu'elle se présentait avec toutes les caractéristiques d'un véritable catéchuménat post-baptismal exigeant un choix radical de la vie nouvelle en Jésus-Christ.

Le monastère lui-même est considéré par Benoît comme le lieu du prolongement de la tente du désert où le peuple de Yahvé rencontrait et écoutait la voix de son Dieu. La communauté chrétienne monastique est rassemblée quotidiennement autour de la Parole de Dieu et du magistère de l'abbé, en faisant l'expérience du désert chaque jour.

Les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola

Après la longue période d'une spiritualité dont l'existence était fondée sur la "dévotion" et sur la pénitence, à une époque de fortes tensions entre les chrétiens, surtout à cause des prises de position de Luther relatives à la Parole de Dieu, aux sacrements et à l'initiation à la vie chrétienne, les Exercices ignatiens se présentent comme une revitalisation de la grande tradition chrétienne-catholique dans ce domaine. De fait, ils apparaissent, sous l'aspect de la méditation de la Parole de Dieu et de la contemplation des mystères du Christ, comme quatre étapes qui aident le baptisé à approfondir ultérieurement le don de la foi reçu dans l'Église.

En partant du geste gratuit et aimant par lequel l'homme a été créé (Principe et Fondement) et en réfléchissant sur la réponse de la création au projet originel d'amour qui s'est exprimée dans le péché angélique, cosmique et personnel (Première semaine), les Exercices proposent à chaque baptisé la redécouverte de l'amour éternel de Dieu qui, dans le Christ, humilié dans l'Incarnation, a revêtu la nature corrompue de l'homme. L'amour immense du Christ envers l'homme fait en sorte qu'il propose à chacun de nous d'être sauvé et de collaborer à la rédemption de l'humanité tout entière (l'appel du roi temporel aide à contempler la vie du roi éternel ; méditation des deux étendards ; les trois groupes d'hommes...). Tout ceci comporte un choix conscient de son Baptême et le pluralisme des vocations selon les différents états de vie, (Deuxième semaine), en passant par l'expérience personnelle de la croix conçue comme véritable "anéantissement et échec humain" (Troisième semaine). La quatrième étape, celle des mystères de la Résurrection du Christ et de la participation à celle-ci par les disciples, souligne la défaite définitive du mal, survenue sur la croix, et qui confère à tout homme la nature "nouvelle" dont nous sommes rendus participants à travers les eaux baptismales, (Quatrième semaine). Tout cela comporte un nouveau rapport du baptisé avec l'histoire et avec les choses qui l'entourent : trouver Dieu en toutes choses et toutes choses en Dieu (Contemplation pour obtenir l'amour).

Ainsi structurés, les Exercices spirituels ne se présentent-ils pas comme une ré-initiation de son propre choix, de foi reçue dans le Baptême ? En d'autres termes, saint Ignace n'entend-il pas re-proposer, à travers la Parole de Dieu, la Liturgie des Heures et les sacrements, un véritable itinéraire de foi conçu comme un catéchuménat post-baptismal ?

Maintenant, parmi les expériences du temps présent, nous pouvons citer les Communautés néo-catéchuménales et le Renouveau dans l'Esprit.

Les Communautés Néo-catéchuménales

Nées à Madrid en 1964, les communautés néo-catéchuménales se sont répandues dans de très nombreux diocèses du monde. Leur but est de vivre un chemin de conversion leur permettant de redécouvrir les richesses de notre foi, dans un catéchuménat où, étape après étape, il soit possible de descendre dans les eaux de ta régénération éternelle, afin que le Baptême, qui nous a été conféré autrefois par l'Église, puisse, par notre adhésion consciente, être véritablement sacrement du salut pour nous et joyeuse annonce pour tous les hommes.

Ce chemin néo-catéchuménal est vécu, à l'intérieur de la paroisse et en communion avec l'évêque, dans de petites communautés de personnes de différents âges, mentalités et conditions sociales. Il concerne tous les gens désireux de redécouvrir et de vivre pleinement la vie chrétienne et les conséquences du Baptême, à travers précisément un néo-catéchuménat semblable à celui de l'Église primitive. Ces communautés voudraient être, au sein de la paroisse, le signe et le sacrement de l'Église missionnaire, qui entend évangéliser ceux qui sont loin de l'Église, à travers la vie concrète de l'amour réciproque vécu et de l'unité réalisée. Le Chemin comporte plusieurs étapes. La première étape est celle du kérygme - l'annonce du salut - qui se développe à travers un dialogue direct, existentiel, sur l'incidence du christianisme dans la vie des hommes. Une fois la communauté constituée, commence la deuxième étape : le pré-catéchuménat ou période de la kenosis, au cours de laquelle les personnes vérifient leur foi en cheminant avec d'autres personnes, imparfaites et pécheresses, dans la nouveauté d'une communauté concrète qui sert de miroir et qui appelle chacun à la conversion. A cette fin, la communauté célèbre la Parole de Dieu une fois par semaine, à l'aide de thèmes appropriés, et l'Eucharistie le samedi soir. Ensuite, une fois par mois, elle passe un dimanche en retraite, afin que chacun fasse part librement de son expérience de la Parole et de son incidence sur sa vie.

Au bout d'environ deux ans, les catéchistes qui fondèrent la communauté reviennent et, lors d'une convivence de trois jours, la préparent au passage au catéchuménat qui comporte deux périodes. En un premier temps, la communauté persévère dans la Parole, dans l'Eucharistie et dans la communion fraternelle pour arriver à placer Dieu au centre de sa vie, en se dépouillant peu à peu des idoles (argent, carrière, affectivité). Au bout d'un an, les catéchistes reviennent à nouveau pour un autre passage où les catéchumènes sont initiés à la prière individuelle, avec la remise des Psaumes, du Symbole des Apôtres et du Notre Père. A ce moment du Chemin, les membres de la communauté commencent à participer à trois types de célébrations : en famille avec leurs proches, en communauté avec tous les autres membres et, enfin, dans les grandes fêtes, en paroisse, avec tous les paroissiens. Le temps catéchuménal tend à amener les catéchumènes à la simplicité, et donc à passer à une prière profonde, à une spiritualité de louange et d'action de grâces, afin de les préparer à entrer dans la dernière phase du Chemin : l'élection et le renouvellement des promesses baptismales.

Le Renouveau dans l'Esprit

Il fut lancé en 1967 parmi les étudiants de l'université de Pittsburg, aux Etats-Unis ; et est actuellement diffusé dans les cinq continents, non seulement dans le secteur universitaire, mais aussi dans les paroisses et même dans les couvents et les monastères.

Basé sur la présence de l'Esprit dans la communauté ecclésiale et ses membres, ce mouvement tend à sensibiliser les chrétiens à la signification de cette présence afin que chacun parvienne à intensifier sa connaissance aimante du Père, en développant une certaine familiarité avec Jésus grâce à une disponibilité toujours consciente à l'action de l'Esprit, reçu lors du Baptême et de la Confirmation, afin que celui-ci puisse se manifester par ses dons et ses charismes, en particulier par la vertu théologale de la charité qui est le plus grand de tous.

Il s'agit essentiellement d'un mouvement de prière. Les rencontres prennent principalement la forme de réunions de prière : communautaire, spontanée, de louange et d'action de grâces (sans pour autant exclure les autres registres de la prière : contrition, confiance, joie...).

Cette prière alterne avec des moments de silence, des lectures bibliques et des chants. A la base, et comme condition essentielle, se trouve une profonde disposition à s'abandonner à Jésus qui nous aime, dans une attitude d'ouverture absolue, aussi bien à ce qu'il veut nous donner qu'à ce qu'il peut nous demander, comme l'affirme Paul dans la Lettre aux Romains (14, 17). Il s'agit d'un nouveau regard sur soi-même, sur les autres, sur tout. C'est un goût des choses de Dieu, de sa Parole, de sa présence : c'est l'enthousiasme de la foi.

L'atmosphère de prière et de charité mutuelle qui règne dans l'assemblées du Renouveau ne dispense pas d'une solide formation doctrinale et spirituelle spécifiquement catholique. A une époque où tant d'institutions connaissent une crise qui n'a pas même épargné l'Église, Dieu, qui fait toujours toutes choses nouvelles, lui ouvre encore une voie de renouvellement à partir de l'intérieur. L'action des ferments vient se substituer à l'action massive des institutions. L'Église est aujourd'hui appelée à être vivante et active, en partant surtout des hommes ouverts à l'Esprit. Elle l'a toujours été, mais Dieu l'appelle aujourd'hui à l'être avec davantage de transparence. Il n'est pas difficile de prévoir que ces expériences, qui constituent un extraordinaire courant de grâce, peuvent véritablement être le ferment nouveau de nos communautés ecclésiales de demain.

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