Foi et Contemplation

Marie

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Le Néocatéchuménat

Le rétablissement d'un catéchuménat aujourd'hui est-il nécessaire ?

Après avoir jeté un bref coup d'œil à la problématique qui nous intéresse, la nécessité demeure pour nous de fonder la raison d'être de l'initiation au christianisme. Autrefois, quand celle-ci était surtout infantile, cette légitimité ne posait aucun problème. L'initiation faisait partie de la formation des jeunes générations. Aujourd'hui que l'initiation concerne les adultes, certains hésitent. Pourtant l'enjeu est très important. Il s'agit de savoir si la majeure partie des convertis ou des croyants chrétiens ont ou auront la possibilité réelle de faire mûrir leur foi de façon adéquate et efficace. A une époque où le sentiment tient parfois lieu d'adhésion, l'effort d'initiation est certainement loin d'être superflu. Voilà pourquoi nous nous demandons : un catéchuménat post-baptismal est-il nécessaire aujourd'hui ? Nous pouvons façonner une réponse à partir de différents niveaux, dont le premier est précisément le niveau historique.

Nous savons tous qu'aux XVe, XVIe et XVIIe siècles, l'expansion espagnole et portugaise entraîna l'évangélisation de nouvelles terres. Cela comporta nécessairement la restauration du Baptême pour adultes, tandis que le besoin d'une pastorale catéchuménale se faisait toujours plus sentir, impliquant un temps plus ou moins long de conversion pour parvenir à une foi adulte, surtout en vue de la célébration de l'Eucharistie. C'est la raison pour laquelle le Baptême requérait une période assez longue de préparation et d'instruction chrétienne, même si initialement l'adhésion à l'Église catholique advenait de façon assez massive. Nous en trouvons un témoignage sous forme variée au Mexique (grâce à l'œuvre des Franciscains), aux Philippines (grâce à l'œuvre des Augustins) et au Japon (grâce à l'œuvre des Jésuites). Dans ce pays, à cause d'une culture très forte imprégnant toute la société, il fut nécessaire, dès le début, d'instaurer un véritable catéchuménat. Selon l'avis qualifié de J. Lopez-Gay, dans ce pays le catéchuménat comportait différents stades : un stade préliminaire, afin de soulever le problème religieux avec l'aide des catéchistes ; un stade de formation pour dispenser une véritable instruction accompagnant le catéchumène, désormais croyant, jusqu'au moment de son Baptême ; et enfin, un stade post-baptismal qui se proposait de fournir une formation plus complète et approfondie.

En revanche, hélas, les choses se développèrent négativement dans le cas de l'Inde et surtout de la Chine. Les opinions des missionnaires divergèrent à propos du langage théologique, de l'adaptation liturgique et de l'acceptation de certaines coutumes. En général, les Jésuites étaient favorables à une adaptation que refusaient Dominicains et Franciscains. La discussion, apparue vers le milieu du XVIe siècle, devint plus âpre en 1693. A la fin, l'adaptation fut repoussée et interdite par le pape Clément XI, en 1704. En 1742 et en 1744 les rites chinois et indiens furent définitivement repoussés et condamnés. La situation qui en découla demeura inchangée jusqu'à la deuxième guerre mondiale.

A Rome, à la fin du XVIe siècle et à la demande du pape Grégoire XIII, un grand promoteur du renouveau du rituel des sacrements fut le cardinal G. A. Santori ou Santorio (1532-1602) qui, se basant sur les anciennes sources liturgiques romaines et sur les exigences missionnaires provenant du nouveau monde, rédigea un rituel pour le catéchuménat dans lequel il proposait de restaurer les étapes de l'initiation chrétienne et sa liturgie. Cette œuvre vit bien le jour en 1584, mais elle. fut repoussée et seuls quelques rares exemplaires parvinrent à échapper au bûcher. Le cardinal Tomàs de Jésus (1564-1627), carme espagnol, fut l'héritier de ses idées. Il encouragea la réforme thérésienne et les vocations missionnaires. En 1613, il publia à Anvers un volumineux ouvrage d'orientation missionnaire dans lequel il proposait le rétablissement d'un catéchuménat fondé sur une organisation stable. Le rituel du cardinal Santori exerça une grande influence sur les missions du XVIIe siècle, surtout en Chine. La toute nouvelle Congrégation pour la. Propagation de la Foi (1622) le divulgua auprès des missionnaires qui partaient pour l'Asie. Tandis que le rituel romain tridentin, promu par le pape Pie V et promulgué par Paul V en 1614, abolissait les différentes étapes catéchuménales, dans les vicariats apostoliques d'Asie un catéchuménat à étapes était créé, sur les traces de celui du cardinal Santori. A partir du XIXe siècle, la Congrégation pour la Propagation de la Foi établit que la durée et les modalités du catéchuménat relevaient de la compétence de chaque évêque. Toutefois, la crise missionnaire qui frappa l'Église au siècle dernier affaiblit beaucoup l'activité apostolique et, en conséquence, le désir et le souci du catéchuménat. En 1866, le Saint Office et la Congrégation pour la Propagation de la Foi décrétèrent la suppression des rites catéchuménaux, les considérant comme un véritable abus. Revenant au schéma tridentin, Rome décidait de méconnaître l'impulsion novatrice du cardinal Santori.

Le cas de l'Afrique est différent puisque, grâce aux Pères Blancs, la tradition catéchuménale commencée par leur fondateur s'est conservée. A leur tour, les nouveaux catéchumènes ont exercé une, influence considérable sur les missions africaines, il faut souligner que la présence, du catéchuménat, instauré de façon progressive sur le continent, a permis un renouveau liturgique et catéchétique évident après Vatican II. J. Lopez-Gay affirme « que tous les missionnaires africains reconnaissent que l'Africain en soi est "un être cultuel", ayant la nécessité d'exprimer dans et avec la communauté ses expériences religieuses ; en conséquence, la liturgie est plus importante dans l'Église d'Afrique que dans les pays de tradition chrétienne ». Pour A.F. Santos Neves, directeur du centre catéchétique de l'Angola, « le christianisme africain sera un christianisme pleinement liturgique ou ne parviendra jamais à être un christianisme authentique ».

Nous rencontrons une autre manière de répondre à la nécessité d'un catéchuménat post-baptismal aujourd'hui en abordant la question du renouveau du catéchuménat dans le monde contemporain.

La France a fait sentir son exigence d'une reprise du catéchuménat dès 1906, avec Dom F. Cabrol, tandis qu'en 1947, au congrès de Bordeaux sur l'évangélisation, abordant le thème "Catéchuménat et paroisse", L. Retif affirmait :

Nos paroisses agonisent par manque de catéchumènes ; les paroisses ne s'ouvrent pas aux catéchumènes, alors que ceux-ci sont ouverts à l'égard de la paroisse ; les paroisses missionnaires répondent mieux au catéchuménat ; il manque un groupe de prêtres et de militants laïcs pour soutenir le catéchuménat.

L. Retif affirmait encore, en 1956 :

Nous nous trouvons actuellement dans une situation de confusion. Nous célébrons la liturgie avec des gens qui sont catéchisés mais pas évangélisés. Nous administrons les sacrements sans initiation préalable et sans cohésion. Nous introduisons dans l'Église des enfants soumis immédiatement à l'influence d'un milieu païen et déchristianisé. Nous introduisons fréquemment des baptisés adultes, sans qu'ils soient adoptés par une communauté. Nous oublions que la conversion non seulement précède, mais accompagne la vie sacramentelle. Enfin, notre prédication s'adresse aux catéchumènes, mais nous parlons par instructions aux convertis"

La session de Bagneux, en 1955, représenta la première contribution théologico-pastorale française au catéchuménat. Durant l'époque de la crise (1968-1974), et plus précisément en 1969, se déroula la première rencontre nationale visant à vérifier la croissance de l'Église sur la base du nombre de catéchumènes présents dans les nouvelles communautés. Vers 1977, le catéchuménat s'était étendu à presque toutes les Églises d'Europe. Il connaissait alors une vigueur particulière en Espagne et en Italie où la conviction de devoir initier les baptisés à la foi était très répandue. La troisième rencontre nationale à Issy-les-Moulineaux (1977), sur le thème "Le catéchuménat, un avenir pour l'Église ?", sur la base d'expériences de conversion modestes mais réelles, confirma la nécessité d'un néo-catéchuménat, d'ailleurs proposé par le Synode qui venait juste de s'achever, et recommanda de consolider les nouvelles expériences de vie communautaire. Cependant, la priorité à l'intérieur du catéchuménat était accordée aux non-baptisés et aux non-pratiquants, sans oublier la ré-initiation à la foi des baptisés eux-mêmes.

En 1985, une session sur l'"initiation chrétienne", qui s'est déroulée à Bagneux, trente ans après la première réunion, soulignait les éléments de l'initiation chrétienne :

  1. La catéchèse qui conduit à la profession de foi.
  2. La conversion, exercice de vie selon l'Évangile.
  3. La liturgie ou initiation à la prière et aux sacrements de l'alliance.
  4. La vie dans l'Église ou la communion fraternelle comme signe chrétien.

L'Espagne aussi, sous l'influence missionnaire française, entreprit un nouveau tournant sur le plan de l'action pastorale, dans les années 1954-1956. Ce furent des années décisives dans les domaines biblique, liturgique, théologique, social, laïc... Les "Cursillos de Cristiandad" ne cessèrent de se développer, de même que ce qu'on appelait alors les "Exercices pour un Monde Meilleur". Les secteurs spécialisés de l'Action Catholique commencèrent quant à eux à s'engager dans une certaine pastorale catéchuménale. L'expérience catéchuménale de type français s'étendit à l'Espagne à l'époque du Concile et de la fin du Concile, comme évangélisation des baptisés ou ré-initiation des pratiquants. Le catéchuménat fit son apparition en Espagne en même temps que le phénomène des "communautés de base". Dès le début, cependant, ce genre de catéchuménat fut caractérisé, comme aujourd'hui d'ailleurs, par la catéchèse pour adultes, étant donné qu'il n'y avait que très peu d'adultes non baptisés et non initiés en temps voulu et que ceux qui auraient eu besoin d'une première initiation se faisaient plutôt rares. En 1967, dans les principales villes espagnoles, leur nombre commençait lentement à croître et la préparation imparti était fondamentalement individuelle, privée de toute relation avec la vie ecclésiale communautaire et, dans la quasi-totalité des cas, finalisée au sacrement du Mariage. Tout de suite après le Concile, les milieux de la société espagnole dans lesquels se développait l'exigence catéchuménale étaient les quartiers populaires, les milieux ruraux et, très souvent aussi, le milieu universitaire, informés et influencés par l'activité apostolique des différents mouvements existants. Le renouveau liturgique et biblique au sein des groupes et des communautés répondait souvent à une contestation grandissante, en réaction à une situation socio-politique et religieuse encore déterminée par la période pré-conciliaire. Les diverses formes de catéchuménat avaient une racine commune, fondée sur la Bible, la liturgie et la prière. Simultanément, de nouveaux modèles de communautés et de catéchuménats faisaient leur apparition. Aux "communautés de base" vinrent bientôt s'ajouter d'autres types de communautés que l'on peut diviser, selon le schéma de Kleiner, en "communautés de foi", "communautés eucharistico-sociales" et "communautés socio-politiques". Beaucoup d'entre elles furent dénoncées par le pape Paul VI lui-même dans Evangelii nuntiandi (1975) pour leur critique amère et leur attitude de refus à l'égard de l'Église.

Telles sont, à grands traits, les lignes fondamentales de l'histoire du catéchuménat à l'époque moderne. Voyons maintenant, brièvement, la position adoptée par la hiérarchie, des années 50 à nos jours.

Déjà, à la veille de Vatican II, l'exigence d'un nouveau catéchuménat était très vive. L'expérience française, commencée à Lyon en 1952, poussa l'archevêque de Rouen, Mgr J. Martin - alors président de la Commission épiscopale française pour la pastorale et la liturgie - à solliciter en ce sens la Congrégation des Rites. En 1956, le jésuite français J. Christaens accompagnait d'un schéma sa proposition de restaurer le catéchuménat par étapes. En 1959, l'Afrique sollicitait à son tour la restauration du rituel du Baptême pour adultes. Le 16 avril 1962, Jean XXIII rétablissait et publiait le Rituel du Baptême des adultes divisé par étapes.

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