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Le Néocatéchuménat
Crise d'une pratique ou crise d'une notion
Cette situation qui touche. depuis un certain temps déjà une grande partie de l'Église catholique nous pose à tous des questions qui exigent peut-être de revoir notre façon de procéder.
La crise de la pratique sacramentelle est une donnée de fait désormais universellement établie et hors de discussion. Cependant, il n'est pas déplacé de se demander si elle constitue une donnée de fait en soi ou l'aspect visible d'une crise religieuse à plus vaste échelle. Le problème n'est absolument pas marginal car, si la crise de la pratique sacramentelle était un phénomène dérivant d'une crise religieuse dans un sens plus large, alors il serait anti-historique et impertinent de la relier aux nouvelles orientations de la théologie sacramentelle, à laquelle on imputerait alors d'avoir exagérément mis l'emphase sur la notion de sacrement.
Il y a encore quelques années en arrière, dans les pays de vieille tradition chrétienne, il semblait tout à fait normal de conférer les sacrements sans problème aux chrétiens (= baptisés) qui en faisaient la demande pour eux-mêmes ou pour leurs enfants. Mais dans les années 60-70, on commença un peu partout à discuter de problème comme évangélisation et sacrements, foi et sacrements, Église et sacrements.
Concrètement, tous ces discours ont conduit, au niveau de la pastorale paroissiale, à l'organisation de diverses rencontres et d'un certain nombre de cours de préparation aux sacrements, surtout en ce qui concerne le Baptême et le Mariage. Cependant, on ne peut certe pas dire que le problème ait été résolu. Dans de nombreux cas, ces rencontres et ces cours ont précisément servi à le mettre en évidence en faisant ressortir aussi bien aux yeux des prêtres qu'à ceux des parents ou des fiancés intéressés, l'ambiguœté et le contraste qui existent entre ce que "disent" les rites sacramentaux et ce que pensent, sentent et croient bon nombre de ceux qui en font la demande.
Sacrements sans foi ? Souvent le problème reste entier. En attendant un autre problème, par bien des aspects opposé au précédent, est apparu dans l'Église au cours de ces dernières décennies. Nous pouvons le formuler en inversant les termes de la question que nous venons tout juste de poser : foi sans sacrements.
Ce qui fait problème n'est plus, dans ce cas, le manque ou l'insuffisance de foi, mais le "sens" et le "pourquoi" des sacrements et de la pratique religieuse en général, même dans le contexte d'un intérêt sincère pour la Parole de Dieu et d'un engagement sérieux de vie chrétienne. Le raisonnement se fait plus ou moins en ces termes : si je connais l'Évangile et si je crois en Jésus-Christ, si je cherche sincèrement à me convertir et, à déterminer ma conduite de vie selon les critères évangéliques, si je m'engage à rechercher la justice sociale et à pratiquer la charité, à quoi servent les sacrements ? Qu'ajoutent-ils à ma foi et à mon engagement ? Evidemment, il n'est pas dit que de tels raisonnements soient faits d'une manière aussi explicite et radicale. Toutefois, il faut prendre acte que, de nos jours, un certain abandon de la pratique. sacramentelle et une certaine désaffection vis-à-vis des sacrements ne se manifestent pas seulement sur le terrain de l'incrédulité, de l'indifférence ou de l'ignorance religieuse, mais apparaissent aussi parmi les chrétiens les plus sensibles, les plus informés, les plus engagés ; et en particulier parmi les jeunes. Pourtant, aujourd'hui, de nombreux chrétiens, c'est-à-dire ceux qui ont déjà été initiés, ont du mal à les comprendre, à saisir "leur logique interne", à comprendre correctement leur signification, leur valeur, leur fonction par rapport à la profession de foi au Christ et à l'engagement de vie selon l'Évangile. Plusieurs facteurs ont contribué à générer ce que l'on a appelé une "crise sacramentelle" :
Comment répondre à ces interrogations ? Quelle est l'attitude des baptisés aujourd'hui ? Quelle aide l'Église peut-elle apporter à ceux qui déjà initiés à la foi et aux sacrements, désirent approfondir leur foi ?
De tout ce que nous avons souligné jusqu'à présent, il nous semble nécessaire de clarifier un aspect important. Que la foi et la tradition de l'Église aient depuis toujours postulé la nécessité d'un catéchuménat pour ceux qui désirent recevoir l'initiation chrétienne va de soi. Mais le problème qui se pose en particulier à l'Église d'aujourd'hui est celui d'une nouvelle prise de conscience, de la part de ceux qui ont déjà reçu l'initiation chrétienne, de leur identité de chrétiens.
Or, dans la situation actuelle, l'initiation apparaît comme une occasion à saisir, en l'accompagnant d'un approfondissement adéquat de l'analyse théologique du catéchuménat.
De même, on peut avancer une hypothèse en relation à un terme introduit récemment par certains théologiens dans le langage catéchuménal, celui de ré-initiation. Nous pouvons supposer qu'une telle terminologie sera en mesure de clarifier la position de ceux qui recommencent à approfondir leur foi et d'indiquer les instruments à utiliser. Nous devons donc éclaircir un point. Ce terme qui indique la condition de tous les baptisés entendant "refaire" un chemin de foi, n'est cependant pas le seul pouvant être utilisé dans ce domaine, de même que la parole catéchuménat - dans le langage de l'initiation - ne désigne pas la personne et encore moins sa réalité.
La terminologie en la matière peut contenir une vaste gamme d'expression - comme c'est le cas, par exemple, dans l'aire francophone ou hispanique -, mais toutes visent à mettre l'accent sur le fait que ces, personnes s'apprêtent à le lancer dans une nouvelle. aventure : recommencer dans la vie de foi et dans la foi.
Nous pouvons comparer ce mot et sa signification au mot qui s'est affirmé dans la pratique de l'Église ; à partir du Pseudo-Denis, et qui désigne ceux qui se trouvent sur la voie de la purification : débutant. De fait, il n'est pas question de répéter ce qui a déjà été vécu, mais de "recommencer à croire consciemment", en donnant un nouveau départ à une vie qui possède un passé. Le Baptême reçu lorsque nous sommes enfants n'est pas et ne peut pas être annulé, de même que la vie vécue ne peut pas l'être. Il s'agit plutôt de retrouver les motivations qui guident la foi chrétienne ou, si l'on veut, de redécouvrir la force de cette foi transmise au cours des différents moments de l'initiation et de la réinsérer sous une forme nouvelle dans l'aujourd'hui de notre vie.
Pour désigner cette expérience, beaucoup préfèrent parler de "conversion". Pour notre part, il nous faut tout de suite souligner que ce terme, bien qu'étant tout à fait valable, renferme cependant une certaine ambiguœté. Partant précisément de l'Évangile, ce mot a été très communément employé dans le christianisme pour indiquer la redécouverte graduelle ou imprévue de la foi. Cela n'indique pas encore un véritable recommencement. En effet, certains convertis n'estiment pas nécessaire d'entreprendre un véritable chemin de recommencement ; de même que d'autres veulent recommencer un cheminement de foi sans se considérer comme étant convertis, et même sans savoir si un jour ils pourront se dire croyants ou non.
Les premiers, avec l'enthousiaste typique des néophytes, désirent seulement vivre selon l'expérience qui a bouleversé leur vie. Touchés par la grâce, ils se sentent rénovés et soutenus par la Parole de Dieu et estiment que cela leur suffit. Le passé reste pour eux lin appel au repentir, mais ils ne considèrent pas qu'un travail catéchétique et spirituel soit nécessaire pour refonder leur existence ou, du moins, pour recommencer à partir d'une expérience décisive exigeant un travail sur soi-même. La position de ceux qui n'entendent entreprendre qu'un chemin de ré-initiation est différente ; pour eux, un état de conversion n'est pas toujours nécessaire. En soi, le fait de recommencer n'implique pas nécessairement de mettre en évidence les difficultés que comporte cette phase. Mais il ne suffit pas de retrouver la route de l'Évangile ou de l'Église, même si ces deux événements bouleversent la vie et ouvrent à la force de la Parole. Afin qu'avec la grâce de Dieu le moment que l'on est en train de vivre soit réellement effectif et durable et afin que la nouveauté en question soit concrètement intégrée au niveau spirituel, beaucoup de temps et de travail sont nécessaires. En d'autres termes, il faut être aidés à persévérer, comme le souligne la parabole du semeur (cf. Mt 13, 3-23 ; Mc 4, 1-20 ; Lc 8, 4-15). Une ré-initiation qui aide à vivre ce nouveau moment ou à assimiler une conversion déjà accomplie devient, en ce sens, très précieuse.
Une telle proposition se comprend mieux si elle est insérée dans le contexte historique et ecclésial que nous sommes en train de vivre. Il s'agit d'une formule exprimée par Jean-Paul II à propos d'une nouvelle évangélisation qui entend mobiliser toute la vitalité de la tradition chrétienne occidentale. Cela signifie que tous les pays christianisés de longue date ont besoin d'un second et nouveau souffle évangélique. (Le Pape parle de "nouvelle évangélisation" et non de "seconde évangélisation", à partir du moment où cette deuxième expression risquerait de minimiser tout ce que l'Église a accompli et réalisé des origines à nos jours).
Dans cette optique, ce que nous avons soutenu jusqu'à présent apparaît non pas comme une formule magique, mais comme une indication d'un travail plus exigeant à réaliser et comme une possibilité de bénéficier d'une solide tradition, en l'adaptant aux défis lancés à la foi par le monde contemporain.
Lorsqu'on affirme que le schéma catéchuménal de la ré-initiation chrétienne se rapporte à une antique tradition, cela ne signifie en rien qu'elle soit immuable et qu'elle ne puisse pas être adaptée à la sensibilité moderne. La conversion ne peut absolument pas dispenser de la ré-initiation qui, à son tour, ré-élabore le terrain sur lequel la conversion a été semée. En tout cas, il va de soi que, dans une grande partie de l'Église universelle, l'initiation dispensée durant l'enfance doit, dans la quasi-totalité des cas, être reprise et très souvent recommencée.
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